CHAPITRE PREMIER
Les interventions sur le sympathique cervical
Historique et évolution des techniques
Charcot, en 1856, faisait de la maladie de Basedow une névrose. Trousseau, en 1862, se basant sur les découvertes récentes de Claude Bernard sur les fonctions du sympathique cervical, soutint pour la première fois devant l’Académie de Médecine, l’origine sympathique du goitre exophtalmique. Et lorsqu'en 1881, Dastre et Morat, complétant les données de Claude Bernard, eurent montré que le sympathique contient des éléments vaso-dilatateurs au même titre que les vaso-constricteurs, il devint évident que bon nombre de symptômes de la maladie de Basedow (exophtalmie, tachycardie, vaso-dilatation) peuvent être expliqués par une excitation du sympathique. De là naquit l’idée déjà émise
paï certains que la section de ce nerf pourrait améliorer les troubles”.
Mais c’est à Jaboulay que revient l'honneur d'avoir pratiqué le 8 février 1896 la première opération sur le sympathique cervical pour maladie de Basedow et il y arriva non pas tant en se basant sur les données physiologiques théoriques concernant les effets de la section et de l'excitation du sympathique qu'en s'appuyant sur une remarque clinique, à savoir l'insuffisance des résultats donnés par les opérations thyroïdiennes qui étaient alors trop incomplètes : «Chez une jeune fille de 20 ans, atteinte de maladie de Basedow, j'avais en 1894 pour remédier à la perversion de la sécrétion thyroïdienne, pratiqué plusieurs interventions sur le corps thyroïde. Je l'avais d’abord luxé au dehors, puis mis à l'air à deux reprises consécutives, après la disparition de l'amélioration temporaire qui suivait chacune de ces interventions. En 1895, je m'étais décidé à une thyroïdectomie du lobe gauche qui grossissait. Depuis, ce qui restait du corps thyroïde, c’est-à-dire le lobe médian est devenu le siège d’une hyperplasie qui a reconstitué un vrai goitre de la grosseur d’une petite orange. La circonférence du cou qui était de 27 em. après la dernière thyroïdectomie élait devenue de 35cm. A la suite de chacune de ces interventions thyroïdiennes, l'amendement des symptômes était réel ; le tremblement surtout était prompt à disparaitre. Mais la récidive arrivait avec les palpitations, le {remblement et, fait à retenir, avec le goitre. Devant ces insuccès, j’ai voulu agir sur le cordon intermédiaire entre les centres nerveux et la
glande thyroïde, sur le sympathique cervical dont la
ni dati
maladie. de Basedow offre, au moins pour deux de ses symptômes cardinaux, l'exophtalmie et les palpitations, le tableau d'une excitation. intense, Comme pour les opérations précédentes, le résullat immédiat fut excellent : diminution des palpilations, du tremblement et de l'exophtalmie. Mais tandis que celle-ci était définiitvement supprimée, les deux autres sy mplômes réapparaissaient au bout de trois semaines à un mois et le goitre augmentait de volume ». Cette observation nous semble actuellement typique, en ce qu’elle montre ce que donnent les résections (hyroïdiennes lorsqu'elles sont trop parcimonieuses, c’est-à-dire une phase d’amélioration immédiate suivie d’un retour des troubles cliniques et d’une réapparition de l'hypertrophie thyroïdienne. Et il est curieux de noter que c’est devant ces récidives successives que Jaboulay ait abandonné les résections glandulaires qui lui paraissaient inefficaces pour s'orienter dans la voie des opérations nerveuses. Partant de cette idée de la prétendue insuffisance des thyroïdectomies, il érigea dans la suite Ia sympathectomie en véritable méthode thérapeutique, Successivement, il en fixa la technique et en montra les résultats dans les travaux de ses élèves Ahmed Hussein (Thèse Lyon 1896), Bernoud (Bulletin médical 1897), Vignard (Bulletin Médical 1897) et dans son traité de la chirurgie du grand sympathique et du corps thyroïde (1900). Bien qu'ayant eu l’idée de sectionner les branches du ganglion cervical inférieur pour supprimer les fibres accélératrices du cœur qui lui arrivent par le nerf vertébral, Jaboulay se conlenta d'opérations plus minimes. soit la simple section du cordon sympathique entre les
ose
ganglions supérieur el moyen, soit la résection du ganglion cervical supérieur avec ses rameaux afférents et efférents. Selon lui, ces opéralions simples étaient plus bénignes, agissaient aussi bien que les larges résections et étaient aussi capables qu'elles de donner de bons résultats. ,
Les travaux de Jaboulay eurent à l'époque un énorme retentissement. Abadie au Congrès de chirurgie de 1896, soutint vigoureusement la théorie sympathique du Basedow et conclut à sa thérapeutique par la section de ce nerf dans sa portion cervicale. Jonnesco surtout au même Congrès se fit un ardent défenseur de la méthode ; la poussant à l'extrême, il critique les opérations de Jaboulay qu'il trouve trop étroites et pour supprimer plus sûrement tous les filets cardiaques el glandulaires, pour détruire toute relation entre le cœur et les centres nerveux, il conseille la résection totale et bilatérale des deux chaînes, enlevant de chaque côté tout le sympathique cervico-thoracique pour supprimer le ganglion étoilé et agir sur le tonus du myocarde et effectuée en deux séances à huit jours d'intervalle, En 1902 dans la thèse de Balacescu, au Congrès de Lisbonne en 1906 et au Congrès français de chirurgie de 1910, Jonnesco apporte les résultats de sa méthode. En France, de nombreux auteurs expérimentèrent ces opérations nerveuses et successivement Quénu, Gérard- Marchant, Faure, Peuguiez, Témoin, Schwartz, Juvara en rapportent des observations. La sympathectomie fait l’objet des thèses de Lorenz à Lyon (1899), de Boisson et Herbet à Paris (1899 et 1900) qui toutes représentent un ardent plaidoyer en sa faveur et donnent la préfé-