OBSERVATION XIV
Me P.., 29 ans, d’une bonne santé habituelle, tempérament lymphatique, a eu deux grossesses arrivées à terme.
Depis d'x-huit TOIS, sans cause connue, elle s’est aperçue que la vue baissait du côté droit, mais elle n'éprouvait aucune douleur.
Lo:squ’elle est venue nous consulter, il y a six mois, l'examen à l'eclairage obl que permettait de constater . l'exist nce d’une cataracte corticale dejà suffisamment avancee pour que l’examen du fond de l’œil ne pût être
(1) Je dois cette rbservation à la bienveillance de M. le Dr Fieuzal,
La
pratiqué. La perception lumineuse étant bonne dans tous les sens, l'operation fut proposée et acceptée par la malade qui tenait surtout « à être débarrassée de la tache blanchätre qui remplissait la pupille. »
L'analyse des urines ne révéla la présence ni de sucre, ni de phosphates en excès, ni de rien en un mot qui permit d'expliquer la formation si prematuré: de la cataracte. Un traitement tonique fut institué et, six mois après, c’est-àdire le 15 avril 1882, elle entruit à la maison de santé de la rue Saint-Antoine pour y subir l'opération.
L'âge de la malade et la nature molle de la cataracte nous faisaient un devoir de pratiquer soit l’extraction linéaire simple, soit l'aspiration après discision. C'est à ce dernier procéde que nous décidâmes d’avoir recours, car après quelques mécompies que nous avons éprouvé avec la discision simple, nous avons renoncé d'une manière générale à employer cette methode, que nous n’hésitons pas à déclarer mauvaise.
45 avril. Une discision est pratiquée avec le couteau de Cusco et uneseconde aizuille, aprèsquoi une instllation de collyre d'atropine est faite et renouvelée plusieurs fois dans la jouriée. Un bandeau légèrement compressif est appliqué sur l'œil.
Le 16. Pendant la nuit, douleurs sus-orbitaires assez vives: nous constatons l'existence d’une iritis occasionnée par une veritable contusion exercée par les masses corticales passées daas la chambre antérieure. La dilatation pupillaire est à peine marquée malgréles instillations de six goutte: de collyre d’atropine. Nous procédons alors, c'est-à-dire vingt-quatre heures après la discision, à l'aspiration des masses corticales a" moyen de l'instrument
2/60 à succion que Weiss de Londres a construit sur les indications de Bowman.
Après avoir écarté les paupières avec le blépharostat et fixé le globe de l'œil, nous pratiquons une incision dans la partie supérieure de la cornée à l’aide du couteau lancéolaire à arrêt. Par cette ouverture nous introduisons l'instrument dans la chambre antérieure, et l’extrémité de la curette ayant été amenée dans l’espace pupillaire, nous soulevons très lentement le piston. La substance cristallinienne ramollie et très gonflée est aisément aspirée. Mais le piston ayant terminé sa course avant que la pupille soit devenue nette, il est nécessaire deretirer l’instrument et de l’introduire de nouveau dans la chambre antérieure pour évacuer entièrement les masses :cristalliniennes, de façon que l’on peut après cette deuxième opération apercevoir un champ pupillaire tout à fait noir. La malade, l'opération terminée, compte très bien les doigts.
En raison du peu de dilatation obtenue depuis la veille, nous faisons instiller six gouttes de collyre de sulfate de duboisine.
Le 17. Malgré la duboisine, pas de dilatation appréciable; les douleurs sus-orbitaires persistent de même qu'un peu de rougeur périkératique. Photophobie et épiphora.
Traitement — Compresses de pavot, purgatif salin, onguent napolitain en frictions sur la région sus-orbitaire, injection de morphine, sulfate de quinine et collyre de duboisine, six gouttes par jour.
Le 18. — Dilatation moyenne de la pupille : celle-ci renferme quelques petites masses corticales. La rougeur est la même, la photophobie encore intense; cependant les
phénomènes inflammatoires s’amendent et une défervescence notable s’accuse.
Le 22, — La malade étant pressée de retourner chez elle, nous procédons, plutôt que nous ne l’aurions désiré, à une discision simple de la capsule et des quelques masses cristalliniennes qu’elle renferme dans ses plis. On continue les instillations de duboisine, les compresses d’eau de pavot et le sulfate de quinine.
Après cette nouvelle intervention, les douleurs sus-orbitaires ne tardent pas à s’atténuer et même à disparaître entièrement après quelques injections de morphine à la tempe, si bien que la maladé peut quitter la maison de santé le 26 avril, c’est-à-dire onze jours après l'opération.
Nous avons vu M°e P... chez elle une fois pour une poussée nouvelle de douleurs sus-orbitaires avec épiphora et rougeur périkératique qui ont cédé à une injection de morphine. Elle est revenue à la maison de santé nous montrer son œil deux fois avant son départ pour les eaux, qui a eu lieu le 15 juin.
A cette date elle lit avec + 16 dioptries le n° 4 172 de Snellen et avec + 12 dioptries, elle a une acuité 2/3. Son œil a un aspect entièrement normal et en tout semblable à celui du côté opposé; la pupille est noire et parfaitement ronde.