Puisque je suis frappé tout le jour
et que mon châtiment [revient tous] les matins I »
Les derniers mots, que nous avons soulignés, ne rappellent-ils pas, et dans le même ordre, la défaite et le manque d’eau du verset 10? La soif cesse naturellement, au moins en partie, pendant la nuit ; mais elle revient avec plus de force le lendemain.
L’âme du psalmiste se rassérène à la pensée que les mécliants périront, que Dieu veille sur lui par sa providence et qu’il le recevra un jour dans la gloire céleste. Mais le verset 25 offre ici quelque difficulté :
Qui est pour moi dans les cieux?
Et près de toi je ne me plais pas à la terre.
(1) Comp. Gen. XX, 6; XXXI, 39; Ps. LV, 16, d'après Je Q*ri (mais ieKetib vaut peut-être mieux); LXXV, 2, d'après les versions anciennes, etc.
On interprète généralement ; « Quel [autre] ai-je aux deux? » Mais le mot qu’on ajoute ainsi n’est pas dans le texte et ne se supplée pas naturellement. Cette interrogation exprime donc le contraire de ce que le psalmiste veut dire évidemment. De plus, il y a entre les deux membres une sorte de discordance littéraire que tout homme de goût sentira, je m’assure, instinctivement, quoiqu’il fflt peut-être difficile et en tout cas trop long de l’expliquer en détail. .le pense que le texte primitif portait au lieu de ''7 'O ;
Ma joie (1) est dans les deux et près de toi; je ne me plais pas à la terre.
On reconnaîtra du moins que le parallélisme est ainsi bien plus satisfaisant que celui du texte reçu.
Nous avons enfin une interpolation évidente à signaler à la fin du psaume.
28. La présence de Dieu est pour moi le bonheur; j’ai mis dans le Seigneur Jéhovah mon asile (pour raconter toutes tes œuvres).
Ces derniers mots ne peuvent pas avoir fait partie du texte primitif, d’abord parce qu’ils sont à la seconde personne, tandis que ce qui précède immédiatement est à la troisième; ensuite et surtout parce qu’on n’en voit pas la portée, ün prédicateur pourrait dire peut-être au commencement d’un di.scours : Je mets ma confiance en Dieu 'pour raconter ses oeuvres ; mais cette pensée était certainement bien éloignée de l’esprit du psalmiste. Nous avons donc encore ici, suivant toutes les apparences, une note marginale introduite dans le texte par un copiste ignorant, et signifiant eu réalité : tPour expliquer : tes œuvres. » Il s’agit
(1) C’est-k-dire, le sujet, la cause de ma Joie. Comp. XLIII, 4.
de découvrir dans ce qui précède l’expression obscure dont cette note est l’explication, et h laquelle le scribe chargé de lire en public substituait peut-être l’expression plus claire toutes tes œuvres. Je crois l’avoir retrouvée au psaume LXXT, verset 18 ; * Jusqu’à ce que j’aie annoncé ton bras... » — Jusqu’à ce que j’aie annoncé toutes tes œuvres serait une explication très-fidèle et singulièrement plus compréhensible de ce terme. Nul doute, d’ailleurs, que les pages des manuscrits ne fussent assez grandes pour embrasser l’espace compris entre les deux passages.
Interpolation et altérations diverses du psaume LXX V.
Une interpolation semblable se trouve aussi, je crois, au commencement du psaume LXXV :
Nous t’avons loué, 6 Dieul mu* avons loué;
et ion nom est près (ils ont raconté tes merveilles).
On voit le désordre et le manque de parallélisme qui distingue ce distique. Ton nom est près ! voilà une phrase particulièrement obscure. On pourrait supposer qu’un scribe mit à côté de ces mots, sur la marge gauche : « Expliquez (’ibd) : tes merveilles, » — afin qu’on lût dans les assemblées publiques ; « Tes merveilles sont près ; » ce qui serait en effet beaucoup plus clair, car les merveilles de l’univers et de la nature nous entourent de toutes parts. Toutefois, comme je ne connais pas d’interpolation provenant de la marge latérale, mais seulement de la marge inférieure, je suppose plutôt que cette note se rapportait comme la précédente au même passage du
psaume LXXI (1). S'il en est ainsi, il faut admettre qu’à une certaine époque les docteurs juifs comparèrent différents manuscrits et les complétèrent, ou du moins crurent les compléter, les uns par les autres. Quoi qu’il en soit, ces mots furent copiés plus tard comme faisant partie intégrante du texte, et vocalisés en conséquence par les Masorètes,
Il se rencontre ici une circonstance curieuse. Les Septante qui, à l’endroit du psaume XXII que nous avons reconnu pour une interpolation (v. 18), ont lu n» (âÇTjpiôiJirjsav) au lieu de nsCN, lisent au contraire au psaume LXXV, 2, ^^DK au lieu de nSD.
Que conclure de ce fait ? C’est qu’à l’époque où la vraie signiScation de ces gloses était encore connue, les scribes employaient peut-être indifféremment l’une et l’autre des expressions signalées : Expliquez on j'expliquerais. Elles s’étaient conservées toutes deux dans le manuscrit dont se servirent les Septante, aussi bien que dans le texte reçu, mais à des endroits différents.
Au reste, cette étrange expression ; Tou nomest pris., est une faute de traduction qu’aucune des versions anciennes (excepté le Targoum) n’a commise, Nous lirons donc comme elles ; (2), et nous tradui-
rons en conséquence :
Nous t’avons loué, ô Dieu !
nous avons loué et invoqué ton nom.
On ne peut nier que ce parallélisme et ce sens ne soient infiniment préférables.
(1) L'espnce compri 3 ces deux texte 9 est itsses graud, mais pas trop cependant, je pense, pour qu'une même page ne pût pas les embrasser Tun et l’autre.
(2) Cet emploi de rinünitif pour le parfait (et pour le futur), après un partait (ou un futur), est très-frèquent, surtout dans les livres récents ;Jér. 3UV, 5s2Chpon. VII, 3; 2ach. III, 4; VII, 6; Dan. JX, 5 1 Sam. II, 28, etc. V. Gramm. de Ge<«anius, \ 131, 4 a).
Au verset suivant, il me paraît très-probable que le texte portait primitivement mon, qui manque aussi au psaume XCI, 9 :
3. Car [tu as dit] : « Je prendrai une épocfue, je jugerai avec équité.
Voilà le motif pour lequel les Israélites louent Dieu. Mais sans la restitution que je propose, il serait bien difScUe d’expliquer ce distique.
Ici devait se trouver autrefois le verset 11, comme le reconnaissent d'ailleurs la plupart des exégètes :
£t je couperai toutes les cornes des méchants ; les cornes du juste se relèveront. »
Ce distique, oublié par un copiste, aura été transcrit par lui à la fin du psaume , avec quelque signe destiné à indiquer la place qu’il devait occuper, mais qui se sera effacé ou n’aura pas été compris des copistes postérieurs.
Indiquons enfin, pour terminer, la faute de ponctuation qui marque la fin du verset 8, et qui est reconnue aussi eu général par les exégètes moderues :
S. Car ce n’est ni de l'Orient ni de l'Occident, ce n’est pas du désert des montagnes...
Et la phrase demeure inachevée; ce qui n’est pas admissible. Il faut traduire :
Ce n’est pas du désert [que viendra] le relèvement (1). 9. Car c'est Dieu qui juge;
il abaisse celui-ci et il relève celui-là.
(1) Inf. hiphil. De même Jér. III, 23 : « C'est en vain que des collines on accumule des richesses (ou que des places fortes on rassemble une armée) ; c’est seulement en Jéhovali notre Dieu qu'est le salut d'Israél- s
— lor: —
Interpolation du psaume CXVJ.
Il nous semble avoir découvert aussi une interpolation dans le psaume CXVI. Ce sont les trois mots dont une erreur de traduction a fait dans les Septante, et de là dans la plupart des autres versions anciennes, la célèbre parole : * J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé (1), » mais que les lois de la grammaire forcent à traduire ainsi : J’ai cru, car Reparlerai (2) (v. 10). Or," — à supposer qu’il soit possible de trouver un sens à cette phrase, — qu’on lise ce qui la précède et ce qui la suit, et qu’on juge si elle a une portée quelconque dans le développement de la pensée du psalmiste. Les Septante ont trouvé si peu de rapport entre cette parole et ce qui la précède, qu’ils en ont fait le commencement d’un nouveau psaume. Si on la retranchait, au contraire, la pensée se poursuivrait sans interruption, et le parallélisme serait rétabli :
J'étais bien malheureux ;