C. — Évolution
Le mode d'évolution de la pneumonie aiguë, envisagée dans son expression typique, est le troisième terme de la triade caractéristique. Après leur début solennel, les symptômes qui expriment le processus anatomique et les modifications de l'état général vont s'aggravant pendant plusieurs jours.
Puis, à un moment qui varie entre le sixième et le neuvième jour, le tableau change brusquement. La fièvre tombe en même temps que se produisent quelques phénomènes dits critiques : des sueurs, un sédiment urinaire, et chez le vieillard, souvent delà diarrhée. Les signes locaux s'amendent et l'auscultation indique que l'hépatisatidn se résout. Cette terminaison subite peut se produire alors même que l'hépatisation était étendue et les phénomènes généraux graves.
Quelquefois la défervescence arrive spontanément avant le cinquième jour. « M.Charcot a observé des pneumonies que, en raison de leur marche, il désigne sous le nom de pneumonies abortives. C'est la dénomination dont il s'est servi et je la reproduis en me demandant si elle sera généralement adoptée. Quoi qu'il en soit, le fait que notre collègue a voulu exprimer est réel, et, pour ma part, j'ai eu plusieurs fois déjà l'occasion d'observer de ces pneumonies qui, après un début brusque, par du frisson, du point de côté, de la fièvre et quoique ayant présenté des signes stéthoscopiques incontestables, tels que râles crépitants et souscrépitants fins et souffle tubaire, se résolvent d'une façon subite. » (Gallard., Soc. méd. des hôp.,iS^5.)
Ici encore on ne fera pas au traitement l'honneur de ce-ie défervescence.
Ce qu'il faut souligner expressément ici, c'est que tout ce qui
vient d'être dit de l'évolution de la pneumonie aiguë primitive est vrai encore de la maladie abandonnée à elle-même. C'est à l'école de l'expectation qu'on doit la connaissance de ce fait capital. C'est elle qui a eu au moins le mérite de tracer le cycle du processus pneumonique et d'en affirmer l'indépendance et la spontanéité complètes.
C'est elle qui a démontré que, dans la majorité des cas, la pneumonie aiguë franche évolue selon le cycle régulier qui a été indiqué, qu'elle obéit à celte loi, même abandonnée à ses propres tendances, en dehors de toute action thérapeutique, qu'elle décrit sa trajectoire avec la même précision qu'une fièvre éruptive, que la fièvre typhoïde, que c'est là quelque chose de mathématique et d'irrévocable. La maladie éclate brusquement et spontanément, se dissipe brusquement et spontanément, et cette atteinte superficielleet rapide n'imposeàl'organisme qu'une convalescence légère.
Contre un telle évolution la thérapeutique active ne peut rien; elle ne pourrait que troubler et fausser le développement correct de la maladie et jeter celle-ci hors de la voie naturelle qui conduit à la guérison.
Une première indication se dégage donc de l'examen attentif des trois éléments fondamentaux de cette pneumonie aiguë franche, régulière. La guérison se fait naturellement et l'abstention doit être la règle et le devoir du médecin.
L'observation clinique démontre tous les jours que les choses se passent ainsi, chaque fois qu'un malade abandonné à luimême arrive à l'hôpital à la fin de la maladie, ou lorsque de propos délibéré il a été traité par l'expectation.
Toutefois cette déclaration ne tranche pas la question de savoir si les médications prônées contre la pneumonie, tout incapables qu'elles soient de modifier notablement l'évolution ordinaire, ne peuvent pas du moins la maintenir dans son cycle régulier et prévenir, au moins dans beaucoup de cas, les complications ultérieures.