INDICATIONS DU TRAITEMENT PAR LE BISMUTH
Nous avons deux indications formelles de traitement de la syphilis par le bismuth:
1° Dans les cas réfractaires à l’arsenic et au mercure;
2° Dans les cas d’intolérance pour l’arsenic et pour le mercure.
M. Milian donne un cas typique de syphilis résistant à l’arsenic et au mercure, traité avec succès par le bismuth; nous allons le résumer.
T1 s’agit d’un homme de 30 ans avec syphilides papuleuses généralisées.
Il suivit tout d’abord un traitement par injections intraveineuses de 914, qui déterminèrent une fois sur deux une réaction de Herxheimer et de la fièvre.
Au lendemain de la cinquième injection il y avait de nombreuses syphilides papuleuses sur le tronc et les membres, alors que l’éruption était presque éteinte lors de la quatrième injection.
Après la deuxième injection de 0 gr. 90 de 914, l’éruption était presque disparue. À la fin de la série, la séroréaction était toujours positive.
Sans interruption le malade subit un traitement à l'huile grise à raison de 0 fr. 08 par semaine.
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À la cinquième injection, l’on remarqua une syphilide
papuleuse de dimensions d’une pièce de 2 francs, ulcérée à son centre, de l’épicondylite droite avec empâtement périostique et des douleurs nocturnes violentes empêchant le sommeil. Alors, le traitement au bismuthate de K et Na fut institué à la dose de 0 gr. 20 tous les trois jours. . Après la deuxième injection, il y avait une amélioration flagrante: diminution de l’empâtement et sommeil possible, et la guérison des accidents était obtenue à la cinquième injection.
On ne peut trouver d’observation objective plus démonstrative, dit M. Milian, de la puissance du bismuthate de K et Na survenant sur des accidents développés malgré l’arsenic et le mercure. J’ai pu observer, dit-il, des faits analogues pour la syphilis nerveuse, particulièrement le tabes.
MM. Guibert, Tixier, citent chacun un cas de résistance à l’arsenic guéri par le bismuth.
M. Nicolas dit avoir traité avec succès des récidives de syphilis secondaire.
D'autre part, M. Smilyanitch, dans sa thèse, rapporte deux cas probants d’intolérance, l’un pour l’arsenic et pour le mercure, l’autre pour le mercure, et guéris tous deux par le bismuth.
MM. Emery et Morin confirment pleinement ces faits par leurs observations : (« Nous voudrions insister, disentils, sur l'utilité particulièrement grande du bismuth chez les arséno-résistants et les imtolérants arsenicaux. On sait que de loin en loin on rencontre des sujets chez lesquels, à des degrés divers, la médication arsénicale échoue...
» Or, en règle générale, le bismuth guérit de tels malades.
» Nous avons observé un sujet aux récidives incessantes
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depuis des années, malgré des traitements mercuriels et arsenicaux répétés, dont les lésions ont cédé définitivement au bismuth. »
Notre observation IT est caractéristique également de l’effet favorable du bismuth sur la syphilis résistant à l’arsenic et au mercure.
D’après ces faits et dans les cas de même ordre, L’hésitation n’est pas de mise quant à l’emploi du bismuth, qui devient alors la planche de salut.
Mais, où l’embarras commence, c’est où commence le choix du médicament, car de ces troïs médications, mer: eurielle, arsenicale, bismuthique, que nous possédons contre la syphilis, à laquelle donner la préférence? Autrement dit, hors les circonstances où l’on a la main forcée, comme dans les exemples ci-dessus, dans quels cas employer le mercure, l’arsenic ou le bismuth, et pourquoi plutôt celui-ci que celui-là?
Question quelque peu délicate.
Il paraît, cependant, que certaines circonstances commandent plutôt tel médicament que tel autre.
Ainsi, les arsenicaux sont considérés, à l’heure actuelle, comme le meilleur traitement d’attaque, faisant disparaître rapidement les accidents apparents de la syphilis primaire et secondaire, et même, depuis quelque temps, pour une action plus puissante et plus durable, l’association du mercure avec l’arsenic s’est répandue de plus en plus.
Par analogie et dans les cas où l’on ne veut pas faire d’arsenic ou dans les cas d’arséno-résistance ou intolérance, l’association cyanure de mercure intra-veineux et bismuth intra-musculaire soluble ou insoluble, dans la limite de la tolérance des fesses et des gencives, selon le conseil de M. Carle, donne des résultats excellents.
L'association de l’arsenic et du bismuth, préconisée par quelques auteurs, serait des plus heureuses :
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1° Comme moyen préventif de la stomatite bismuthique due à une symbiose fuso-spirillaire favorablement influencée par les arséno-benzols ;
2° Comme réalisation de synergie médicamenteuse puissante, selon l’idée soutenue par M. Carle (de Lyon) qu’au début de la syphilis il faut faire feu de toutes pièces et conjuguer les traitements.
Cette association fut appliquée avantageusement, semble-t-il, à Saint-Lazare, dans le service de M. Lacapère, par M. Wallon, qui détaïlle dans sa thèse les résultats obtenus, qui sont les suivants:
Sur les animaux d’abord, sur les malades ensuite, l’association bismuth-arsenic prévient ou fait disparaître rapidement les accidents de stomatite; de plus, on remarque une augmentation de poids chez les malades aïnsi traités. |
L'association bismuth-arsenic serait surtout indiquée:
1° Pendant la période primaire, pour allier les deux attaques, maïs à condition que l’addition du bismuth r’entraîne pas à diminuer les doses d’arsenic;
2° Dans les cas où les doses d’arsenic sont trop faibles et doivent être compléteés par le bismuth.
Telles sont les indications du bismuth qui dérivent des propriétés intrinsèques de ce médicament.
Il y en a d’autres qui tiennent aux circonstances et aux conditions dans lesquelles sera institué le traitement: ainsi, dans les cas où le médecin pourrait craindre quelqu'un des accidents déterminés par l’arsenic, crise nitritoïide entre autres, le bismuth sera tout indiqué; dans le cas où la piqûre intra-veineuse présenterait des difficultés tenant soit à une disposiion anatomique, soit à la pusillanimité du sujet, le bismuth remplacera l’arsenic sans grand désavantage.