‹ Du Traitement de l’Ataxie Locomotrice par la SuspensionChapitre 17 sur 18 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Mode d'action de la Suspension

On a invoqué plusieurs hypothèses pour expliquer le mode d’action de la suspension. Toutes reposent sur deux conséquences de la suspension que Motchukowski pense avoir démontrées : ce sont, d’une part, l’allongement de la moelle ; d'autre part, l’élongation des nerfs. Et de fait, elle agit par élongation de la moelle, des racines nerveuses et des nerfs périphériques. Il en résulte des changements utiles dans l’état circulatoire des parties intéressées.

Motchukowsky fit des expériences sur le cadavre, afin de savoir ce que devenaient la moelle, ses enveloppes et les racines nerveuses pendant l'opération. Pour cela, il enleva les apophyses épineuses des cinquième et sixième vertèbres dorsales et, par ces ouvertures ainsi pratiquées, il remarqua que les cinquième et sixième racines nerveuses étaient placées presque horizontales ; sous l’influence de la suspension, elles

devenaient verticales. Marquant alors avec de l'encre des points de repère sur la peau et sur la moelle, il put constater que, durant la suspension, ces rapports changeaient et que la marque qu’il avait faite sur la peau se trouvait à quinze millimètres au-dessus de celle de la dure-mère. C’est pourquoi il fut amené à penser que, durant la suspension, il existe un certain degré de tension de la moelle, du liquide rachidien et des racines nerveuses, les postérieures étant plus tendues que les antérieures. Les membres inférieurs prenaient part à l’allongement ; il existait, en même temps, une élongation du nerf sciatique. L'auteur se demande si la. suspension n'agirait pas à la façon de l’élongation nerveuse et comment agit cette élongation,

De deux façons différentes :

1° Sur le dynamisme des nerfs périphériques ; on n'explique alors que les cas d'amélioration passagère ;

2° Sur la circulation des parties intéressées, il se ferait une circulation collatérale; on peut ainsi expliquer les améliorations durables par une modification dans la fonction de nutrition du nerf étiré.

La physiologie montre que l’élongation n’a pas une influence localisée dans la sphère du nerf opéré, mais donne lieu à des phénomènes généraux.

Tarchanoff constate que l’élongation d’un nerf rerentit sur celui du côté opposé.

Quinquaud, par l’élongation du nerf cubital, obtint une anesthésie des régions influencées par le nerf; par l’élongation du sciatique, il rend la sensibilité au territoire du cubital.

Brown-Séquard fait une hémisection latérale de la

moelle qui occasionne une hémianesthésie ; l’élongation du sciatique fait disparaître cette hémianesthésie et produit même de l’hyperesthésie.

Ainsi l’élongation des nerfs retentit sur la moelle épinière, elle est capable d’en modifier les fonctions. Or, pour Motchukowsky, il y a toujours, pendant la suspension, élongation des nerfs des membres intérieurs. L'action de cette élongation, selon Tarchanoff, augmenterait l’excitabilité du nerf; pour P. Bert, elle aurait une action dynamique, et pour Vost, elle déterminerait un changement dans l’état vasculaire du nerf.

Charcot pense que l'amélioration du tabes est causée par des modifications de circulation de la moelle des méninges et racines nerveuses, soit par accroissement de la circulation collatérale, soit par exagération de la tension sanguine.

Dujardin - Beaumetz dit que, chez l’ataxique, la condition essentielle est de diminuer la congestion méningo-médullaire ; aussi, l’hyds#fférapie est-elle nuisible dans les cas de vrai tabes ; de même la méthode de Pichery qui fait exécuter au malade divers mouvements pendant la suspension. Pour émettre une opininion, il s'appuie sur les expériences de Brown- Sequard, démontrant qu’en pinçant les nerfs intercostaux, on provoque l’anémie de la moelle ; or, pendant la suspension, il y aurait élongation de ces nerfs et par suite diminution de l’afflux sanguin. Ce serait donc par l’anémie de la moelle, diminution de congestion méningo-médullaire et en particulier des cordons postérieurs qu’agirait la suspension.

Vulpian se demande si la méningite spinale ne jouerait pas un rôle et si les cordons postérieurs ne seraient pas comprimés par cette méningite chronique postérieure qui, est d’ailleurs constante.

C'est l'opinion d’Althaus qui montre que les tubes nerveux les plus superficiels ont la plus grande conductibilité ; la suspension agirait en rompant les adhérences et en diminuant la cause de compression, « En outre, ajoute-t-il, la suspension a souvent une influence sur le bulbe, elle stimule les centres vaso-moteurs, cardiaque et digestif ».

Onanoff a pratiqué la suspension chez des sujets bien portants ; il a obtenu une accélération des mouvements respiratoires ; une augmentation de la tension artérielle et une excitation des organes génitaux.

Leyden, Ladame, Erb, Bernheim, de Nancy, veulent bien admettre que les résultats obtenus sont peut-être dus à des causes psychiques, mais ils ne donnent pas d'explication bien nette.

Hanshalter et Adam les rapportent à des phénomènes inhibitoires intéressant les troubles fonctionnels.

Pour Cagney, la suspension diminue la courbure de la colonne vertébrale et par suite la distance qui sépare les apophyses épineuses de la première vertèbre dorsale, de la dernière lombaire ; dans toutela région dorsale les corps des vertèbres tendent à s’écarter par la suspension, tandis que les apophyses épineuses se rapprochent ; il y a donc non pas une élongation, mais un raccourcissement du canal vertébral et de la moelle, raccourcissement maximum au niveau des courbures dorsales, là où prédomine la lésion. Ce relâchement de

la moelle peut avoir une action sur les adhérences méningitiques et sur la circulation. Le relâchement au cou est impossible et la suspension cervico-occipitale non seulement est une manœuvre pénible et dangereuse, mais inefficace. ;

Lombrosoa entrepris un certain nombre d'expériences. pour étudier, dans ses différentes phases, l'influence de la suspension. Il a pendu des lapins sans l’adjonction d'aucun poids : ces animaux ont supporté l’expérience sans autre trouble qu'une augmentation de fréquence du pouls, des mouvements respiratoires et une certaine torpeur passagère à la suite des premières séances. Chez tous, sauf un, il a constaté un allongement de la moelle et de la colonne vertébrale ; il augmenta alors la masse par adjonction de poids. Ces mêmes troubles s’exagérèrent notablement, sans qu’il se produisit de l’accoutumance. Il trouva les méninges et la moelle injectées, surtout dans la région cervicale, et mêmes des hémorrhagies autour du canal central ; dans un cas, il y avait une petite hémorrhagie bulbaire.

Tousles accidents étaient régulièrement proportionnés aux poids ajoutés. Enfin, dans une autre série d’expériences, Lombroso démontre que ces phénomènes congestifs et hémorrhagiques ont leur maximun de fréquence et d'intensité, non au moment de la suspension mais immédiatement après. Il sacrifie les animaux à divers moments de la suspension et constate que le premier effet serait l’anémie de l’axe spinal par tiraillement des vaisseaux, puis après survient une réaction congestive plus ou moinsintense, suivant les conditions de poids et les particularités inhérentes à chaque sujet.

L'opinion de Lombroso est donc intermédiaire aux précédentes ; le premier effet de la suspension est l'anémie de l'axe spinal, suivie d'une réaction congestive.

Nous voyons donc que toutes les opinions ont été émises pour expliquer comment agit la suspension dans le tabes. Celle qui paraît la plus vraisemblable et qui permet de comprendre les améliorations prolongées et durables obtenues avec ce mode de traitement est bien certainement celle qui attribue ces résultats heureux à une modification produite dans la circulation médullaire ; c’est l'opinion que donnaient Charcot et Dujardin-Beaumetz, c’est celle à laquelle nous nous rallions, tout en admettant que la rupture d'adhérences méningitiques, siégeant principalement au niveau des cordons postérieurs, n’est pas sans influencer cette circulation, de même que la résorption d’exsudats, favorisée par les tiraillements.

L'opinion, qui veut que les améliorations soient dues à des phénomènes psychiques renferme peut-être une part de vérité, mais elle n’explique pas la guérison de certains symptômes, ni la disparition complète de quelques-uns. En outre, elle n’est pas en rapport avec cette idée que, si quelques séances de suspension ne donnent pas de résultat, la suspension longtemps prolongée peut agir.

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