OBSERVATION XII
Mlle G... A.…., 27 ans, vient à la clinique des Quinze- Vingts le 10 décembre 1881.
D'une mauvaise santé ‘habituelle, se plaint d’uriner abondamment et d’être très altérée ; on fait l’analyse de ses urines, et on y trouve une quantité considérable de sucre. Depuis environ cinq ans, elle s’est aperçue que sa vue baissait, mais sans éprouver de douleur; l'examen de ses yeux permet de constater, de chaque côté, une cataracte molle, à peu près complète.
O. D. compte les doigts à 50 centimètres; S. À. donne perception lumineuse.
O. G. compte les doigts à 25 centimètres; S. A. bonne perception lumineuse.
On lui ordonne un traitement alcalin et on la met au pain de gluten.
Le 24. Elle est admise à la clinique, et il est décidé qu’on l’opérera par la méthode de l'aspiration; collyre d’atropine.
Le 25. Collyre d’atropine.
Le 26. O. D. L'iris est parfaitement dilaté; discision avec le couteau de Cusco; une petite quantité de masses corticales passent dans la chambre antérieure ; pas de complications ni pendant ni après l'opération; collyre d’atropine.
Le 27. Les masses corticales remplissent à peu près entièrement la chambre antérieure.
Le 28. On pratique l'aspiration avec l'instrument de Bowman ; kératotomie supérieure avec l'aiguille de Weiss. La curette est introduite à deux reprises différentes dans la chambre antérieure ; la masse cristallinienne est aspirée en totalité: la pupille est d’une limpidité irréprochable. Immédiatement après l’opération, la malade compte parfaitement les doigts.
Le 29. La malade a passé une excellente nuit; la plaie est complètement cicatrisée; la chambre antérieure est reformée ; la pupille est toujours très limpide.
Le 30. Excellent état de l’œil.
8 janvier. La malade étant à l’abri de toute complication pour l'œil droit, on pratique une discision sur l’œil gauche; pas de complications, ni pendant ni après l’opération ; collyre d’atropine.
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Le 10. La chambre antérieure est remplie de masses corticales ; collyre d’atropine.
Le 11. Kératotomie supérieure avec l'aiguille de Weiss: introduction de la curette à trois ou quatre reprises différentes; mais c'est en vain qu’or soulève le piston, les masses corticales ne sont aspirées qu'en très faible quantité. On en extrait encore quelques-unes en exerçant de petites pressions sur le globe oculaire; mais il en reste encore a--
sez pour obstruer presque complètement le champ pupi laire ; coliyre d’atropine. Après l'opération, nous noï:: rendons compte de la raison pour laquelle les masses cri. talliniennes n’avaient pas pu être aspirées : cela proven:t uniquement de la faute de l’instrument. Pour le nettoye. on l'avait plongé dans de l’eau chaude qui avait dissout :. substance unissant le tube en verre à la curette. De sor.: que lorsqu'on soulevait le piston, l’air pénétrait dans .: tube en passant entre lui et la virole qui porte la curetti:. et par suite l’aspiration des masses cristalliniennes devenait impossible.
Cette observation nous montre, une fois de plus, qu’avant de se servir d’un instrument, on ne saurait trop s’assurer comment il fonctionne.
Le 12. Violentes douleurs pendant la nuit ; chémosis conjonctival ; humeur aqueuse trouble; iris décoloré.
Traitement. — Ventouses; collyre d’atropine.
Le 13. Les douleurs sont toujours vives; pupille terne ; sécrétion catarrhale abondante; injection périkératique; œdème des paupières.
Traitement. — Pansements phéniqués; collyre d’atropine ; frictions d'onguent mercuriel belladoné.
Le 144. Apparition, dès le matin, d’une petite quantité de
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pus dans la chambre antérieure ; le soir, choroïdite suppurative; panophthalmie avec toutes ses conséquen es,
Depuis son opération, nous avons revu assez souvent cette malude. Enbn, la dernière fois qu'elle est venue à la clinique, c'est-à-dire le 14j4in, nous avons constaté l’excel- Jent étit de l'œil droit ; la pupille est très nette, centrale; l'iris réagit bien ; l’acuité visuelle est bonne ; quant à l'œil gauch?, il est atteint de phthisie. |
Nous ne voulons pas lais-er passer cette observation sans faire remarquer que nous croyons qu’il ne serait pas juste de mettre cet insuccès sur le compte de la méthode par aspiration, mais bien plutôt sur le mauvais état de l'instrument ; car il a fallu introduire plusieurs fois la curette dans le globe oculaire. Ces introductions répétées ont été, malgre toutes les préccautions prises, accompagnées de coutusion de l'iris, à la suite de laquelle une violente irido-cheruïdite s est developpée, entraïnant la perte de 1 œil.