J'aime, car l’Eternel entendra ma voix
Il me par^t bien probable que l’auteur avait écrit primitivement, comme traduisent nos versions ordinaires :
J’aime l’Eternel,
car il a entendu la voix de mes supplications.
(1) 2 Cor. IV, 16.
(2) C’est bien ainsi que traduit le Targoum. Une fois n'est pas coutume.
Mais cette corruption du texte, si elle est réelle, est extrêmement ancienne : les Septante avaient sous les yeux en cet endroit le même texte que nous. Je suppose donc qu’un copiste ou un scribe, chargé peut-être de lire cette portion de l'Ecriture en public , aura mis à la marge inférieure de son exemplaire: Je dirais: Je crois que... (au lieu de ; J aime que...) *nJO«n au lieu de 'nsnx. Kemarquez la ressemblance de ces deux mots. Le premier verset du psaume aurait donc dû être lu, d'après lui, de manière à signifier :
Je crois que l’Eternel entendra ma voix.
Plus tard cette note a passé dans le texte de la même manière que les précédentes.
Doulle interfolaiion du psaume XL.
Le psaume XL contient un passage bien connu pour son obscurité. En voici la traduction exacte d’après le texte masorétique :
T . Tu ne te plais ni au sacrifice ni à l'ofirande (des oreilles tu as creusé à moi) ; tu n’as demandé ni holocauste ni victime pour le péché.
8. Alors j’ai dit : Voici, (je suis venu avec un rouleau d’un livre écrit sur moi).
9. Je me plais, mon Dieu, à Caire ta volonté, et ta loi est au milieu de mes entrailles.
Les mots que nous avons mis entre parenthèses, surtout les premiers, ont de tout temps embarrassé les interprètes. En désespoir de cause, les uns ont pensé que cela pouvait signifier : c Tu m’as ouvert les oreilles » (pour que je pusse entendre ton salut). C’est ainsi
que traduit le Targoum. D’autres ont pris .n'X pour l’équivalent de ’JjSt ri'''?3 tu, as découvert mon oreille, c’est-à-dire, tu m'as révélé (comp. ISam. XX, 2; Job XXXIII, 10, etc.), et ils ont traduit : c Voilà ce que tu m’as révélé. » Je ne m’arrêterai pas à démontrer l’arbitraire et l’impossibilité de ces deux interprétations. Plusieurs exégètes ont supposé qu’il y avait là une interpolation, et ils ne se sont pas trompés en cela. Mais il s'agit de montrer comment cette interpolation a pu avoir lieu, et c’est ce qu’ils n’ont pas feit. Remarquons d’abord que les Septante, la cinquième et la sixième version citées par Origène dans ses Ifexaples, et dont l’âge est inconnu, mais doit être assez ancien, Théodotion et Symmaque ont interprété ce passage d’après un texte différent du nôtre ; car ils traduisent : Tum’asjbrmé (xaTnipxwjii), Symm. jwttevxeûaoaç) des oreilles, ou un corps, d’après certains manuscrits des Septante (comp. Ep. aux Hébr. X, 5) ; ce qui prouve qu’ils avaient sous les yeux le mot rns, qu’ils prirent pour un verbe provenant de la racine ma, et qu’ils confondirent avec njna, tu as créé. Les méprises de ce genre ne sont pas rares dans les Septante. Mais ce mot, prononcé BeRIT, signifie toujours alliance.
Voyons maintenant comment ces trois mots : oreilles, alliance , à moi , ont pu se glisser dans le texte. Le psaume commence ainsi :
Je me suis fermement attendu à l’Etemel,
et il a incliné vers moi...
et il a entendu mon cri.
Il n’y a pas U s’est incliné, comme on traduit généralement^ du reste avec raison, mais U a incliné. Qu’a-t-il incliné ? Evidemment ses oreilles, suivant la locution hébraïque si fréquente dans les livres sacrés. Je sup-
pose donc qu’un copiste ou un scribe écrivit au bas de la page, pour expliquer cette expression un peu insolite ; oreilles (1).
Passons maintenant au verset 8 ; Voici, je suis venu avec un rouleau A’un livre. Quel peut être ce livre ? € Le livre de la loi ; » c’est ainsi que traduit le Targoum, et c’est ainsi évidemment que l’entendaient les docteurs juifs. Mais le livre de la loi se nommait aussi le livre de l'alliance (Ex. XXIV, 7 ; 2 Rois XXIII, 2, 21, etc.). Le copiste met encore au bas de sa page: alliance.
Continuons la lecture du verset 8. Un livre écrit sur moi. Que peut bien signifier cela ? Le livre de l’alliance n’avait pas été écrit sur le psalmiste, mais il avait été écrit pour lui , comme pour tout le peuple d’Israël. C’était bien là l’idée généralement admise, car le Targoum explique encore : ce qui a élé écrit a cause de moi. Le copiste met donc encore en bas : pour moi.
Voilà nos trois notes marginales rangées l’une à la suite de l’autre, et marquées sans doute de quelque signe destiné à les faire reconnaître. Survient un second copiste, qui, arrivé au bas de sa page, se trouve n’avoir copié que jusqu’à la première moitié du verset 7. Il met, lui aussi, comme son prédécesseur , ces mots au bas de sa page , mais saus trop comprendre à quoi ils se rapportent, et par conséquent sans les marquer d’aucun signe. Un troisième copiste les a fait entrer purement et simplement dans le corps du psaume, où ils jurent avec le contexte et interrompent inutilement le parallélisme, parfait sans cela, du verset 7. Une fois introduits dans le texte, il a bien fallu leur trouver un
(1) Peut*ètre avait-il écrit primitivement ses oreilles. Mais quand il fallut former une phrase do ces mots isolés, le suffixe, qui u'aurait pu se prêter à aucune interprétation, fut changé eu Q.
sens quelconque. Les traducteurs alexandrins, qui n’étaient pas de forts liébraïsants et ne regardaient pas de si près aux formes grammaticales, s’en tirèrent en donnant à 9'!? le sens de la racine «13 créer. Mais les docteurs juifs ne pouvaient pas penser à une pareille assimilation. Pour eux, ce mot serait nécessairement dérivé de rni avec un n, qui signifie couper et quelquefois manger ; de sorte que cela aurait voulu dire ; Tu m’as coupé... ou tu m’as mangé les oreilles. Impossible de supposer que l’auteur sacré eût dit une incongruité pareille. On supposa donc, grâce à la ressemblance du 3 et du 3, qu'il avait écrit ; t Tu m’as creusé des oreilles. » C’est encore plus obscur, mais c’est un peu moins ridicule.
Ce n’est pas tout. Le verset 8 lui-même est loin d’être clair. Soit qu’on traduise : Je suis venu avec un rouleau d'un livre écrit sur moi, ou : Je suis venu ; dans un rouleau de livre il est écrit de moi, il n’y a là ni parallélisme, ni sens raisonnable, ni enchaînement d’idées avec le contexte. Retranchez, au contraire, cette phrase inutile, et le parallélisme se rétabht de lui-même ;
Alors j’ai dit : Voici, je me plais, ô Dieu, à faire ta volonté,
et ta loi est au milieu de mes entrailles.
Mais alors, que signifient proprement les mots que nous retranchons, et comment se sont-ils glissés à cet endroit ? Le voici. Le mot qu’on a traduit par je suis venu pourrait se lire aussi Nous traduisons
donc ; Pour (1) ou au lieu de 'ns (avec moi), dans un rouleau de livre (ou plutôt de scribe isï) il est écrit
(1) La préiKtsiüoD 3 asouveot cette signification. Comp. Oen. XXIX, 18; Ks. VII, 23; Ps. XV, 5; 0eut. XIX, 21, etc, inscr. de Marseille, roramencement des lignes 3, 5, 1 , 9, 15,et inscr. d’Oum-el-Awainid, 1. 3, d’après mon interprétation.
•ha (sur moi). Il ne s’agit plus que de trouver, dans la page qui précédait autrefois ce passage, le mot auquel se rapporte cette variante unique dans son genre. Tl se trouve au psaume XXXVIII, à la fin du verset 11. La variante est toute naturelle et ne modifierait en rien, si elle était admise, le sens de ce verset. Nul doute d’ailleurs qu’une page de manuscrit pût s’étendre jusque-là.
Altèraiion$ diverses et triple interpolation du psaume LXXX VII.
Ce psaume est si obscur, si décousu, que pendant longtemps j’en ai cru le texte trop profondément altéré pour qu’il fût possible de le rétablir dans sa forme primitive. Des rechercbes récentes m’ont appris qu’il l’est beaucoup moins que je ne pensais, et qu’à l’aide de quelques légères modifications de lettres et de ponctuation, il peut être rendu aussi clair et aussi beau qu’il est inexplicable et absurde dans le texte reçu. Si ces épithètes semblaient excessives, qu’on juge si elles ne sont pas méritées;