‹ Du Traitement Chirurgical de la Maladie de BasedowChapitre 49 sur 110 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

LE TRAITEMENT PRÉOPÉRATOIRE

La question des précautions à prendre avant l'inter- - vention dans les cas de goitre exophtalmique ne constitue pas un chapitre nouveau dans le traitement de celte maladie. De tous temps, les conditions d'instabilité morbide toutes particulières des basedowiens avaient obligé les chirurgiens à prendre des soins préopératoires sévères, surtout dans les formes graves. Maïs pendant longtemps ils restèrent les soins généraux appliqués avant toute intervention sérieuse, El ce n'est que dans ces dernières années que l’on a institué dans le Basedow une série de précautions spéciales à cette maladie et dont l'efficacité certaine a contribué à rendre innocente sa chirurgie. C’est dire leur importance et l'on comprend que l’on ait pu écrire que l'avenir du malade se décide souvent avant l'intervention.

Le grand danger de la chirurgie du goitre exophtalmique, celui qui l’a fait redouter du médecin et de l’opéraleur lui-même et en a limité les indications, est resté jusqu'à nos jours la réaction post-opératoire, la crise aiguë d’hyperthyroïdisme, de cause si mystérieuse encore, effrayante par son caractère inattendu de fatalité impossible à prévoir, et sa terminaison souvent mortelle. Et l’on comprend le désir du chirurgien d'essayer de prévenir cet accident et de léviter autant que possible par des moyens appropriés. Or ce but est indépendant de toute question opératoire elle-même : la technique n'est pas indéfiniment perfectible et se heurte à des limites matérielles contre Jesquelles elle ne peut rien. Aussi, est-ce à la biologie et à la physiologie pathologique que l’on a demandé une meilleure connaissance de l’état de l’opéré, le moyen de lutter contre l’intoxication cause de cet accident, la possibilité de mettre le malade en état de meilleure condition d'opérabilité. Dans ce domaine, l'amélioration est toujours possible et les progrès réalisés sont capables d'atteindre encore à une nouvelle perfection. Déjà actuellement, l'utilité de ces notions s’affirme quand on étudie l'influence qu’elles ont eu sur l’abaissement de la mortalité opératoire. Aussi, est-ce pour marquer toute leur importance que nous avons tenu à les condenser dans un chapitre spécial, persuadé qu'elles ont dans le succès final une part au moins égale à l'acte opératoire.

La nécessité de la préparation du malade à l’intervention est une règle fondamentale. L’indication opératoire n’est jamais urgente chez un basedowien et ce serait courir souvent à un échec que d'opérer ce malade

dès les jours qui suivent son entrée à l'hôpital. L'on peut dire que la grande proportion de décès qui grevait les statistiques il y a encore une dizaine d'années relevait en grande partie de ce défaut de préparation et d'opérations trop hâtives effectuées sur des sujets en poussée aiguë de basedowisme, sous le coup de l’émotion provoquée par la perspective de l'intervention, dont l'état d'irritabilité cardiaque et d’excitation psychique était au maximum. |

A l’heure actuelle, avant toute intervention, le chirurgien doit viser un triple but :

1° Estimer la gravité de la maladie de façon à juger de l’état de résistance du sujet, suivre les progrès réalisés par le traitement préopéraloire, juger l'heure favorable à l'intervention et proporlionner l'acte chirurgical à la situation de l’apéré. Or, ce but peut être en partie atteint grâce à la pratique du métabolisme basal.

2° Préparer le malade, c’est-à-dire faire cesser ou diminuer l'état d'intoxication thyroïdienne, améliorer les troubles et mettre le patient dans les conditions oplima pour supporter l'intervention, C'était déjà le but du traitement médical depuis longtemps employé, mais à ce point de vue un médicament nouveau, l'iode s'est révélé par ses résultats remarquables comme un antidote véritablement spécifique de l’hyperthyroïdisme.

3 Prendre au moment même de l'opération toutes les précautions nécessaires, afin de diminuer la gravité de l'acte chirurgical.

Les bases de ce traitement préopératoire sont dues presque entièrement aux {ravaux des auteurs américains, Mise au point du métabolisme basal dans ses pro-

LTÉE

cédés d'évaluation, dans l'établissement de sa valeur normale et la signification de ses taux pathologiques ; réhabilitation de la médication iodée sont des méthodes nées en Amérique où l'hyperthyroïdisme est une affection si répandue et qui y ont prouvé leur valeur sur des milliers et des milliers de sujets. Adoptées en France depuis quelques années, elles ont donné des résullats analogues qui doivent plaider en faveur de la généralisation de leur emploi. Depuis qu'ils sont utilisés systématiquement à la clinique de M. le Professeur Bérard, traitement iodé préopératoire et renseignements fournis par la détermination du métabolisme ont contribué à donner au traitement chirurgical de la maladie de Basedow une sécurité qui était inconnue jusqu'alors.

Page 1