‹ Du traitement de la pneumonie aiguëChapitre 20 sur 37 · IPÉCACUANHA · texte numérisé non relu

IPÉCACUANHA

C'est surtout l'école de Montpellier qui a mis l'ipéca en en usage pour combattre la pneumonie. Le professeur Broussonnet l'a vivement préconisé. Son élève, Resseguier (Montpellier, 1850), a rendu compte dans une Revue des résultats obtenus par son maître à l'Hôpital général. Le professeur Dupré (Mo7itpellier médic, 1860) insiste également sur les bons effets de ce médicament, etl'on trouve encore (Montpellier, 187Zi) plusieurs observations de M. Grasset, où la pneumonie traitée de cette façon aurait pris assez rapidement une allure favorable. M. Grasset pense que, sous le climat de Montpellier, l'indication de l'ipécacuanha se présente beaucoup plus souvent que celle du tartre stibié.

Mais la cause de l'ipéca a trouvé peu de partisans à l'école de Paris. Grisolle (Traité de la pneumonie) ne lui reconnaît que peu de valeur; c'est, dit-il, un faible adjuvant, et il n'est guère approprié que quand la pneumonie semble avoir de la tendance à se juger favorablement; Trousseau et Pidoux ne le mentionnent pas à ce sujet dans leur Traité de thérapeutique, et les ouvrages classiques de pathologie interne le passent sous silence. Cependant, au point de vue delà médecine des indications, l'ipécacuanha peut rendre des services : après Stoll, Béhier (Clinique de la Pitié) et les professeurs Jaccoud et Peter, en recommandent l'emploi dans la forme dite bilieuse de la fluxion de poitrine.

Nous y reviendrons d'ailleurs à propos du traitement de la pneumonie bilieuse.

Mais avant d'énoncer les circonstances qui peuvent nécessiter l'usage de l'ipéca dans le cours de la pneumonie, rappelons en peu de mots son mode d'action au point de vue particulier qui nous occupe, c'est-à-dire sur la respiration, sur les sécrétions et sur le système nerveux central.

L'action sur la respiration peut se résumer ainsi : 1° Un premier effet est un effet négatif; il n'y a pas d'excitation du centre respiratoire et, parlant de là, pas d'accélération de la res- [)iration.

2° Un deuxième effet est dû à laparésie et ensuite àla paralysie I progressive des muscles respiratoires (Hamack) : de là un ralenitissement delà respiration

S" Enfin, les doses faibles (nauséeuses et -vomitives) déter- I mineraient l'anémie des poumons (Pécholier, Grasset), tandis que lies doses toxiques produiraient l'hyperhémie, l'hépatisation.

L'ipécacuanha agit sur les glandes bronchiques, et détermine lune expectoration plus abondante, plus facile.

Par son action sur le système nerveux il produit une période id'excitation peu intense et généralement très courte (Pécholier, cd'Ornellas, Ghouppe), puis très rapidement une période de dé- [pression.

Ainsi donc l'ipéca à doses modérées, en dehors de son action \yomitive, ralentit les mouvements respiratoires, excite la sécréttion bronchique et produit une dépression du système nerveux. (Gomme vomitif, il a une rapidité d'action plus grande que celle cdu tartre stibié, mais son action est moins durable, les effets Hsont moins violents, moins intenses, n'exigent que des efforts imodérés de la part du malade.

Tout cela n'indique pas que l'ipéca soit un médicament Ihéroïque dans la pneumonie , mais n'indique pas non plus qu'il \y soit sans aucune application.

Il est évident qu'il sera utile lorsque la pneumonie se complicquera de catarrhe gastro-intestinal, d'état bilieux. En élaguant ces "éléments additionnels, il peut aider la maladie à ne pas trop ^s'éloigner de son orbe régulier. On trouve dans les cliniques du [professeur Jaccoud à la Charité, et dans celles du professeur IPeter, deux observations remarquables à ce point de vue : dans lila première, la pneumonie à forme bilieuse était entrée en rrésolution le cinquième jour et continuait sa marche rapide

jusqu'au septième; mais à ce moment on constata un temps d'arrêt, les râles crépitants de retour persistaient, l'état général restait le même; au dixième jour, il n'y avait pas d'amélioration : l'ipéoa à dose vomitive fut administré, et le lendemain les raies devenaient plus gros, la respiration était ijlus libre, un vésicatoire enfin compléta la résolution tardive. C'est, dit M. Jaccoud, le moyen par excellence dans ces conditions déterminées. Dans l'observation de M. Peter un pneumonique au huitième jour se présente avec un état bilieux très accusé; anorexie, langue sale recouverte d'un enduit limoneux, céphalalgie continuelle, vive douleur à l'épigastre, teinte subictérique de la face; la peau est chaude et sèche. L'ipéca est administré à la dose de 1 gr. additionné de 10 centigr. de tartre stibié. Le lendemain, le malade avait passé une très bonne nuit, sa peau était couverte d'une sueur abondante, sa figure était souriante, la langue nettoyée, l'appétit était revenu.

L'ipécacuauha n'est pas indiqué seulement lorsque la pneumonie coexiste avec un catarrhe gastro-intestinal ou un état, bilieux. Il pourra rendre encore service quand les bronches se remplissent de moules fibrineux ou de mucosités, comme il arrive quelquefois dans des circonstances qui ont déjà été indiquées au chapitre des indications rationnelles.

On a vu que l'ipéca détermine un état nauséeux, une dépression du système cérébro-spinal moindre sans doute que celle qu'entraîne le tartre stibié mais encore assez accusée. Il semblerait donc rationnel de l'employer comme contro -stimulant succédané du tartre stibié, lorsqu'on rencontre d'importantes contre-indications à l'emploi de ce dernier médicament.

Ainsi ferait-on chez les individus débiles, lymphatiques (Grisolle) les enfants, les vieillards , les individus dont l'intestin ue tolérerait point le tartre stibié, dans certaines constitutions médicales caractérisées par des diarrhées cholériformes ou de la la dysentérie, dans les pays où la dysentérie est endémique. Mais encore une fois, la véritable et pour ainsi dire unique

indication de l'ipéca dans la dysentérie est le catarrhe gastro-inteslinal avec ou sans état bilieux.

Gomment doit-on donner l'ipéca? Il est d'usage de fractionner le remède et d'administrer j g™" 50, 2 grammes en trois paquets que l'on fait prendre à dix minutes d'intervalle : l'effet vomitif ne tarde pas à se produire. On peut associer à l'ipéca le tarire stibié à la dose de 5 10 centigrammes. Après les secousses du vomissement, il est bien de donner le quinquina, les toniques, de relever les forces.

A Montpellier, où le climat fait préférer l'ipécacuanha au tartre stibié (Grasset), on emploie à la Clinique l'infusion d'ipéca. On fait infuser i g"% 50 à 3 grammes d'ipécacuanha concassé dans 100 à 180 grammes d'eau; et cette boisson est donnée aux malades par cuillerées à bouche, d'heure en heure, en augmentant ou en diminuant la dose suivant l'intensité des effets produits. En général, il survient d'abord quelques vomissements, puis une certaine tolérance s'établit.

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