‹ Du traitement de la pneumonie aiguëChapitre 18 sur 37 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

VÉRATRINE

C'est Aran qui employa le premier la vératrine contre la pneumonie ; il la présente comme un précieux hyposténisant.

Fournier en France, Vogten Suisse, avaient depuis longtemps employé l'alcaloïde que l'on retire de l'ellébore blanc ( Femfmm album) et la cévadiUe (F. sabadUla). En Amérique, le Veratrum viride était considéré comme un véritable spéciûque dont l'action sur la pneumonie était comparable à celle du sulfate de quinine sur la fièvre intermittente. Lorsqu'il fut introduit en Europe, il donna lieu à un grand nombre de travaux parmi lesquels nous citerons ceux de Kiemann, de Roth, de Uhle, de Drasche en Allemagne, de Kocher en Suisse, et plus tard ceux de ïibirtz, d'Oulmont, de Léon Labbé en France.

Les préparations médicamenteuses au moyen desquelles on administre le vératrum et la vératrine sont peu nombreuses. Les médecins américains emploient généralement une temture qui s'obtient en faisant macérer pendant 15 à 20 jours 250 grammes de racines sèches dans 500 grammes d'alcool. La dose est de 4, 5 6 gouttes pour un adulte : on augmente par goutte jusqu'à la production des nausées et au ralentissement du pouls, et l'on diminue alors de moitié. On associe généralement cette temture a d'autres substances, à la sciUe par exemple, comme le tait

Norwood. Kocher ayant "remarqué que la teinture de vératruni renferme des quantités très variables d'alcaloïde, conseille d'employer la vératrine à la dose de Otî' jOOâ ou l'extrait à la dose de O'",01 qu'on administre toutes les deux heures jusqu'à effet sur le pouls et la température. Bernheim conseille des doses plus massives : une pilule de 0»'",005 à prendre toutes les heures jusqu'à ce que le malade en ait absorbé de 0s'',020 à 0s'",030. Pour obtenir la tolérance du tube digestif, il est bon de fractionner les doses en se servant de pilules de Os'',001 et de ne pas en admettre plus de Os'',0'10.

Tous les observateurs s'accordent pour attribuer à la vératrine ou à l'extrait résineux une action marquée sur le pouls. Le pouls diminue rapidement de fréquence, et le nombre des pulsations peut diminuer de moitié. L'action de la vératrine sur les battements cardiaques commence fort peu de temps après l'ingestion du médicament (une heure dans un cas de Thibirtz rapporté par Linon) et atteint son maximum après 13 heures environ. Kocher a vu qu'il s'écoulait en moyenne 8 heures et demie entre l'ingestion de la première dose et le retour du pouls à l'état normal. Mais ce ralentissement ne dure pas longtemps et ne se maintient guère que de '12 à 18 heures (Thibirtz), après quoi la tension faiblit, le pouls devient plus fort et plus dépressible. Dans un relevé de 60 cas, Alt a vu sur sept fois le pouls rester normal jusqu'à la crise dont deux fois à partir du deuxième jour, une fois du troisième, trois fois du quatrième et une fois du cinquième.

L'action sur la température est beaucoup moins marquée et moins constante; elle ne se produit que dans un peu pins de la moitié des cas. Elle commence deux ou trois heures seulement après l'absorption du médicament et n'amène le plus souvent qu'une chute de 1 degré à l^ô ; parfois cependant en 4 ou 5 heures la température reviendrait à la normale. Kocher a trouvé qu'en moyenne l'abaissement de la température durait six heures et demie.

D'après lui , l'action favorable de Id véralrine se manifeste beaucoup plus efficacement après une saignée; Dessauer, qui se loue beaucoup de ce médicament, ne croit pas que cet adjuvant soit bien nécessaire, et il estime même que la vératrine remplace avantageusement la saignée : elle calmerait le délire, et la diarrhée qu'elle détermine n'aurait rien de redoutable.

Quant à l'action sur la lésion locale du poumon elle a été diversement interprétée. Drasche considère le vératrum comme retardant le processus de résolution, tandis queKoclier et Wilson Fox admettent qu'il diminue sa durée.

Malgré la dépression qu'elle détermine et qui d'ailleurs n'est pas aussi considérebleque celle du tartre stibié, la vératrine trouverait son application dans le cas où il est nécessaire d'agir rapidement sur le pouls. Grisolle ne semble pas d'avis que cet avantage compense les inconvénients et les dangers de son emploi; Sturges, Bernbeim, etc., expriment la même opinion, et Th. Sidlo, qui a traité soixante cas de pneumonie par le veratrum album et le veratrum viride dans le service de Duchek (de Vienne), est arrivé aux conclusions suivantes : 1" Dans la majorité des cas il y aune réduction temporaire ou permanente de la température et de la fréquence du pouls, mais dans tous les autres le vératrum n'eut pas le moindre effet ; 2° la fièvre ne fut nullement réduite dans sa durée et le type ordinaire de la pneumonie franche ne fut pas altéré par le traitement; il devint au contraire plus caractérisé; 3° les moindres variations observées dépendaient non de l'action de la vératrine mais du caractère et du degré d'inflammation du poumon : en somme, le médicament ne produisit aucune action appréciable sur la maladie qui augmenta, diminua et se termina comme si rien n'avait été fait; 4° les vomissements, lecollapsus, etc., suivent plus souvent l'emploi du veratrum album que àuveratrum virride : dans aucun cas d'ailleurs ils ne semblèrent modifier la fièvre ou l'état physique du poumon enflammé.

On s'explique, en lisant ces conclusions, que la véraline soit généralement peu employée par les médecins dans le traitement de la pneumonie.

Le froid, employé comme moyen antiphlogislique dans certaines phlegmasies et en particulier dans la pneumonie, n'est pas un remède nouveau.

Bartholin, il y a plus de deux centsans, ditM. Labadie-Lagrave (Th. d'ag.), Haneveck, Sarcone, Brandis, administraient le froid à l'état d'eau froide, de neige ou de glace, dans le traitement des affections inflammatoires de la poitrine et vantaient les bons résultats obtenus. Grisolle cite les faits exposés par le docteur Campagnano, de Naples {Observatore medico di Napoli,18Sl), et qui tendaient à prouver la favorable influence des boissons glacées et des bains froids sur la marche des pneumonies aiguës; mais, comme le fait remarquer justement le clinicien de l'Hôtel- Dieu, ces observations perdent énormément de leur valeur par le fait de l'association de la saignée, des vésicatoires, et même de l'émétique à haute dose, à la thérapeutique par le froid.

C'est surtout en Allemagne et en Suisse que la réfrigération trouva des partisans convaincus. Le professeur Vogel, à Berne, dès 1850, emploie méthodiquementles bains froids dans le traitement de la pneumonie ; Liebermeister, à la clinique de Bâle, arecours à cette méthode, et il établit ainsi la statistique des faits observés avant et depuis l'emploi du froid :

ARTICLE YIII

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