CHAPITRE II
Critique de la conception classique Essai de théorie uniciste du syndrome hyperthyroïdien
Ii semble donc qu'il faille faire une séparation nette entre la maladie de Basedow essentielle, primitive e! les goitres devenus secondairement toxiques.
On ne saurait nier que ces deux types se retrouvent souvent. Entre la jeune femme qui, à la suite d’un: émotion, voit se développer une exophtalmie énorme, présente une glande thyroïde tuméfiée et bondissante, un pouls affolé el instable, et le malade depuis longtemps porteur d'un goitre et qui à une époque lardive commence peu-à peu à se plaindre de troubles cardiaques, à s'inquiéter d’un amaigrissement progressif, ancune hésitation n’est possible et le daignoslic s'intpose: vrai Basedow d’un côté, toxicité secondaire de l'autre.
Cependant si ces modalités cliniques sont cerlaines,
nous ne croyons pas qu'elles puissent avoir foree suffisante à faire admettre une distinction aussi rigide. Ges deux syndromes sont loin de toujours se rencontrer à l'état de pureté et il existe des types de transilion qui les relient. À leurs limites, se trouve tout un territoire où ils se rejoignent et se confondent. Nous n’en voulons pour preuve que les difficultés que l’on éprouve souvenL pour classer tel malade dans telle ou telle catégorie : exemple, le cas rencontré si souvent aux consultations hospitalières de la femme d’une quarantaine d'année, qui dit avoir toujours eu un corps thyroïde un peu volumineux, qui depuis quelques mois, présente de l’exophtalmie, du tremblement, des troubles sudoraux et vaso-moteurs. Est-ce un Basedow ou un goitre toxique ?.. Chacun donne une réponse différente suivant la conception qu'il adopte et pratiquement le problème est insoluble.
En fait, les travaux récents mettent de plus en plus en lumière les analogies qui existent entre ces deux formes et permettent de dégager une conclusion précise, à savoir qu'il n'y a aucun critère d’une certitude absolue qui puisse faire admettre cette distinction, aucun signe, aucune lésion qui invariablement présente dans un cas et constamment absente dans l’autre, puisse prétendre à avoir une valeur véritablement pathognomonique.
IL faut rapprocher ce que l’on avait trop tendance à séparer jusqu'ici et, malgré les apparences contraires, affirmer l'unité du syndrome hyperthyroïdien.
Gette idée n’est pas nouvelle, On la retrouve dès l’origine chez ceux qui ont contribué à la distinction de ces deux types. C'est ainsi que Pierre Marie, à la Société
LT ee
Médicale des Hôpitaux de Paris, en 1897, après avoir longuement discuté les caractères différentiels de la maladie de Basedow et du goitre pour lequel il crée le terme de « basedowifié », reconnaît que « dans l’un et l’autre cas le syndrome de Basedow peut présenter le degré de développement le plus complet et dans l’état actuel de nos connaissances il serait assez téméraire de prétendre distinguer l’une de l’autre ces deux variétés par le simple examen clinique du malade ». De même Lenormant, en 1910, conclue que: « la distinction est souvent diffiile. on n’a pas trouvé jusqu’à présent entre les deux variétés un critérium quelconque anatomique ou clinique, dont la valeur soit absolue, souvent on ne sait où classer la maladie ».
Actuellement, cette notion d'unité s'affirme de plus en plus: en France. avec Achard (1922): « Il n’y a pas lieu à mon avis d'opposer les uns aux autres les goitres basedowifiés et les vraies maladies de Basedow. En réalité, il y a un syndrome basedowien à l'origine duquel se trouvent des lésions {hyroïdiennes plus ou moins anciennes ef variant dans leur nature comme dans leur cause »; dans les pays scandinaves, avec Holst (1927) : «Je ne puis adhérer à l'opinion américaine qui fait du goitre exophtalmique et du goître adénomateux avec hyperthyroïdisme deux maladie différentes dans leur essence. Les transformations dans le goitre toxique primaire el secondaire bien que dissemblables en apparence sont cependant dans leur essence analogues ». En Amérique enfin, où la dis- {inction créée par Plummer est maintenue pour la plupart de façon irréductible, il semble que l'on assiste
Be
actuellement à un revirement : Judd reconnaît qu'à beaucoup d'égards, l'adénome avec hyperthyroïdisme ressemble au goitre exopthalmique ; Porter pense impossible d'en faire une distinction nette. Allen Graham surtout, dans une série de publications pleines de sens critique, soutient la thèse unieiste du syndrome hyper-
thyroïdien.