‹ Du traitement de la pneumonie aiguëChapitre 14 sur 37 · MA · texte numérisé non relu

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sont jamais plus marqués que lorsqu'il n'y a ni vomisseraeuts, ni évacuations quelconques. Il me semble, en conséquence, que la seule manière dont on puisse s'en rendre compte, dans l'état actuel de la science, est d'admettre que le tarte stibié augmente l'énergie de l'absorption interstitielle dans des cas donnés et particulièrement quand il existe dans l'économie un surcroît d'énergie, de ton et de pléthore. » {Loc. cit., p. 51-4) .

Grisolle était aussi partisan de la tolérance. Voici comme il administrait le tartre stibié.

Dans un premier groupe de faits, il a employé l'émétique seul à hautes doses chez 4-4 malades.

La quantité administrée dans 150 grammes d'une infusion de tilleul sucrée s'élevait à 0s%30, rarement Oe^^O, et ne dépassait jamais 0s'',60 dans les vingt-quatre heures. Le résultat ne fut pas absolument heureux : il eut 6 morts sur 44 sujets dont l'âge moyen était de trente-sept ans.

Grisolle note que les principaux symptômes se sont très rapidement amendés dès le 1" ou le 2^ jour de la médication. « Ce n'est que dans des cas exceptionnels, dit-il, que nous avons été obligés d'attendre trois ou quatre jours pour constater les premiers indices de l'amélioration de la marche de la maladie.

Il est même frappé de l'absence de convalescence qui est complète déjà au 6« jour du traitement, et de la rapidité avec laquelle les forces et l'appétit se rétablissent.

Dans un second groupe, l'émétique est donné d'après la méthode de Laeni.ec, après une saignée de Zi a 500 grammes; sur 80 malades, dont l'âge moyen atteint trente-six ans, il y eut 10 morts. La convalescence, plus tardive, survint au 14« jour; Grisolle rapporte ce retard à la saignée.

Enfin, dans la dernière catégorie, l'émétique est employé à hautes'doses, à une époque où il n'était plus possible de recourir aux émissions sanguines. Ici la mortalité très élevée monte a 19 morts sur un total de 30 malades dont l'âge moyen était de 84 ans.

Quoi qu'on doive penser de la tolérance, il ne faut jamais oublier que les individus soumis à de hautes doses de tai-tre stihié, peuvent être emportés par une intoxication stibiée aiguë.

Stambio raconte qu'à l'ouverture des cadavres de plusieurs pneumoniques morts dans le service de Rasori, après avoir pris des doses considérables d'émétique, on ne trouva, ni dans les poumons, ni dans le tube digestif, aucune lésion suffisante pour expliquer la terminaison fatale. Il supposa que la raort fut, dans ces cas, le résultat de l'épuisement des forces vitales produit par le tartre stibié administré. Giacomini a observé des effets toxiques

< de l'émétique sur trois malades qu'il a traités à sa clinique et qui prirent de fortes doses de tartre stibié. Chez ces individus il n'y eut ni vomissements, ni selles, mais un refroidissement général, delà pâleur, de l'immobilité, de l'engourdissement, de la petitesse et de la faiblesse du pouls, des défaillances. Ces complications

I d'intoxication et d'adynamie stibiées se sont trop souvent repro-

' duites.

On sait en quoi consiste l'intoxication stibiée aiguë. Elle s'accuse ipar des symptômes d'inflammation gastro-intestinale qui pré- : sentent une grande ressemblance avec ceux que détermine l'ingesition de l'acide arsénieux. C'est une douleur vive le long de ll'œsophage et dans l'abdomen, des vomissements violents, et un ipeu plus tard de la diarrhée. En môme temps la prostration est (extrême et peut même aller jusqu'à la syncope ; le pouls devient filiforme, fréquent, irrégulier ; la respiration est suiperficielle ; le malade ne peut se tenir debout, il a la peau couverte 'd'une sueur froide; il est cyanosé. C'est ainsi qu'il succombe.

Or les individus en état de tolérance peuvent arriver en moins (d'une heure à cette prostration qui aboutit à .a syncope et à la :mort.

Aujourd'hui il en est pour le tartre stibié comme pour la saiîgnée; ceux qui s'en servent ne l'acceptent qu'avec modération, fprcoccupés surtout des dangers possibles de la médication.

<( Si la température se maintient à un degré médiocre, dit le professeur Jaccoud, de 38%5 à 39 degrés par exemple, si le pouls est fort sans être dur, plein sans être résistant ; si le malade ne se plaint pas d'un sentiment d'oppression qui existe parfois très pénible, sans dyspnée, objectivement appréciable ; si, en un mot, l'orgasme pyrétique n'est pas d'une violence inquiétante, quelle que soit d'ailleurs la constitution de l'individu, vous ne donnerez pas le tartre stibié, car il n'existe aucune indication réelle de ce médicament ; en l'administrant dans ces circonstances, vous ne feriez que suivre la routine du traitement quand même. Si, au contraire, les conditions sont inverses ; si, en raison de l'intensité du mouvement fébrile, la respiration du patient est vraiment pénible et douloureuse, vous donnerez alors l'émétique et vous le donnerez avec grands avantages.

(( Au bout de dix-huit à vingt-quatre heures, la détente sera effectuée et votre malade sera dans une situation beaucoup plus satisfaisante pour attendre la défervescence. Mais en présence de ce résultat heureux, n'oubliez pas le mécanisme spécial par lequel cette amélioration est produite. Surveillez attentivement l'état des forces, et au premier signe de faiblesse fourni par le pouls, le cœur et l'habitus l'extérieur, arrêtez la médication et substituez d'emblée àl'agenthyposthénisant seul qui va dépasser l'effet utile, un médicament tonique, l'extrait de quinquina par exemple, arrosé, suivant le cas, d'une petite quantité de vin. »

« Je ne vous conseillerai pas, dit M. Bucquoy, la médication stibiée ainsi quel'entendaientLaennec et Grisolle; j'ai vu trop de pneumoniques traités par le tartre stibié, pour ne pas me méfier beaucoup des antimoniaux administrés à hautes doses ; b.^u loin de rechercher la tolérance, je redoute de la voir s établir chez mes malades, car c'est pour moi le prélude et le premier symptôme de cette adynamie si funeste dont je vous parlais tout a

^ Voici, du reste, quelle est ma manière de procéder Lorsque j'ai affaire à une pneumonie étendue, à l'action fébrile franche e„

douteuse, sans complication d'état catarrhal nu bilieux, chez un sujet non alcoolique, je prescris le tartre stibié à la dose de SO centigrammes dans un julep simple pour Être administré par cuillerées d'heure en heure; les premières cuillerées produisent des vomissements ou tout au moins un état nauséeux assez pénible; mais bientôt la respiration devient plus libre, le pouls se ralentit, la température s'abaisse et il se produit une augmentation de la sueuret des urines. Quand la tolérance tend à s'établir, je me hâte d'interrompre la potion émétisée. S'il y a la plus légère tendance à l'adynamie je donne aussitôt l'alcool à haute dose.

» Le tartre stibié dans ce cas agit comme vomitif ou plutôt comme nauséeux, mais d'une façon assez prolongée pour atteindre l'élément fébrile, pour diminuer la congestion pulmonaire, peut-être pour rendre plus facile la résorption des exsudais. Il m'a semblé que l'effet de cette médication était de ramener la pneumonie à des proportions modérées, aux proportions de celles qui guérissent d'elles-mêmes ; en tout cas elle n'expose pas les malades à l'intoxication stibiée et à l'adynamie qui en est la conséquence inévitable. »

Surun assez grand nombre de tracés de pneumonies traitée dans le service de M. Bucquoy par le tartre stibié à la dose deOg',30, en voici deux des plus favorables où la défervescence n'a eu lieu qu'en général au dixièmejour de la maladie (voy. les tracés8 et 9 pages 178 et 179).

Il est donc certain que la médication stibiée n'abrège pas la durée de lamaladie, qu'elle ne favorise pasla résorption de l'exsudat pulmonaire, qu'elle ne fait que placer le malade dans une situation plus supportable pour atteindre la défervescence.

Et encore une fois beaucoup de médecins pensent aujourd'hui que ce résultat, relativement médiocre, ne mérite pas d'être acheté au prix des graves accidents rpae produit quelquefois l'emploi du tartre stibié àhaute dose. « Il faut reconnaître, dit Northnagel, que l'usage du tartre stibié dans la pneumonie se restreint de plus en plus. » {lYouveaux élém. de mat. méd. et de thérap.)

Ha.vot. — Pneumonie.

C'est sous l'influence de ces idées de réaction que les cliniciens

se sont appliqués à établir le bilan des contre-indications de la médication stihiée. En voici l'exposé.

11 y a des contre-indications tirées du milieu.

On n'a pas oublié cette opinion de Giacomiiii, citée plus haut,

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que la chaleur du climat semblait rendre les doses moins redou-

tables. Ce u est pas une simple vue de l'esprit, et il est certain, sans entrer dans de plus longs détails, que l'élimination est plus facile dans les conditions d'une température élevée. Par contre, n'est-il pas vraisemblable d'admettre que les grands froids, capables de contrarier dans une certaine mesure les fonctions éliminatrices, peuvent être rangés parmi les contre-indications. Peutêtre faut-il s'expliquer ainsi le discrédit signalé par Norlhuagel du tartre stibié dans le nord de l'Europe.

La considération de la constitution médicale régnante est de la plus haute importance. Trousseau surtout en a bien montre la valeur et c'est pour lui une loi de thérapeutique générale « que les constitutions médicales ont une influence immense sur le iPode d'action des médicaments. r> Il cite à cet égard un fait des pius curieux et que nous avons signalé rapidement plus haut. En 1831 en ville comme à l'hôpital, il ne pouvait donner plus d'un gramme d'oxvde blanc d'antimoine sans provoquer une intolérance des plus "violentes. Vingt ans après, en 1851, 16grammes en un jour, du même médicament, n'entraînaient pas la plus petite révolte de l'estomac. On pourrait, il est vrai, se demander s'il n'y avait pas là surtout des différences dans la corn- Dosition du médicament.

Les épidémies cholériques, ou même seulement les d.arrhee» prémonitoires, qui souvent les précèdent, constituent une contren iction ,u; l'on peut rattacher d'ailleurs à la procèdent Grisolle déclare se méQer du tartre strbie en temps de choléra.

Il y a d'autres contre-indications fournies par le sujet malade

lui-même. . ..

L'âee s'oppose-t-il à l'emploi des préparations actives / G, lie e'c ommaude seulement une surveillance très severe ehe l'es vieillards et les jeunes entants. On Tera -8™--' ^ " dant de ne pas ordonner de tartrestibié aux enfanU,ala mamelle r„tatnsi îuele rappelle M. Rnbnteau,sonlaussi sensibles . son

action qu'à celle de l'opium. Bandeloque n'employait que l'oxyde blanc chez les enfants très jeunes, chez ceux d'une constitution grêle, chez les scrofuleux, chez les individus minés par des afTections antérieures.

La chétivité du sujet, si commune à l'hôpital, voilà, pour M. Roger, la grande contre-indication. Elle est absolue et lui fait proscrire toutes les préparations aotimoniales, môme celles dont l'action paraît douteuse, comme l'ox-yde blanc.

On s'accorde généralement à substituer chez les vieillards l'oxyde blanc d'antin^oine et le kermès à l'émétique, mais en vérité c'est alors une expectation déguisée.

Delioux deSavignac fait de la faiblesse et de la mollesse du pouls, de la tendance à l'adyaamie, une contre-indication positive, qui devient bien plus pressante encore si le pouls est irrégulier, et surtout lorsque surviennent des syncopes.

Ainsi donc, toutes les cachexies, cancéreuse, syphilitique ou autre, le diabète avancé, la phthisie au troisième degré, la leucocythémie, le scorbut, etc., l'alcoolisme invétéré qui livre à la maladie un organisme si facilement dépressible, autant d'obstacles à la médication stibiée. Nous verrons pourtant, au chapitre suivant, une thérapeutique associée, qui combattrait par l'alcool et les toniques l'adyoamie antimoniale et permettrait de restreindre notablement le nombre des cas rédhibitoires.

Outre les maladies précédentes dont le trait commun est la tendance à l'adynamie, il en est d'autres qui redoutent les antimoniaux, en tant que vomitifs (lésions du cœur et des gros vaisseaux, etc.) ; nous n'y insisterons pas davantage. Il ne faut pas s'arrêter à la présence de hernies, dit Grisolle, lorsqu'elles sont bien maintenues. Pour les uns, la grossesse ne commande pas davantage l'abstention; pour d'autres, elle l'exige absolument. On verra plus loin ce qu'on poit en penser,

La présence d'affactions aiguës ou chroniques du tube digestif sont des contre-indications des plus positives, malgré cette déclaration de Grisolle, que s'il y avait urgence pour une intervention

énergique, il ne faudrait s'arrêter que devant des symptômes très marqués d'inflammation de l'intestin et surtout de l'estomao. Est-il nécessaire de dire qu'on s'abstiendra en présence de lésions ulcéreuses chroniques de l'appareil digestif telles que les ulcérations cancéreuses de l'estomac et surtout les ulcérations tuberculeuses de l'intestin. Andral [Clinique, p. 72, t. II) cite un cas oîi les vomissements violents déterminés par le tartre stibié entraînèrent la perforation d'un ulcère de l'estomac.

Certaines pneumonies fourniront en elles-mêmes les contreindications à l'emploi de l'émétique.

Il est évident, par exemple, qu'une hépatisation bien limitée, sans congestion périphérique, n'a que faire des composés antimoniaux quels qu'ils soient. Il va sans dire que, malgré l'autorité de Laennec, il faut s'abstenir de l'émétique lorsque l'hépatisation grise est confirmée.

Les'phlegmasies aiguës secondaires du poumon, comme celles qui surviennent au cours ou au déclin de la fièvre typhoïde, de la grippe, etc., réclameront une égale réserve. L'allure presque toujours adynamique de ces inflammations nous ramène d'ailteurs aux considérations que nous avons faites à propos des atéls cachectiques.

Quelques auteurs ont pensé aussi que les irrégularités cardiaques constituent une contre-indication de l'émétique comme de tous les médicaments qui troublent le fonctionnement cardiaque. Cela est vrai en général; il ne faut pas oublier toutefois que ces irrégularités s'observent aussi parfois, surtout chez les individus nerveux, dans le cours des maladies aiguës les plus bénignes, sans qu'on puisse incriminer le moindre état morbide du myocarde.

Que faut-il penser maintenant de la pratique de ceux qui, pénétrés delà gravité de ces objections et partisans commede raison des antimoniaux, continuent à employer l'émétique, mais à petites doses, ou le remplacent par lé kermès ou l'oxyde blanc d'antimoine à doses encore relativement modérées? On peut dire

du moins que tout ce qui précède ne s'applique pas à cette médication mitigée. Ces médecins n'ont plus à craindre les effets nuisible du tartre stibié donné à des doses élevées; ils ne peuvent pas compter non plus sur ses effets favorables. Cette demi mesure n'est guère plus probablement, comme nous l'avons déjà dit, qu'une expectation déguisée.

Résumé. — Lorsque le tartre stibié est administré à la dose de 30 à 40 centigrammes, la dose habituelle, le premier jour il détermine des vomissements et de la diarrhée ; le second ou le troisième jour, ces effets ne se manifestent plus ; on dit que la tolérance est établie : chez les uns la tolérance existe d'emblée, chez d'autres elle ne s'établit pas.

Jusqu'au moment de la tolérance, on peut admettre que le tartre stibié agit comme révulsif par l'irritation qu'il produit sur la muqueuse gastro-intestinale, et comme décongestif par la diarrhée, véritable saignée séreuse, qui suit cette irritation.

Quand la toléi'ance est étabUe, soit après la période vomi-purgative, soit d'emblée, on voit se produire les autres effets du tartre stibié. Par son action déprimante sur l'activité cardiaque et les centres cérébro-spinaux, il détermine une diminution dans la fréquence du pouls, laquelle est suivie, après une période de douze à vingt-quatre heures, d'un abaissement de température d'un à deux degrés. On constate aussi une diminution des mouvements respiratoires, une expectoration plus facile. Il est habituel qu'en même temps les malades se sentent soulagés de la vive oppression qu'ils éprouvaient. Que ce soit là un effet de l'action révulsive et décongestive ou de la dépression du i^ystème nerveux dont l'excitabilité diminue, qu'on veuille voir une conséquence d'une anémie pulmonaire par diminution dans

rrivée du sang artériel, par diminution syncopale du diamètre des vaisseaux, ou bien une conséquence de l'anestliésie des extrémités sensitives du pneumogastrique, le t'ait clinique persiste en son entier.

Mais à côté de ces avantages se présentent de nombreux inconvénients. L'action de l'émétique ne s'obtient qu'après des accidents de vomissement et de diarrhée, qui vont parfois jusqu'au choléra stibié, lorsque le médicament est continué à des doses relativement élevées. Or, il est au moins à craindre alors que la dépression du système nerveux ne modifie "défavorablement l'allure de la maladie. Et nous supposons ici qu'on s'est empressé de combattre à temps l'intoxication subite, qu'on ne l'a point laissée se développer jusqu'au coUapsus terminal, que le collapsus ne s'est pas produit d'une façon en quelque sorte foudroyante. Or, tous ces cas particuliers se sont réalisés dans la pratique.

Le tartre stibié doit donc être manié avec la plus grande circonspection et ne saurait convenir que si l'individu est jeune, vigoureux, si les indications sont formelles, c'est-à-dire si la température est très élevée, le pouls dur, si l'oppression est considérable. Et même dans ces circonstances on renoncera à la médication si la tolérance ne s'obtient pas; on suivra scrupuleusement la marche des choses afin de pouvoir s'arrêter à temps.

Les contre-indications ne font pas défaut. On peut dire que le maniement du tartre stibié est plus difficile, plus périlleux que celui delà saignée, en môme temps que les indications en sont peut-être moins nettes et moins précises.

Les contre -indications se conçoivent d'elles-mêmes : les pneumonies à forme adynamique, les pneumonies qui frappent,, quel que soit leur aspect clinique, les individus débilités (pneumonie des vieillards, pneumonie alcoolique) ne seront pas traitées par le 'artre slibié. La même interdiction sera maintenue si la pneumonie s'ajoute à des états morbides antérieurs du

L'œur, de la muqueuse gastro-intestinale, que les effets vomi-pur-

i^atifs dcl'émétique sont capables d'aggraver. 1 Si l'on envisage maintenant à un autre point de vue la méiidicatio:istibiée, on y découvre un autre désavantage considérable. IPour produire un effet utile, le médicament doit être administré [pendant plusieurs jours, de 4 à 8, dit-on. Comment alors pourvoir affirmer que l'amélioration est due à l'intervention théraipeutique, comme on le peut dire de la saignée qui parfois sou- IJage instantanément le malade? Comment pouvoir affirmer que H'amélioration n'est pas le fait de l'évolution naturelle qui d'oriHinaire arrive à la guérison dans le même laps de temps ?

Il est certain, en tout cas, que le tartre stibié, pas plus que lia saignée, n'est capable de faire avorter la maladie et qu'il m'est aussi qu'un médicament d'indication.

Quelques mots maintenant sur le kermès et l'oxyde blanc ll'antimoine.

Le kermès (oxysulfure d'antimoine), plus heureux que l'éméi.ique, fut, dès sa naissance, entouré de la protection de l'État Ijui, e.i 1720, acheta le secret de sa préparation d'un certain rAevalier de la Ligerie. — Il paraît avoir été découvert par le ïthimiste Glauber.

Lieutaud le recommande « dans tous les embarras formés aux ioouraons. » Trousseau prétend que le kermès ne le cède en rien i. l'émétique , en agissant moins sur la phayrnx. Giacomini '6 conseille jusqu'à la dose de 1 gramme par jour. En revanche, ijrisoUe le rejette comme incertain et inconstant dans ses ^fcffets.

Herpin de Genève assure qu'il n'a jamais vu le kermès luivi d'effets utiles, même momentanés, dans la pneumonie et même dans celle des vieillards. Baudelocque dit qu'il est mal ■i.upporté par les enfants. Il n'est guère plus administré aujouril'hui qu'à titre d'expectorant, sur le déclin de l'inflammation.

Quant à l'oxyde blanc d'antimoine (biantimoniate de potasse)

appelé encore antimoine cUaphorétique) il a joui pendant quelque temps d'une assez grande réputation dans le traitement de la pneumonie des enfants, à cause de la facilité avec laquelle il est le plus souvent toléré. Mais son action tout à fait u-régulière sans doute à cause des traces plus ou moins considérables d'émétique qu'il peut conserver de sa préparation, l'a fait presque entièrement abandonner.

Cependant Récamier trouve ses avantages égaux à ceux des autres préparations; Trousseau Fa vu produire des effets thérapeutiques (diminution du nombre des pulsations et des respirations). Baudelocque dit « qu'on devra toujours le préférer au tartre stibié chez les très jeunes enfants». M. Roger y avait fréquemment recours à l'hôpital des Enfants. Pour Grisolle son action est tout à fait douteuse, et il est vrai que M Roger a pu en donner jusqu'à 8 et 12 grammes sans produire de troubles

digestifs notables. • «rioc

C'est donc, on le voit, un médicament des plus mfideles sur lequel il est impossible de faire fond.

On a encore employé à diverses époques le plus grand nombre des antimoniaux et parmi eux -.l'antimoine métallique, le sulfure natif, les divers oxydes, le soufre doré d'antimome la poud d' Alc^aroth ou oxychlorure d'antimoine ; divers oxysulfures entre autres le verre, le foie et le safran des métaux, le tannate d antimoine. Nous croyons faire assez en les citant, car de nos jours

Tout disparu dJns l'oubli le plus profond. La Plup-t -r. pâleurs insoluble,set s'ils sont susceptibles deprodmre quelque, effets

physiologiques, ce n'est que parce qu'ils sont t-s s en composés solubles par les acides du suc gastrique II y a là une action possible, mais tellement irréguUère et capricieuse, quon ne doit pas songer à l'utiliser en thérapeutique.

Modes d'uclininîstrntlon et closes.

- Nous ne citerons que pour mémoire la méthode de Rasori J taisait prendre au. malades 1 ou 2 grammes demeUque

par doses espacées, après une ou plusieurs saignées, et qu'il fut lui-même conduit à abandonner par la suite. Laennec, dont le procédé fut longtemps en honneur, débutait par une saignéede'iOO à 500 grammes, puis il administrait |Une première dose d'émétique de 5 centigrammes dans 70 grammes d'infusion de feuilles d'oranger tiède ou froide, édulcorée avec 16 gr. de sirop de guimauve ou de fleur d'oranger ; la même dose était répétée toutes les deux heures, jusqu'à 6 fois par jour, soit 0,30 centigr. pour vingt-quatre heures. Si le cas était grave on poursuivait l'administration du médicament toutes les deux heures, jusqu'à amélioration des symptômes généraux et des signes d'auscultation. Dans les circonstances très graves, chaque dose était portée à 7, 10 et même 12 centigr. Laennec ne donnait jamais plus de 1 , 50 par jour.

Pénétré de l'importance d'une prompte tolérance, il ajoutait à la potion de 30 à 60 grammes de sirop diacode pour arrêter les évacuations. D'autres médecins de son temps n'étaient déjà pas d'avis d'employer les opiacés qui amènent une tolérance factice et qui masquent jusqu'à un certain point les effets de l'émétique sur les organes digestifs.

Grisolle s'écarte peu des doses de Laennec. Avec ou sans saignée, selon le cas, il donne par jour 0,30 ou 0,40 centigr. dans une potion de 120 grammes (eau de tilleul et fleur d'oranger); il ajoute par exception 10 ou 30 grammes de sirop diacode. Il en faisait prendre une cuillerée toutes les heures.

Selon les cas il doublait la dose, l'élevait jusqu'à 1,30 pour vingt- quatre heures. On n'atteint plus maintenant des proportions aussi considérables et la dose classique est de 0,30 pour un jour (Monneret, Chomel, Cruveilhier, M. Bucquoy, M. le professeur Peter).

Si l'on tient à limiter le nombre des évacuations, on pourra recourir à la sage pratique des professeurs Hardy et Béhier. Ils administrent toutes les deux heures une cuillerée d'une potion renfermant de 0,20 à 0,30 de tartre stibié qu'ils font

suivre d'une tasse de tU-ane chaude; et l'on ces^e la médication après trois ou quatre évacuations. — On peut y revenir plusieurs jours de suite, s'il y a lieu.

Nous avons déjà fait entrevoir la valeur de l'association de l'alcool à l'émétique. Voici quelle est, à cet égard, la pratique de notre excellent maître, M. Bucquoy:

Quand l'étendue de la phlegmasie el l'intensité de la flèvrelui paraissent commander le tartre stibié chez un sujet qui peut être prompt à se déprimer, il donne de 20 à 30 centigrammes de tartre stibié dans une potion ordinaire de 120 grammes. Quand la tolérance tend à s'établir, il se hâte d'interrompre la potion éractique, et s'il y a la plus légère tendance à l'adynamie, il donne aussitôt l'alcool à haute dose.

Il est bien entendu que l'on aura toujours présente à l'esprit l'action topique irritante des composés antimoniaux insolubles et qu'on ne les administrera jamais en poudre pas plus qu'en solution concentrée.

L'association du tartre stibié à la dose de 5 centigrammes avec 2 grammes de poudre d'ipéca pourra servir au début d'une pneumonie accompagnée d'un embarras très prononcé des premières voies. C'est le traitement éméto-cathartique banal de l'embarras gastrique et non de la pneumonie elle-même.

Au décours de la phlegmasie pulmonaire, quand la résolution tardera à s'effectuer, on pourra y aider en provoquant une hypercrinie de la muqueuse bronchique au moyen du kermès à la dose de 15 à 20 centigrammes.

On fera bien, en règle générale, de préférer le kermès au tartre stibié chez le vieillard et l'enfant. Que si l'on veut absolument recourir à ce dernier dans la pneumonie des jeunes sujets au-dessus de deux ans, on échelonnera, suivant les âges, les doses de 5 à 15 centigrammes.

Quant à l'oxyde blanc d'antimoine, nous avons déjà dit que c'est un médicament d'une infidélité notoire, due sans doute

ù des quantités variables d'émétique qu'il relient de son mode de préparation; on ne doit donc pas l'employer.

iîUligaéc et tartr» Htiblé.

On a VU qu'au commencera snt du siècle la saignée et le tartre stibié j;e disputèrent le traitement de la pneumonie. Puis entre ceux qui n'employaient que la saignée et ceux qui ne se servaient que du tartre stibié, se placèrent des ecclectiques qui saignèrent avec les uns et émétisèrent avec les autres.

Déjà les élèves de Rasori et de Tomraasini, en même temps qu'ils administraient le tartre stibié, comme leurs maîtres, saignaient largement.

Laennec, qui préférait le tartre stibié à la saigné, conseillait néanmoins de faire précéder l'administration du médicament d'une saignée de 500 grammes; il regardait celle-ci comme un moyen d'enrayer momentanément Torgasme inflammatoire et de donner à l'émétique le temps d'agir.

Bang (de Copenhague) faisait aussi la saignée préalable.

Grisolle n'est pas partisan de la fusion. « Ainsi, dit-il, M des malades qui ont pris l'émétique après avoir été saignés, et que j'ai pu observer pendant toute leur convalescence, n'ont été en état de reprendre leurs travaux que vers le vingt-neuvième jour à dater du début, c'est-à-dire sept jours plus tard que ceux qui n'avaient pas pris d'émétique, et neuf jours après ceux qui avaient été traités seulement par le tartre stibié. »

Un certain nombre de médecins saignaient donc d'abord, puis donnaient ensuite l'émétique, en vertu de ce principe probablement que la saignée est surtout efficace au commencement de la maladie, et que le tartre stibié peut être employé pendant toute la durée de l'évolution morbide.

Cette méthode, dite méthode de Laennec, s'éloigne donc peu de la médication stibiée isolée, et il est difficile de dire quelle modification apporte dans les effets de catte médication la saignée addi-

tionnelle du début. Il semble probable, à priori, qu'elle doive rendreplus active l'action du tartre stibié, mais aussi peut-être plus imminents les dangers qu'il entraîne parfois.

Si puissante qu'elle semble être, cette pratique ne jugule pas plus que les autres la pneumonie aiguë. Voici un tracé d'une pneumonie traitée dans le service de M. Bucquoy par l'émétique à dose 0,30. Une saignée de 400 grammes avait été faite préalablement. Ici encore la défervescence ne devance pas le terme habituel le plus rapproché.

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