‹ Du Traitement Chirurgical de la Maladie de BasedowChapitre 53 sur 110 · RÉSULTATS ET LEURS VARIATIONS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS ET LEURS VARIATIONS

On a calculé ainsi qu’un adulte normal dépense en moyenne 36 à 39 calories par heure et par mètre carré de surface du corps. Le métabolisme basal a donc pour taux normal 36 à 39. Ce chiffre n’a rien d’absolu et on admet que des variations de 10 pour 100 sont sans signification particulière,

AU

Ce taux peut subir des variations physiologiques. I est évident que tout ce qui accroît chez un individu normal, la dépense énergétique de l’organisme élève le métabolisme, digestion, variations thermiques travail musculaire surtout. L'âge est un facteur de variation important, très élevé jusqu’à 2 ans où il atteint 60, le métabolisme diminue progressivement dans la suite et se stabilise aux environs de 25 ans. Le sexe a également une influence et le taux métabolique est un peu plus élevé chez l’homme.

Le métabolisme basal présente d’autre part des variations pathologiques car la maladie peut modifier son rythme normal. L'étude systématique du métabolisme basal a été faite dans des affections très diverses. Le résultat de cette enquête est que la dépense de fond reste très voisine de la normale et est peu troublée dans la plupart des maladies et que le rythme du métabolisme n’est au contraire modifié que dans un nombre assez restreint d’états morbides au premier desquels il faut placer les affections de la glande thyroïde et cela en raison du rôle dévolu à cette glande dans la régulation de la nutrition, |

Valeur du métabolisme basal dans les états hyperthyroïdiens

Il est actuellement démontré que la glande thyroïde est la glande activatrice par excellence; toute augmentation de son activité entraîne l'accélération de la nutrition générale caractérisée par une valeur plus grande de la dépense de fond et la sécrétion thyroïdienne est l'exemple d’une hormone activatrice, C'est à l’augmentation de ce pouvoir excitant que sont dus les troubles de l'hyperthyroïdisme ceux du myxædème à leur dimi-

nution. La thyroïde agit de façon active par un produit de sécrétion propre qu’elle déverse dans le sang qui règle les combustions tissulaires et non comme on le croyait autrefois par une action antitoxique destinée à neutraliser les déchets de l'organisme.

Ces notions fondamentales relatives à l'influence de cette glande sur la nutrition et sa régulation datent de 1895, époque à laquelle Magnus Lévy pour la première fois mit en évidence son influence sur le métabolisme général; il nota que l'augmentation des échanges respiratoires suit toujours et invariablement l'’administration d'extrait thyroïdien; dans ces cas la consommation d'oxygène augmente de 50 à 90 % au-dessus du taux de la normale, D’innombrables {travaux ont confirmé dans la suite l'influence prépondérante de la glande sur les échanges organiques : toujours on a retrouvé leur augmentation après l’ingestion d’extrait thyroïdien, leur diminution dans le myxœdème et expérimentalement, on à abouti aux mêmes résultats, toute suppression du corps thyroïde chez l’animal abaissant l'intensité des échanges (travaux de Gley, Biedl, Kocher). Pendant longtemps, on a recherché s’il n'existait pas une substance spécifique qui expliquerait cette action, une série de corps ont été successivement isolés, mais le véritable produit actif semble être la thyroxine découverte par Kendall en 1914, qui, expérimentalement, à doses infinitésimales, produit une exagération considérable des échanges respiratoires el du métabolisme basal. Ces acquisitions sur la physiologie pathologique de la thyroïde ont jeté un grand éclat sur nos connaissances des maladies de cette glande en montrant que grâce à sa sé-

crétion active elle domine le mécanisme des combustions tissulaires et imprime au mélabolisme son rythme normal.

Partant de ces notions jusqu'ici purement expérimentales et qui n’avaient pas dépassé la valeur de constatations de laboratoire, les auteurs américains en ont tiré des déductions cliniques capables de fournir des renseignements précieux au chirurgien, c'est surtout l’œuvre de Boothhy et Sandiford qui, dès 1915, installent un laboratoire du métabolisme à la Clinique Mayo. En 1921, grâce à l'étude comparative de chiffres obtenus sur environ 18.000 sujets, tant sujets normaux que malades atteints de troubles thyroïdiens divers, ils peuvent standariser les effets de la sécrétion thyroïdienne sur le métabolisme et en tirer des conclusions capitales sur l'appréciation des divers éléments du syndrome hyperthyroïdien. En comparant la valeur des chiffres obtenus avec l'intensité des troubles cliniques, leur amélioration après le traitement iodé ou les divers types d’'intervention, les Américains montrent tout le parti que ‘an peut tirer de cette méthode dans le diagnostic de lhvperthyroïdisme, dans son pronostic, dans l’appréciation des résultats de ses divers modes de traitement.

Valeur du métabolisme basal au point de vue du diagnostic de l’hyperthyroïdisme

Dans tout état hyperthyroïdien, il y a accélération de la nutrition générale et le métabolisme basal est

augmenté. Etant donné la fonction véritablement spécifique de la glande, le corollaire est vrai aussi et élévation du métabolisme signifie toujours qu’il existe un ! élément thyroïdien, une excitation anormale de la g &lande. Ces relations entre thyroïde et métabolisme ont un tel caractère de nécessité que Rowe a pu dire que « l’étude du métabolisme basal a une valeur diagnostique comparable à celle du Wasserman dans la SYphilis ».

1° Le métabolisme basal permet de distinguer un goitre toxique d'un ÿoître simple à sa période de début.

Il est fréquent de rencontrer des malades présentant un corps thyroïde un peu volumineux ou porteur d'un noyau chez qui quelques symptômes éveillent l’idée d'une transformation toxique. La pratique du métabolisme basal est la méthode de différenciation la plus sûre et la plus fidèle pour déceler ce début d’hynerthyroïdisme. La constatation d’un accroissement régulièrement progressif de son taux indique la production de lésions glandulaires hyperplasiques en évolution et le début de la basedowification. Labbé cite plusieurs cas de ces goitres en apparence simples survenant chez des sujets jeunes et se développant progressivement depuis un ou deux ans et qui, malgré l'absence de | symptômes de basedowisme, doivent cependnat être | considérés hiologiquement comme des goitres toxiques relevant d’une excitation fonctionnelle de la glande.

Do Le métabolisme basal confirme le diagnostic cli-

nique dans les cas nets,

Ode

Dans tous les cas avérés de maladie de Basedow le taux du métabolisme est toujours élevé. C’est là un fait fondamental et dans la littérature actuelle on ne peut pas trouver une preuve convaincante que l'élévation du métabolisme puisse faire défaut dans une thyroioxicose véritable, Mais son degré d’exagération varie suivant l'intensité de l’intoxication. Dans le Basedow iel que nous l’envisageons ici, il oscille le plus souvent aux environs de 50 p. 100 au-dessus de sa valeur normale (Sandiford, sur 182 cas de goitres exophtalmiques iypiques, trouve une moyenne de 51 p. 100). Mais ül n'est pas rare de le trouver à des taux beaucoup plus élevés, 100 et 125 p. 100. Ces chiffres n'ont d’ailleurs de valeur qu’au moment donné de l’examen car ils varient dans le temps : témoins de l’activité sécrétice de la glande, ils suivent les mêmes modifications périodiques que celle-ci, s’élevant lors des poussées d’'hy- . perthyroïdisme, diminuant pendant les périodes d’accalmie.

Sur les malades de notre statistique nous avons irouvé le métabolisme :

4 fois au-dessous de 20 p. 100 2 fois entre + 20 et 40 p. 100 5 fois entre + 40 et 60 p. 100 5 fois entre + 60 et 80 p. 100

ce qui fait pour ces cas une moyenne du métabolisme de + 51 p. 100 au-dessus de sa valeur normale. 3° Le métabolisme basal à permis de rattacher au

syndrome hyperthyroïidien des formes que l'on en séparait jusqu'alors,

Le métabolisme aurait relativement peu d'intérêt s'il ne faisait que confirmer un diagnostic déjà fait cliniquement. Là où sa pratique prend toute sa valeur, c'est dans les cas limites, cliniquement mal caractérisés, où ces méthodes de laboratoire ont permis des constata- . tions très intéressantes. On à vu ainsi qu'il existe des rapports étroits entre l'hyperthyroïdisme et ce que l’on avait appelé jusqu'ici lachycardie essentielle, cœur irrilable. L'augmentation fréquente du taux du métabolisme a permis de les rattacher à un trouble de la sécrétion de la thyroïde. Ces formes frustes, dont la reconnaissance précoce n’es{ possible que par le métabolisme, sont restées peu connues tant qu'on s’est basé pour établir un diagnostic sur l’ancienne description de la maladie de Basedow. Leur valeur exacte n’a été reconnue que lorsque à une entité clinique on à substitué une base physiologique capable d'orienter le diagnostic en l'absence d'un tableau sympiomatique complet. Et cela montre une fois de plus que le terme de maladie de Basedow est trop étroit et correspond à un syndrome clinique trop rigide et qu’il y aurait avantage à le remplacer par l'appellation plus générale d'hyperthyroïdisme ou thyrotoxicose. Nombre d'auteurs ont insisté sur l’importance du métabolisme dans le diagnostie précoce de ces formes de début. Sistrunk montre avec observations à l'appui que souvent il est le seul moyen qui puisse le faire. Holst cite des cas extraordinei :s de « thyrotoxicose latente » et il a vu des malades sans signes basedowiens manifestes qui avaient un métabolisme à 126 p. 100 au-dessus de la normale.

En 1922, Labbé et Stevenin, à la Société Médicale des

Page 1