RÉFRIGÉRATION
Pneumonies.
Morts.
Moyenne.
Le professeur Lebert (de Breslau) proclame que la médication parles bains froids constitue le meilleur mode de traitement de
la pneumonie fibrineuse; il n'a jamais vu survenir d'accidents sous l'influence de cette thérapeutique, mais il est obligé de convenir qu'on n'en tire pas de bénéfice réel, que la défervescence n'est pas hâtée, et que la température qui baisse à la suite d'un bain à 25 ou 30 degrés regagne sa hauteur primitive au bout d'une heure ou deux au plus.
Mayer (1870) annonce que la mortalité des pneumonies, qui était de 24 0/0, est tombée, grâce à l'usage des bains froids, au chiffre, un peu surprenant, de 8,8 0/0; le docteur Fismer (de Bâle) obtient également par la même méthode une diminution de la mortalité de 8,7 0/0, et la moyenne est alors établie à 16 0/0 ; Niemeyer fait également le plus grand éloge de la médication.
Enfin Jiirgensen (de Kiel) recommande vivement l'emploi des bains froids dans le traitement de la pneumonie, mais il réglemente d'une façon très minutieuse cette méthode, car il ne méconnaît pas les dangers auxquels elle expose le malade, et en particulier le collapsus produit par une paralysie du muscle cardiaque surmené. En se soumettant aux règles qn'il établit, il n'y aurait pas d'accidents à craindre.
Si la température rectale est de 40°, ou si la température axillaire dépasse 39°, le malade est plongé dans un bain à 22 degrés qui est refroidi successivement jusqu'à 16°. On l'y laisse de sept à vingt-cinq minutes suivant ses forces. Ordinairement la température baisse; mais cet abaissement est passager, et au bout d'une ou deux heures, le thermomètre est monté au niveau primitif. Alors on redonne un second bain et l'on est allé ainsi jusqu'à douze bains en vingt-quatre heures. « II y a quelques années, ma propre fille, âgée de dix-neuf mois, était atteinte, pour la troisième fois, d'une pneumonie grave. La température dépassait 41° et remontait si rapidement après les bains de 16°, que je me vis obligé d'abaisser la chaleur du bain à 3°,60, et de fixer à dix minutes la durée de ces bains. Mon enfantguérit. Pas une seule fois, pendant plusieurs jours que j'eus recours à
ces soustractions excessives de calorique, elle n'eut le moindre signe de coUapsus. Depuis, j'eus encore plus d'une fois l'occasion de procéder ainsi, jamais je n'eus à le regretter. » (Jtirgensen.)
Nous tenons de notre maître et ami le D' Legroux, professeur agrégé de la Faculté, qu'il soigna par les bains froids un jeune" enfant atteint d'une pneumonie grave et déjà presque asphyxié ; l'enfant guérit.
Chez les personnes âgées, grasses ou faibles, Jurgensen préfère, en généralj les bains tièdes de 20° à 24° Réaumur, donnés le matin de bonne heure, de quatre à sept heures ; le malade y reste vingt à trente minutes, et sa température baisse pour un temps notable (Bernheim).
Fismer (de Bâle) applique la méthode de la façon suivante :
Il donne des bains de 20° à 24° Réaumur qu'il renouvelle, mais avec une température plus basse de 18° à 16°. La durée est de dix minutes jusqu'à l'apparition des premiers frissons. D'ailleurs, le clinicien emploie concurremment, suivant les cas, la quinine, la digitale, la vératrine.
Thomas est aussi plus modéré que Jiirgensen : non seulement il ne refroidit pas beaucoup le bain, mais il n'y laisse le malade que cinq minutes. Le refroidissement immédiat n'est pas considérable, mais il y a un refroidissement consécutif une demiheure après le bain. D'ailleurs, il le renouvelle aussi souvent qu'il est nécessaire ; dès que la température est à 39°,3, il conseille l'emploi de compresses froides pour retarder la marche ascendante de la température.
D'après lui, chez l'enfant, le bain froid est le meilleur des antipyrétiques, sans convenir d'ailleurs à tous les cas.
Que faut-il donc penser de la réfrigération appliquée au traitement de la pneumonie ?
Il est incontestable que cette pratique modère la fièvre du pneumonique, et d'autant plus sûrement que le fiévreux soumis
à l'immersion dans l'eau froide, subit un abaissement de température bien plus notable (0%9) que l'homme sain (0%2) placé dans les mômes condilions.
Mais cet abaissement de la température conslitue-t-il un sérieux avantage? Il est certain qu'il n'a pas ici la même utilité que dans la fièvre typhoïde oîi la prolongation d'un état fébrile peut faire de la seule hyperthermie une cause des plus graves complications. D'autre, part cette rémittence fébrile passagère peut se payer au prix des plus graves accidents. Grisolle s'élevait déjà avec énergie contre ce traitement, et s'étonne qu'il y ait des médecins assez osés pour traiter la pneumonie par le froid. On sait que, par contre, il conseillait les bains tièdes: « Depuis vingtcinq ans, j'ai bien souvent donné des bains tièdes à des malades atteints de pneumonie, et si je n'ai pas toujours obtenu les effets que j'espérais, presque jamais je n'ai eu à me repentir de les avoir administrés. » Béliier déclarait aussi qu'on doit beaucoup hésiter à imiter l'exemple des cliniciens allemands. ^
Les partisans eux-mêmes de la médication soulignent les contre-indications. « L'extension du processus pneumoniquc, dit Fismer, à la plus grande partie des deux poumons, l'existence d'un état très prononcé d'adynamie, la fréquence extrême de la respiration et aussi, bien qu'à un degré moindre, l'alcoolisme et un âge très avancé, ont paru oontre-indiquer le traitement par l'eau froide. » D'où il semble résulter que la réfrigération ne peut guère s'appliquer qu'aux pneumonies régulières qui se passent aisément de ce médicament au moins pénible. Nous disons au moins pénible, car Fismer ajoute que les bains ont souvent pour effet d'accélérer outre mesure les mouvements respiratoires et de provoquer la cyanose, et qu'on a dû y renoncer dans un uas où le malade était pris de syncope chaque fois qu'on le plongeait dans l'eau.
Il n'entrera jamais dans la pratique journalière de courir les chances d'une syncope pour abaisser la température dans une maladie très pyrétique par nature et qui ne dure que quelques
jours, à moins toutefois que riiyperthermie atteigne un degré réellement exceptionnel.
II est vrai que Jiirgensen recommande de faire prendre au malade, avant et après les bains , suivant la faiblesse plus ou moins grande du pouls, une ou trois grandes cuillerées de vin rouge, de madère, de porto ou de Champagne, afin d'éviter le collapsus et les syncopes. Ce traitement mixte au vin et à l'eau n'inspire encore qu'une médiocre confiance.
Ainsi donc les bains froids employés dans la pneumonie abaissent la température d'une façon passagère; par contre, il est toujours à craindre qu'en contractant les vaisseaux périphériques, en refoulant le sang vers le poumon, ils n'augmentent la congestion de l'organe et, ajoutant à l'obstacle que le cœur doit surmonter, ne mènent à la syncope. On conclura, avec M. Bernheim, qu'ils ne doivent être employés qu'exceptionnellement, lorsqu'on a alfaire à des pneumonies à forme typhoïde, à^température très élevée, avec délire, agitation et délire dans lesquels la dyspnée n'est pas excessive et les contractions du cœur pas trop faibles.
Les compresses d'eau froide appliquées sur le thorax sont parfois utiles et n'ont pas d'aussi graves inconvénients. Elles sont fort employées en Allemagne, dans la pneumonie aiguë, pour combattre le point de côté; d'autre part, elles détermineraient une soustraction de calorique aussi considérable que les bains froids répétés (Riegel, de Wurzbourg).Niemeyer affirme que les applications froides continues sous forme de vessie de glace appliquées sur la poitrine, lui ont donné des résultats satisfaisants.
Sans doute il ne convient pas d'abuser de l'aphorisme d'Hippocrate : Frigida veluli nix, glacies, pectori inimica, tusses movent, sanguinis eruptiones accatarrhos inducunt. Mais on ne I doit pas oublier que l'hyperpyréxie est exceptionnelle dans la pneumonie, qu'il y a d'autres moyens pour la combattre, qu'il y a ■' aussi d'autres remèdes aussi efficaces , moins périlleux contre I la douleur de côté.