NOS MALADES
Les malades dont nous allons vous apporter les observations sont tous des malades venus à la consultation de vénéréologie de l'Hôpital de Saint- Germain-en-Laye. Ceux-ci ont été envoyés par leurs médecins traitant ou bien sont venus eux-mêmes spontanément. C’est ce qui explique les difficultés que nous avons rencontrées pour faire revenir des malades qui se négligent, qui ne veulent pas comprendre l'utilité qu’il y a pour eux de les suivre au point de vue sérologique, seule façon de voir si leur maladie est éteinte ou non.
Les ponctions lombaires que nous avons souvent demandées n’ont pas toutes été acceptées. Elles auraient pourtant été, pour beaucoup, la confirmation
d’une extinction totale de leur maladie.
De quelle façon avons-nous examiné nos malades ? L'examen clinique des malades syphilitiques devient rapidement insuffisant. Très précocément on voit les lésions cutanées disparaître et les malades sont encore
loin d’être guéris. On doit donc avoir recours aux
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PROG
méthodes sérologiques pour les suivre. Nous nous sommes contentés de la réaction de Vernes au péréthynol en demandant aussi souvent que possible la réaction de Vernes à la résorcine. Lorsque nous parlerons de la réaction de Vernes sans spécifier dans nos observations, nous entendrons toujours qu'il s’agit uniquement de la réaction au péréthynol pour la syphilis.
Cette méthode nous a permis de suivre les effets du traitement avec des courbes. La valeur de cette réaction a été depuis longtemps mise en évidence par Vernes qui a étudié dans les Annales de l’Institut prophylactique sa valeur comparée à celle des autres recherches sérologiques.
Le même travail a été repris avec la même impartialité par la Docteresse Louise Bujeaud dont les résultats sont strictement superposables.
Si on compare la valeur des multiples réactions sérologiques :
réaction de floculation de Kahn ;
réaction d’opacification de Meinicke ;
réaction d’hémolyse de Hecht.
avec la réaction de Vernes au péréthynol, on arrive à la conclusion suivante ; dans l’ordre décroissant de sensibilité à la maladie et de résistance au traitement
nous avons :
1° la réaction de Kahn;
29 Ja réaction de Hecht ;
30 la réaction de Meinicke
49 la réaction de Vernes.
Les chiffres trouvés avec le photomètre de Vernes oscillent entre 0 et 150 en pratique au maximum
Si nous nous en rapportons au tableau de L. Brocq proposé en 1924 et dont nous rappellerons l’essentiel nous trouvons :
1° que le chiffre o — sérum tout à fait normal ;
20 de 1 à 2 = sérum normal, mais déjà un peu suspect (Si chez le même sujet le chiffre reste constant et au-dessous de 3 il faut considérer ce sérum comme normal ; mais des variations mêmes entre 0 et 3 doivent faire demander au laboratoire d’autres réactions
plus sensibles) ;
30 de 3 à 4 — sur 100 sérums donnant ces chiffres, on trouve approximativement 25 sérums syphilitiques et 75 non syphilitiques. Proportion : 1 /4;
40 de 4 à 5 = sur 100 sérums donnant ces chiffres on trouve approximativement 50 sérums syphilitiques et 50 sérums qui ne le sont pas. Proportion : 1/2;
59 7, 8, 9, 10, 11 — sur 2.000 sérums donnant ces chiffres on trouve approximativement 1.999 sérums syphilitiques, 1 seul non syphilitique.
Au-dessus de ce chiffre le sérum est pratiquement
toujours un sérum syphilitique.
note
Ainsi donc nous pouvons dire avec les plus exigeants que la persistance d’un Vernes variable est en pratique une preuve de syphilisation et que la persistance d’un Vernes négatif pendant plusieurs mois doit absolument avoir la valeur de toutes les autres réactions négativées, à condition que la règle du jalon arsenical soit observée, c’est-à-dire que le traitement se termine par une série d’arsenic au moment où il va être arrêté d’une façon définitive, si les réactions sérologiques restent désormais négatives.
Il va sans dire que la réaction de Vernes a été étudiée dans le liquide céphalo-rachidien aussi souvent que possible. Nous avons toujours pu joindre une recherche du taux de l’albumine et de la formule leucocytaire.
Autant que nous l’avons pu, nous nous sommes entouré de tous les moyens de contrôle possibles. Nous avons pu faire revenir la plupart de nos malades une fois par mois même s’il n’y avait plus de traitement en cours. Nous n'avons jamais eu personnellement la possibilité d’avoir le recul suffisant pour nous rendre compte que la règle des huit mois de Vernes est un dogme intangible. Les quelques observations que nous avons pu suivre très longtemps n’ont pas manqué de vérifier l’exactitude de cette règle.
Par prudence nous aurions peut-être personnellement traité certains malades pendant un temps plus
long.