‹ Du texte primitif des Psaumes, explication des passages les plus obscurs de ce livreChapitre 9 sur 58 · RÈGLES A SUIVRE POUR LA CORRECTION DES TEXTES ALTÉRÉS · texte numérisé non relu

RÈGLES A SUIVRE POUR LA CORRECTION DES TEXTES ALTÉRÉS

Il ne faut pas croire, comme on a paru le supposer parfois, que cette recherche du texte primitif soit complètement arbitraire et ouvre la porte à tous les écarts de l’imagination. Il y a des faits et des règles qui restreignent les combinaisons entre lesquelles il est permis de choisir, dans des bornes assez étroites. Si les variantes des manuscrits, quoique nombreuses, sont en général insignifiantes, les versions anciennes diffèrent très-souvent du texte reçu et offrent alors parfois (surtout les Septante) des indications précieuses, dont un exégète intelligent doit profiter. Nous l’avouons cependant, quoique pour rédiger les pages qui vont suivre nous ayons eu constamment sous les yeux la Polyglotte de Walton et les Hexaples d’Origène, ce n’est que rarement, et même très-rarement, que nous avons été mis par elles sur la voie de la vérité. Dans les passages les plus obscurs, les traducteurs anciens ont eu, non pas toujours, mais généralement, sous les yeux le même texte que nous, et l’ont traduit comme ils ont pu, c’est-à-dire fort mal. C’est donc par nous-même, livré aux seules ressources de notre imagination, que nous avons, dans la plupart des cas, cherché le sens réel et le texte primitif de ces passages. Mais deux

règles principales nous ont toujours guidé et devront toujours guider ceux qui voudront poursuivre ce genre de travaux ; la pensée générale de l’auteur et parallélisme des membres.

On peut comparer chacun des passages que nous examinerons plus loin à une chaîne brisée en un seul point ; il s’agit de retrouver l’anneau qui manque, ou plutôt (car s’il manquait entièrement, il serait bien difficile, impossible même de le retrouver) il s’agit de rendre à l’anneau tordu et déformé sa forme primitive. Il est évident que pour cela l’examen attentif des anneaux précédents et suivants nous sera du plus puissant secours, et l’on ne pourra nous taxer d’arbitraire si nous nous laissons constamment guider par cette analogie. Pour employer une autre image, nous ferons converger sur le texte obscur la lumière des versets qui le précèdent et de ceux qui le suivent, jusqu’à ce que la clarté des uns ait dissipé les ténèbres de l’autre. Et si, en modifiant légèrement le texte, nous obtenons, au lieu d’une phrase insignifiante et qui brise le développement naturel de la pensée du poète, un sens clair et qui s’adapte parfaitement aux vers précédents et suivants en les reliant entre eux, n’aurons-nous pas tout lieu de croire que nous avons retrouvé le texte primitif?

La seconde règle à suivre, en même temps que celle du sens, c’est celle que fournit le parallélisme des membres. On sait que la poésie hébraïque procède, non pas précisément par vers, mais par distiques, quelquefois, mais plus rarement par tristiques , c’est-à-dire par deux ou trois vers, dont chacun exprime la même pensée, ou tout au moins une pensée analogue, sous une forme différente. Sans doute, cette règle prosodique est assez large et n’est pas observée partout avec la

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même rigoieur ; plue d’une, fois la pensée contenue dans le second vei-s, n’est pas exactement paralllle à celle du premier. Mais, en général, dans l’immense majorité des cas, ces deux membres de phrase sont rattachés entre eux par un lien très-intime. Or, il est facile de voir que, dans les passages corrompus, ce parallélisme n’existe pas, et ce n’est pas l'une des moindres preuves de l’altération du texte. Si donc, dans nos recherches, nous rencontrons une combinaison qui joigne au mérite de présenter un sens satisfaisant celui de donner deux membres parallèles, ne serons-nous pas autorisé à dire que nous avons découvert la vraie forme du texte original ?

On le voit, l’arbitraire est beaucoup moins grand, en ce genre de recherches , qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord. Il y a des critères, qui, pour n’avoir souvent rien à faire avec les manuscrits ni avec les versions anciennes, pour ne relever que du bon sens et n’exiger qu’un peu de jugement et de réflexion, n’en sont pas moins très-sérieux et peuvent donner à une conjecture un degré de vraisemblance tel qu’il touche presque à la certitude.

Aux deux que nous venons de citer pourrait s’en joindre dans certains cas un troisième, si les règles qui ])résident à la composition des strophes dans la poésie hébraïque nous étaient mieux connues, ou si ces règles (à supposer qu’elles aient jamais existé) étaient plus rigoureuses. Il y a des psaumes, — en général ce sont les plus anciens, — dont il est impossible de méconnaître la division en strophes. Malheureusement, si ces strophes ont parfois le même nombre de vers ou de versets, souvent aussi elles ont un ou plusieurs vers, un ou plusieurs distiques de plus l’une que l’autre, ou un tristique au lieu d'un distique, etc. Il eu résulte que

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cette considération n’ofiFre pas une base bien sûre et qu’on ne doit s’en servir qu’avec beaucoup de réserve pour la reconstitution du texte. Je crois cepeudaut qu’il y a des cas où, employée avec prudence, elle pourrait fournir d’utiles indications.

Quant à la règle, si fort préconisée par de Wette, qu’il faut en général préférer le texte le plus obscur, quoiqu’elle ait souvent été appliquée avec une rigueur excessive, j’avoue qu’elle a sa valeur dans les passages parallèles des livres historiques et généralement dans les passages reproduits plusieurs fois : il est probable en efièt que les copistes ont parfois substitué un mot plus clair ou plus récent à une expression plus archaïque ou dont ils ne comprenaient pas très-bieu la signification. Mais on n’a que très - rarement , peutêtre même jamais, occasion d’en faire usage daus les Psaumes.

ESSAIS DE RESTmmON DD TUTE PRIMITIF

Nous abordons maintenant la partie principale de notre tâche. Il semble au premier abord que nous devrions examiner ensemble les altérations de la même nature, en commençant par les plus simples et les plus faciles à corriger, c’est-à-dire par celles qui portent uniquement sur la vocalisation, en continuant ensuite par celles qui proviennent de la fausse division des mots, de la substitution de certaines lettres les unes aux autres ou d’une ou plusieurs interpolations. C’est bien là l’ordre que nous suivrons en général. Mais cette méthode aurait de grands inconvénients, s’il fallait la suivre toujours rigoureusement, et ne jamais s’en écarter ; car souvent le même psaume, et parfois le même passage, renferme des altérations de différentes natures, qu’on ne peut discuter séparément.

Nous suivrons donc autant que possible la méthode que nous venons d’indiquer, mais quand un psaume contiendra des altérations diverses, nous les examinerons en môme temps dans le chapitre auquel appartient celle qui nous semble la plus grave.

Nous commençons naturellement par les fautes de vocalisation. Mais avant d’entrer en matière, qu’on nous permette une dernière observation. Sinousvou-

lions discuter en détail chacune des opinions émises par les interprètes sur les divers passages que nous allons maintenant passer en revue, il nous serait facile de faire un très-gros livre à l’allemande, où l’on trouverait force citations et comparaisons de mots avec les autres dialectes sémitiques, qui n’aiu-aient peut-être plus d’une fois rien de commun avec notre sujet, et que peu de personnes auraient le courage de lire. Nous n’avons nul désir d’allonger inutilement notre tâche ni de rendre encore plus aride une matière qui l’est déjà bien assez par elle-même. Nous serons donc aussi bref que possible. Nous nous abstiendrons de remuer ces monceaux de débris qui encombrent le sol de la science. Nous éviterons même, quand nous le pourrons sans nuire à la clarté, d’employer les mots hébreux, et nous renverrons en note tout ce qui n’est pas absolument indispensable à l’intelligence de notre pensée.

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