L’Etemel comptera en écrivant les peuples
O Celui-ci est né là. » Sélah.
7. Et chanteurs comme joueurs de Qùte, toutes mes fontaines sont en toi.
De bonne foi, n’est-ce pas un pur galimatias? Eh bien, en lisant, avec les Septante, la Vulgate et les versions syriaque, éthiopienne et arabe, D? (peuple), au lieu de os (avec), et en allongeant im peu le t de manière à en faire un 7] et à lire iV. [ira) au lieu de tV [est »«), aux versets 4 et 5, nous obtiendrons ce sens bien autrement satisfaisant, je pense :
Voici, la Philistie et Tyr, ce peuple de Coush ira là (3),
(1) L« paj8 des Philistins.
(2) L’Ethiopie.
(3) A la cité de Dieu, au temple de Jérusalem. Comp. Es. Il, 2* Oiich. IV, 2). — Oo objectera peut>étre qu'avec un verbe de mouve« ment U faudrait ÎTOüy et non DIT Mais 1* il y a d'autres exemples de la même irrégularité : 1 Sam. Il, Ï4 ; 2 Rois XIX, 32; 1 Rois XVIfl, 10; Jér. XIX, 14; 2* le texte sur lequel a été faite la version des Septante portait en effet le H qui manque dans le texte reçu. Seulement, comme
et sera dit [appartenir] à Sien (1).
Tout homme ira en elle (en Sion),
et lui la maintiendra, le Très-Haut, l'Etemel (2).
Ici se termine le psaume. La pensée est parvenue à la fin de son développement naturel; tout ce qu’on pourrait y ajouter ne ferait que l’aflRftiblir. Le reste est composé de trois gloses ou notes, dont nous lisons ainsi la première ;
n; D', B? 3tri33 3BD'
€ Il est expliqué dans un manuscrit ; Ce peuple de mer ira là. » Cette glose se rapporte manifestement au verset 4. Peut-être les derniers mots étaient-ils une variante portée par quelque manuscrit. Mais je suppose plutôt qu’un scribe, trouvant que Tyr était fort improprement appelé vn peuple de Coush (3), puis-
le 1 qui soit ne s*y trouvait pas, les traducteurs le joignirent au mot suivant en le prenant comme la marque de Tinterrogation, et traduis sirent : Mi) £ià)v jpet ; leçon qui se trouvait encore dans Voctaple (V. Hexapl., t. 1, p. 602)» et que l’auteur de la Vulgate a eue sous les yeux, — car il a traduit : Numquid Sion dicetf — mais qui s’altéra plus tard et produisit la leçon bizarre ; Mi}rv]p Stùv, qu’ont suivie les versions éthiopienne et arate, et qui se trouvait déjà dans le tétraple,
(1) Ou : et se dira de Sion (au point de vue religieux). Comp. Es. XLIV, 5. Si toutefois l’on trouve cette traduction hasardée, on peut s’en tenir à la traduction ordinaire ; « Et de Sion il est dit... » 11 y aurait alors deux citations prophétiques au lieu d’une. Mais cela n’est pas probable, parce que le verbe est au futur.
(2) Nous prenons ce dernier mot au verset suivant; on va voir pourquoi. Quand ces deux noms de Dieu sont réunis, VEtei'nel précède le Très-Haut (VII, 18; XLVII, 3; je ne cite pas XC VII, 9, parce que la construction est différente) ; mais ce n’est pas une objection bien sérieuse, — sans compter que ces deux noms auraient bien pu être intervertis.
(3) Au reste, il ne faut pas considérer ces mots comme une apposition et les rapporter à Tyr. Il s’agit de l’Ethiopie ou peut-être eu général des peuples coushites (Comp. Ps. LXVIII, 32). Le pronom démonstratif parait employé, comme en latin tl/e, pour dire ce peu-pie illustre ou bien connu ou peut-être < le peuple de Coush luimême* » (Comp. Ps. LXVIlI, 9; Jug. V, 5.)
que, d’après la Genèse (X, 6), Canaan, d’où descendaient les Tyriens (1), était le frère et non le fils de Coiisli, aura préféré qu’on l'appelât \xn peuple de mer et écrit en conséquence à la marge de son manuscrit, comme au psaume XXII, 18 ; « T expliquerais ou, comme au Ps. LXXV, 2 ; Expliquez ; Ce peuple de mer ira là ! » Un second copiste transcrivit cette glose avec une légère modification, destinée à montrer que cette variante n’émanait pas de lui, mais qu’il l’avait trouvée dans un manuscrit antérieur. Le terme de musique S'elah s’y joignit plus tard, quand cette glose eut été considérée comme faisant partie intégrante du psaume.
Plus tard encore, deux nouvelles notes vinrent se joindre à la première. Elles se rapportent, l’une à la suscription musicale du commencement, l’autre à la fin du verset 2. A ces mots : * Des enfants de Coré, psaume-cantique, » un scribe voulut qu’on ajoutât ceux-ci q>i’il avait peut-être trouvés dans un manuscrit plus complet ; t Et ils le chantaient {mi : on le chante) avec [accompagnement de] flûtes. » (Comp.
1 Rois I, 40) , au lieu de comme joueurs de
flûte. Outre que cette dernière expression n’ofifre aucun sens dans le contexte, la signification qu’on lui doune n’est pas même justifiable, car il faudrait pour cela le participe piël (1 Rois I, 40), et non le participe kal. Il est moins arbitraire assurément de changer un 3 en 3 pour obtenir un sens raisonnable, que de créer
(1) Tyr n’est pas nommé parmi les descendants de Canaan (v. 15- 19). Mais le copiste devait croire que le peuple de cette ville avait la même origine que celui de Sidon et toutes les tribus cananéennes.
(2) Dans l’inscription d'Eshmounazar^ Sidon est appelé de mémo un pays de mer (I. 16, 18). Comp. Ex. XXllI, 31 : « la mer des Philistins. » Pour la division de ce mot en deux, v. plus haut le passage d’Amus (VI, 1:^) que nous avons expliqué, p. 9 et 10.
une forme nouvelle pour n’obtenir en définitive aucune idée tant soit peu admissible.
Quant aux trois derniers mots ^3 ’J’Sn t(mtes mes fontaines en toi, il faut remarquer que les Septante (et d’après eux, la Vulgate et les versions éthiopienne et arabe) ont lu psts hs, qu’ils ont du reste fort mal rendu par xivruv ■}! xatoixla 4v uoi (omnium habitatio est in te. Vulg.). Soit donc que le texte primitif portât ces mots exactement sous cette forme, ou sous la forme ’3iyo, plus rapprochée du texte reçu, nous y voyons une variante de toutes les demeures de Jacob (v. 2), qui signifie : toute habitation en toi, ou toutes les (1) (ou mes) habitat ions [gui sont] en toi, selon qu’on adopte la première ou la seconde hypothèse. Ces deux notes, mises d’abord au bas du psaume, y furent plus tard incorporées par un copiste qui n’en comprenait pas le sens.
Débarrassé de tous ces éléments étrangers, qui le rendaient méconnaissable, rétabli enfin dans sa forme primitive, le psaume LXXXVII est l’un des plus remarquables du recueil et brille d’une incomparable beauté. Ne valait-il pas la peine de dégager cette jærle de l’amas de poussière et de scories que les siècles et l’ignorance avaient accumulé sur elle?
Interpolations du psaume CXLI.
Nous terminerons cette étude par la discussion d’un passage extrêmement obscur du psaume CXLI. Il est ainsi conçu :