Affermis le juste
et qui sondes les cceurs et les reins, Dieu juste 1
On voit immédiatement que Dieujtisle appartient au premier membre et doit occuper la place marquée par des points. L’explication de ce léger désordre, si facile à rectifier, est très-simple aussi. Après avoir transcrit le premier le copiste a cru avoir transcrit le second, et a continué son travail. Mais il s’est bientôt aperçu de sa méprise, et, pour la réparer en quelque
(1) Il est bien plus naturel de lire comme ThéodoUon
roi) et la cinquième version citée par Origène (ffocfsirixpetvày «). Comp. Ps. LXXVIII, 17, 40, 56;CVII, 11, etc.
(2) Le mot qu*oa traduit en général dans ce passage par Us adver^ saires n'a que très^rarement cette signification, et signifie ordinairement tes cités. C’est ainsi, d'ailleurs, que l’ont compris les Septante, la Vulgate, la version syriaque et les versions élUiopienne et arabe, qui suivent toujours les Septante. Comp., pour 1a construction et le sens du verl>e, Ps. XXIV, 4.
(3) Le dernier verset doit se traduire aiusi :
Regarde s’il y a une voie d'iniquité en moi, et dirige-moi dans la voie de l’éternité.
Et non dans la voie du mondéy comme traduisent nos versions ordi nuiras.
mesure, il a écrit à la fin du verset les deux mots oubliés, en les accompagnant peut-être de quelque signe destiné à indiquer leur véritable place, mais qui a été ^ méconnu et négligé par ses successeurs (1).
Une inadvertance analogue, mais qui n’a pas la même excuse, se remarque au psaume LVI, 9 :
Tu as inscrit mon exil (2).
Dépose mes larmes dans ton vase, n'est-ce pas dans ton livre ?
Il faut évidemment restituer au commencement du premier membre les deux derniers mots du second :
N’as-tu pas inscrit mon exil dans ton livre?
Même observation pour Ps. XXXV, 7. Voici les mots dans l’ordre du texte hébreu :
Car sans motif ils m’ont caché «ne fosse ;
leur filet sans motif ils ont creusé à mon âme.
Comme on ne creuse pas un filet, mais une fosse, tandis qu’on peut très-bien cacher un filet, il est manifeste qu’il faut intervertir l’ordre de ces deux mots. Ces trois interversions ont été déjà signalées avant nous.
Mais la plus curieuse, et qui n’a pas été aperçue jusqu’ici, se trouve au psaume XXXVI, 17 ;
(1) Au commencement du verset 9^ par le simple changement d*un > en 1, je régularise le développement de la pensée et la forme des strophes ;
« Retourne en haut, Eternel, et juge les peuples I »
au lieu de r Etemel jugera les peuples.
(2) Ou plutôt ma plainte ou mes pleurs. (Comp. Jér. XXII, 10.)
Ta justice est comme des montagnes de Dieu ( = de hautes montagnes),
tes jugements sont un abîme immense;
hommes et bétes (nCTDI) tu sauves, Eternel !
Est-il vraisemblable que le psalmiste ait écrit cela, quand il n’est question, ni dans ce qui précède ni dans ce qui suit, de la providence générale de Dieu, mais uniquement de son amour entiers les hommes (v. 8 et suiv.)? Je suppose donc que ce mot devait se trouver primitivement au commencement du vers et se lire nonai
Et c’est •par eux (1) (par tes jugements) que tu sauves les hommes.
Mais un copiste, se méprenant sur sa vraie signification, et jugeant peut-être qu’il n’était pas convenable de mettre les bêtes avant les hommes, ou simplement dans le désir de rendre la phrase régulière, aura fait cette malencontreuse interversion.
Le psaume XLV renferme une méprise d’un autre genre, mais non moins extraordinaire. Il présente aussi quelques altérations moins importantes que nous examinerons en passant, dans l'ordre où elles se rencontrent.
(1) Comp. Ez. XXXVI, 1; Hab. I, 16; Jér. XXXVI, 32; XIV, 16; X, 2; Eccl. XII, 12. La forme primitive était même nDH» comme le prouve le phénicien nOH Dâ*TH» homme$ (Inscr. d’Ëshmounazar, 1. 11 et 22, et de Marseille, 1. 17). Il est incroyable que les com> mentateurs de ces inscriptions, surtout de la première, n'aient pas vu cela. Comp. aussi, dans le passage punique du Pcenulus de Plaute, le second mot du troisième vers : anetk s ^ héhr. ici (avec mouvement), hue. (Sans mouvement, les Carthaginois disaient thinno (v. 5 et 7), s syriaque tkenon, ici). Comp. aussi l'assyrien «Aounoiyt^{eux)et shinath (elles), dont le rapport avec les mots coi*' respondants dans les autres dialectes sémitiques est rendu évident par le singulier shou (lui) = NVl, et shi (elle) = Pour le (’bangemeut de IV en A, il parait y avoir entre l'assyrien et les autres dialectes un rapport analogue à celui qui existe entre le sanscrit et le xend.
On sait que ce psaume est un épithalame composé pour le mariage d’un roi. Il faut diviser ainsi, à mon avis, les premiers vers de cette belle poésie :
Mon cœur bouillonne;
je vais prononcer une belle parole.
Mon œuvre (1) est pour un roi ;
ma langue est 1a plume d’un habile écrivain.
Divisés ainsi eu deux distiques, ils offrent un parallélisme bien plus satisfaisant que si l'on en formait un seul tristique, comme font la plupart des traducteurs. Le verset suivant ne présente aucune difSculté. Il n’en est pas de même du verset 4.
Ceins ton glaive sur la cuisse, héros I ta vigueur et ta majesté, et ta majesté.
Le second vers est bien faible, et ne se relie que très-artificiellement au premier. Je propose de lire
Frappe et fonle aux pieds, et foule aux pieds I
Ce qui forme un sens bien autrement énergique et bien mieux approprié à la pensée du premier vers (2). Les deux versets suivants contiennent deux transpositions faciles à rectifier :
5. b)n avant sur ton char pour 1a cause de la vérité, de la justice et de la douceur! (3)
(1) Le mot hébreu correspondant est un singulier, quoiqu'il ressemble à un pluriel, car il ne s'agit évidemment que de ce seul poëme. (On &ait que poéme^ poésie^ signifient aussi ctuvre en grec) Comp. Gramm, de Oesenius, Ç 93, 9.
(2) Comp., pour le premier verbe. Job XL, 12, et, pour le second, Jér. LI, 33; Jug. V, 21; Ës. LXIII, 3; Lam. 1, 15, etc. Le vav avec lequel est écrit maintenant le premier, et que nous effaçons, provient de iorcbograpbe pleine, et ne devait pas faire partie du texte primitif.
(3) U y a dans U texte : et de la douc^r, de la juetice.
et que ta droite te montre des actions terribles.