OBSERVATION V
Congoncthivite purulente gonococcique double. Quatre injections de vaccin arrêtent la suppuration. Récidive. Quatre nouvelles iigections
amènent la quérison.
M..., trente ans, éthylique et minus habens, a depuis longtemps une urétrite gonococcique chronique. Lorsqu'il vient consulter, le 6 avril, il présente en outre une conjonctivite purulente double dont il est impossible de lui faire préciser le début.
Le pus coule abondamment sur ses joues, l’œdème considérable des paupières l'empêche d'ouvrir les yeux, le chémosis n’est pas énorme mais les deux cornées présentent des ulcérations superficielles. Les frottis montrent de très nombreux gonocoques.
L'urétrite est traitée par la méthode de Janet à laquelle on associe des injections d’airol.
Les culs-de-sac conjonctivaux sont nettoyés à la poire de caoutchouc
avec de l’eau bouillie légèrement teintée de permanganate, toutes les trois heures. Le lavage est suivi d’une instillation d’argyrol.
Quatre injections intra-musculaires de vaccin sont pratiquées en quatre jours. Dès la troisième la suppuration cesse, l’œdème palpébral disparaît et l’état des cornées s'améliore.
On continue les lavages trois fois par jour et les instillations d’argyrol. Au bout de trois jôurs la suppuration réapparaît ; elle persiste malgré les lavages très fréquents et redevient menaçante. La guérison n’était-elle pas complète après les quatre premières injections ou le malade, très indocile, a-t-il reporté dans sa conjonctive un peu du pus urétral ?
Quoi qu’il en soit, de nouvelles injections de vaccin sont faites aussitôt. Dès la deuxième la suppuration est nulle. Deux autres doses sont injectées par mesure de prudence. Les kératites évoluent ensuite normalement ; les lames cornéennes ont peu souffert ; la réparation de l’épithélium est très lente, la photophobie persiste longtemps ; pourtant M... part guéri le 40 mai.
OBSERvATION VI
Conjonctivite purulente gonococcique de l'œil droit. Cing injections
de vaccin. Guérison.
M°° P..., quarante-six ans, vient consulter le 40 juillet 1945. Elle est depuis quelque temps déjà atteinte de blennorrhée et le début de la conjonctivite remonte au 7 juillet. La suppuration est très abondante, l’æœdème de la paupière supérieure et le chémosis sont considérables. La cornée est déjà dépolie en bas ; elle présente tout près du limbe une petite ulcération qui se colore par la fluorescéine.
L'étude des frottis montre une grande quantité de gonocoques intra et extra-cellulaires, de nombreuses cellules épithéliales desquamées.
Lavages à l’eau bouillie légèrement teintée de permanganate avec la poire en caoutchouc, quatre fois par jour et par nuit, et traitement de Nicolle.
Première injection de vaccin le 10 juillet, à quatre heures du soir. Le lendemain matin la suppuration est presque arrêtée. Il n'y a plus qu’un peu de pus dans le cul-de-sac conjonctival.
EN at Deuxième injection le 11. Le 12, après la troisième injection, la suppuration n'existe plus. Deux autres injections sont faites par précaution.
.. L’ulcération n'a pas progressé, les lames de la cornée restent intactes "et bientôt l'épithélium lui-même se régénère. La malade sort complètement guérie le 29 juillet.
Ogservarion VII |
Conjonctivite purulente gonococcique de l'œil gauche. Cing injections
de vaccin. Guérison.
Yvonne J..…., vingt-deux ans, est atteinte de vaginite gonococcique depuis les premiers jours d’août. Les premiers symptômes de conjonc- tivite remontent au dimanche 8 août et la malade vient consulter le 41, . à cinq heures du soir.
L’'œdème de la paupière et le chémosis sont très considérables, la suppuration est très abondante et la cornée, entièrement dépolie, . présente en bas une ulcération épithéliale très nette.
L'examen des frottis du pus conjonctival met en évidence de nombreux gonocoques. :
Première injection de vaccin le 11, à six heures du soir. On fait toutes les trois heures un lavage à la poire avec du permanganate très faible. Le lendemain, l’œdème des paupières est beaucoup moins considérable, l'œil peut s'ouvrir avec un léger effort. Le pus est beaucoup moins abondant.
Deuxième injection le 12. Le 13, dès le matin il n’y a presque pas de pus dans le cul-de-sac conjonctival. L'œil s'ouvre maintenant assez facilement. L’ulcération épithéliale reste stationnaire, les lames cornéennes sont intactes.
Après la troisième injection la suppuration est complètement tarie. Les paupières ne sont plus œdématiées ; la paupière supérieure ne présente plus qu’un peu de ptosis. |
Deux injections sont faites par mesure de précaution les jours suivants.
L’ulcération est traitée ensuite par l’atropine et le bleu de méthylène.
Les lames cornéennes n’ont pas été atteintes et l’épithélium se répare rapidement.
Signalons en passant que l'écoulement vaginal très abondant a complètement disparu, sans aucun traitement local, après la troisième injection de vaccin.
Yvonne J... part complètement guérie le 20 août.
OBsERvATION VIII
Conjonctivite purulente gonococcique double chez une femme de soivante-Gualorse ans. Amélioration passagère suivie d'une rechute
grave.
Marie D..., soixante-quatorze ans, vient consulter le 4°" août. Elle est atteinte de vaginite, accompagnée de conjonctivite purulente double. Le gonflement palpébral et le chémosis ne sont pas énormes, mais empêchent l'ouverture de la fente palpébrale. L'examen microscopique décèle de nombreux gonocoques. L'épithélium de la cornée droite commence à s’exfolier en bas, l’ulcère est déjà profond sur la partie inférieure de la cornée gauche. La malade ne s’alimente pas et déraisonne par moment tout à fait.
Malgré le grand âge et l’état général très mauvais, nous essayons, sans conviction, la vaccinothérapie, en y associant les lavages au permanganate très faible et les instillations fréquentes d’argyrol fort.
Injections de vaccin les 2, 3, 4, 5 août. Dès la première injection, disparition du chémosis et de l’œdème palpébral. Le pus conjonctival devient fluide, puis disparaît presque totalement. Nous croyons la malade guérie et supprimons les injections. L'état des ulcères de la cornée ne s’est pas aggravé et on peut encore.espérer un bon résultat. L'écoulement vaginal persiste très abondant et la malade, inconsciente, ne cesse, malgré les recommandations, de se frotter les yeux avec des mains d'une propreté plus que douteuse.
Le 8, les paupières sont de nouveau œdématiées et la suppuration reparaît crémeuse et abondante. Le pus renferme des gonocoques et de nombreuses formes microbiennes. La culture sur gélose au sang met l'association en évidence.
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Les injections quotidiennes de vaccin sont reprises le 9 et continuées pendant sept jours. Les premières amènent la disparition des phénomènes inflammatoires et modifient la qualité de la sécrétion; elle devient fluide mais reste abondante, malgré les lavages fréquents au permanganate, suivis d’instillation d’argyrol à 40 p. 100.
À partir du 15, nous supprimons les injections de vaccin et continuons le traitement habituel (permanganate et argyrol). L'état local est de plus en plus mauvais; les ulcérations cornéennes s'étendent. La malade, y voyant très mal, devient intraitable et son état mental nécessite son transfert avec les aliénées, dans le service de M. le Professeur Régis, le 24 août. |
En résumé, après une amélioration rapide, Marie D... a été atteinte par une rechute très grave, sur laquelle la vaccinothérapie n’a pas eu. beaucoup d'action. Le manque de vaccin antigonococcique nous a empêché de continuer au delà de la septième injection, mais aurions-nous pu améliorer son état en continuant ? Nous ne le croyons pas. C’est un échec pour la vaccinothérapie ; c’en est un aussi pour la méthode classique (grands lavages et argyrol) qui n’a pas été négligée pendant toute la durée du traitement.
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