‹ Du Traitement Chirurgical de la Maladie de BasedowChapitre 63 sur 110 · ACCIDENTS DE LA MÉDICATION IODÉE · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DE LA MÉDICATION IODÉE

C'est un fait remarquable que, malgré l'usage général que l’on fait actuellement de l’iode dans le Basedow, on n'ait enregistré que fort peu d'accidents provoqués par cette indication. Tous les travaux et statistiques proclament son heureuse influence, mais restent ie plus souvent muets sur les complications possibles : les Américains ne semblent que très exceptionnellement avoir noté des suites fâcheuses ; Labbé n'a jamais vu d’augmentalion de lhyperthyroïdisme; depuis qu'il est employé ici, l'iode ne nous a jamais donné de surprises désagréables. Kôcher, Zondeck, Redlich, Kolman ont cependant signalé des cas où l'iode semble avoir aggravé le Basedow, mais, à vrai dire, celte influence n’a jamais été très néfaste el ces cas rebelles ne doivent pas forcément êlre interprélés comme aggravés par l’iode, mais peuvent être considérés souvent comme une preuve de son insuffisance à juguler une poussée de thyroïdisme aigu (Labbé). Cette innocuité relative coniraste singulièrement avec la réputation de danger dont a joui pendant longtemps celte méthode et qui en avait

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fail proscrire l'emploi, sans que l’on trouvé de taisoii évidente pour expliquer cette contradiction.

Bien que ce soit une éventualité rare, l’ivde peut causer des accidents relevant non d'une cause (hyroïdienne, inais de son action propre. Labbé n'a jamais vu de signes d'iodisme et croit ce médicament bien toléré; mais Holsi rapporte des cas de basedowiens graves el ayant subi un traitement au lugol intensif qui présen- Lèrent au bout de quelque lemps des phénomènes d'iodisme avec coryza el conjonctivite; or, malgré cela, l'état hyperthyroïdien s'améliora considérablement, ce qui prouve que iodisme el thyrotoxicose sont deux états différents, l'un pouvant se développer landis que l’auire disparaît. Ce fait curieux tend à démontrer que l’iodbasedow n'est pas, contrairement à ce que l’on a écrit, une sorte de « iodisme des goilreux ».

INFLUENCE DU TRAITEMENT IODÉ SUR LA THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE DU GOITRE EXOPHTALMIQUE

De l’ensemble de ces faits ressort l'intérêt de Ja médication iodée dans le goitre exophtalmique; sa réintroduction à marqué un très réel progrès et si son efficacile en tant que traitement de base est discutable, elle n’en constitue pas moins un adjuvant précieux du traitement sanglant. Nous reviendrons dans la suite sur la part respective qu’il convient -de faire au traitement iodique et x la chirurgie. Aussi nous contenterons-nous ici de

à marquer l'influence qu'a eue cette indication sur le trai-

tement opératoire.

l° La médication iodée à élurgi les indications opéraloires.

La cause qui limtiait l'action chirurgicale et faisail différer l'intervention était l'élat d'intoxication avancé des malades. Or, un traitement préopératoire rigoureusement conduit recule les limites de l'opérabilité. Des cas désespérés en apparence peuvent êlre ramenés dans de bonnes conditions, être opérés sans trop de risques et il est possible d'intervenir chez des sujets, el peut être de les sauver, qui étaient auparavant considérés. comme au-dessus des ressources de l’art chirurgical.

ec La médication iodée a modifié les directives du traitement chirurgical et l'a orienté vers des opérations plus radicales.

Depuis les éloquents plaidoyers de Kocher, le principe des opérations sériées élait admis sans conteste el semblait le seul moyen capable de réduire les risques de la chirurgie et d’abaisser la mortalité dans le Basedow. Or, l'iode accomplit ce que l’on cherchait autrefois par l'emploi des rayons X ou des ligatures atrophiantes et réduit l’intoxicalion. Il peut dispenser ainsi des ligatures préliminaires et permettre d'emblée une résection thyroïdienne qui est la seule opération logique. Gette simplification dans la conduite du traitement et cette réduction du nombre des opérations est-un fait admis par la majorité des chirurgiens étrangers. Lahey estime que le lugol à pratiquement éliminé les ligatures préventives, et alors qu'en 1923, il ne faisait que 37 p. 100 d'opérations en un temps, en 1927 il fait dans 90 p. 100 des cas une’thyroïdectomie subtotale d'emblée. Pemberton, en 1926, déclare faire onze fois moins de

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ligatures qu'en 1921. Frazier est d'avis que l'iode dispense des ligaltures qui ne restent indiquées que dans les cas lrès toxiques avec lésions viscérales. Cette réduction des opérations est évidemment un grand avantage pour le malade. Cependant il semble sage de faire des réserves et il serait imprudent de se baser sur l’effcacité de la médication iodée pour rejeter de façon aussi absolue le principe des opérations fractionnées. Cette méthode à fait ses preuves et a donné d'excellents résultats; vouloir l’abandonner pour opérer en une seule séance sous prétexte que l’on a fait un traitement iodé préopéraloire sévère serait peut-être courir à un échec, el 1l est à craindre que ce serait augmenter la mortalité que de vouloir à tout prix remplacer les opérations fractionnelles par l'opération en un temps. C’est là une question sur laquelle nous reviendrons à propos des indications opératoires.

Le traitement au lugol a, d'autre part, contribué à rendre la chirurgie plus radicale, Alors que pendant longtemps on se borna à faire des hémithyroïdectomies afin de ne pas aggraver le choc opératoire, actuellement où les malades peuvent être rendus plus aptes à supporier l'intervention, on pratique des résections thyroïdiennes beaucoup plus étendues, thyroïdectomies subto- tales, bilatérales. Or, cette substitution d’une exérèse Jarge aux lobectomies unilatérales a été une des rai-

sons majeures de l'amélioration des résultats éloignés.

30 La médication iodée est une des causes principales de l'amélioration des résultats immédiats et de l'abais-

sement de la mortalité opératoire.

il est certain que dépuis son emploi, les suites immédiates des interventions dans le Basedow se déroulent beaucoup plus simplement. L'iode assure une grande sécurité el les crises aiguës d’hyperthyroïdisme, si redoutées autrefois, sont de plus en plus rares et peuvent être efficacement traitées. Ces accidents mortels sont l'exception et la réaction toxique reste le, plus souvent limitée à une ascension thermique et à une lachycardie

modérée. Cette réduction des risques chez les malades

préparés au lugol est un fait frappant qui rend la chirurgie du Basedow de pronostic rassurant et lui donne une sécurité certaine. La lecture des statistiques accuse celte action efficace.

.Le traitement iodé marque donc une étape nouvelle dans la chirurgie du Basedow: Thérapeutique spécifi-

que de l’hyperthyroïdisme « comme l’est l'insuline dans

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le coma diabétique », suivant l'expression de Boothby, :

il permet d'amener les malades à l'intervention dans d'excellentes conditions, de supprimer les crises toxiques posl-opératoires, d'opérer le plus souvent en une seule séance, de pratiquer de larges interventions adéquaies aux lésions. Il élimine ainsi les principaux

arguments contre le traitement sanglant et doit con-

tribuer à lui assurer la suprématie dans la cure du goi-

ire exophtalmique.

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