Tu aimes la justice et tu hais la méchanceté, etc
£st-il à croire que, dans un accès d’enthousiasme poétique, le psalmiste ait appelé Dieu le roi auquel il s’adresse, à peu près comme le peuple de Césarée s’écria pour flatter Hérode ; « ^^oîx d’un dieu et non d’un homme » (Actes XII, 22), et comme on ht sur les médailles des Séleucides ; « Antiochus, dieu manifeste » ? Je ne puis me le persuader. Il est vrai que dans le psaume LXXXII, 1, certains rois sont appelés dieux; mais ce sont des rois païens, et c’est évidemment par ironie. Le psalmiste se place pour un moment, pour un seul, au point de vue de ces monarques et de leurs sujets :
G. J'ai dit : Vous êtes des dieux,
et vous êtes tous dos fils du Très-Haut I...
Mais c’est uniquement pour en faire ressortir plus énergiquement la folie.
T. Cependant vous mourrez comme des hommes, et comme un des princes (2) vous succomberez.
Le seul passage qu’on puisse citer en faveur de cette opinion se retourne donc contre elle.
(1) Dans le texte : tomberont dans U cœur des ennemis du mi.
(2) Comme le premier venu des princes qui tous sont assujettis.
Certains commentateurs voient ici une ellipse (1) et traduisent ;
Ton trône [est un trône de] Dieu pour toujours.
Il faut avouer en tout cas que l’ellipse serait forte et singulièrement plus étonnante que toutes celles qu’on peut citer en exemple , comme t ses murs [sont des murs de] bois, » t la .saison [était la saison des] pluies, » etc. Cette opinion a été évidemment inspirée aux exégètes qui la soutiennent par le parallélisme apparent de trône sceptre (2). Mais ce parallélisme est impossible, car les idées exprimées par les deux vers sont complètement différentes ; d’un côté V éternité du trône, de l’autre, l'équité du sceptre. Le premier doit donc se rattacher à la strophe précédente, et le second, commencer une nouvelle strophe ; ainsi ;
Lo sceptre de ton règne est un sceptre d’équité ;
S. tu aimes la justice et tu bais la méchanceté.
On voit que s’il n’y a pas là parallélisme de mots, il y a parallélisme d’idées, ce qui vaut bien mieux.
Mais que ferons-nous enfin du mot Dieu^ puisqu’aucune des explications proposées n’e.st admissible, et puisqu’il est d’ailleurs manifeste qu’il est question du roi et non de Dieu dans ce passage? Le voici. Nous avons établi plus haut que le compilateur du deuxième
(1) V. Oeseiiiua, Th^saurns^ au mot Elohim^ note 1. AHiy dit Caiviu, in genitivo casu legnntyquod nimis insipidum «st. {Inst. y I, 13, 9.)
(2) Remarquez aussi que le psalmitite n’a pas dit : Le sceptre de ton régné est équitéy quoique cela fût bien plus facile à comprendre que Ton trône est Dieu. Il serait donc bien étrange qu'il eût employé d'abord la forme elliptique, surtout dans une locution aussi extraor> dinaire, pour revenir immédiatement à la forme régulière et oont* plète, quand elle était moins nécessaire.
livre des Psaumes, dont le XLV* fait partie, a systématiquement effacé le nom de Jéhovah pour le remplacer par celui éüEloMm (Dieu). Pourquoi? nous l'ignorons; mais le fait est certain. De là est résultée en plusieurs endroits cette formule étrange ; Diev,^ ton Dieu, qui se trouve dans ce psaume lui-même (v. 8), et pour laquelle l’auteur sacré avait écrit sans doute : Jéhovah, ton Dieu. Je suppose donc que le texte primitif portait ,TTP sera :