CHAPITRE PREMIER
Historique
Jusqu'à ces dernières années, l’ataxie locomotrice avait était l’objet de nombreuses méthodes de traitement. Sans les énumérer ici, les unes, telles que le traitement par la morphine, produisaient une action heureuse sur quelques symptômes et principalement sur les douleurs fulgurantes, si intolérables; mais elle était néfaste à la santé générale des malades, en les rendant morphinomanes.
Le traitement mécanique par la suspension fut donc une étape à la fois nouvelle et heureuse. C’est le hasard, cn peut le dire, qui a révélé ce procédé récent, dont la fortune a été si brillante, la défaveur si rapide, mais qui mérite cependant encore l'attention du médecin.
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En 1883, le docteur Motschutkowsky, d’Odessa, fut un des premiers à appliquer la suspension au traitement du tabes. Une remarque fut le point de départ de ses expériences. Faisant application du corset de Sayre, il constata que la taille s’allongeait pendant la suspension et cet allongement intéressait surtout la colonne vertébrale. Il se posa alors les deux questions suivantes :
1° Comment se comportent la moelle épinière, les méninges, les racines nerveuses vis-à-vis du canal vertébral ;
20 La suspension n’aurait-elle pas une action dans quelques affections médullaires.
Et, de fait, il crut constater des modifications favorables de quelques symptômes et publia alors ses résultats dans le Wratsch.
Ayant essayé la suspension chez 15 ataxiques, 13 furent améliorés. Chez les autres, les résultats furent négatifs.
L'un d’entre eux fut pendu 97 fois ; les résultats positifs furent : la disparition des douleurs fulgurantes, la diminution de l’incoordination, le retour des fonctions sexuelles. Les signes pupillaires et les réflexes rotuliens ne furent pas influencés.
En 1888, seulement, le docteur Raymond, envoyé en mission scientifique en Russie, fut mis au courant des expériences de Motchutkowsky ; il en rapporta les idées en France. Le professeur Charcot patronna, répandit cette méthode, et il n’en fallut pas plus que l’autorité de ce maître pour répandre et vulgariser rapidement le procédé. Dans une de ses leçons du mardi,
Charcot donne les résultats qu'il obtint par la suspension. Pour lui, c’est surtout au début du tabes que l'amélioration se fait sentir : on constate une diminution de l’incoordination, l'amélioration des troubles vésicaux, le retour des érections et des désirs génésiques. L'action sur les douleurs fulgurantes serait plus contestable ; il a cependant observé leur diminution. «Ce traitement, ajoute-t-il, donnerait son maximum d'amélioration entre les dix et douze premières séances et présenterait une innocuité pendant 400 séances. Pas d'accidents, pas d’aggravation ».
Après lui, la suspension devint le sujet d’expérimentations dans un grand nombre de cliniques à Paris et à l’étranger et cette méthode, qui avait mis cinq ans à être révélée au personnel médical, tomba au bout de quelques jours dans le domaine public.
Partout alors, en Amérique, en Suisse, en Allemagne et en Angleterre, les expériences se multiplient et les observations abondent.
En Amérique, Dana traite 6 ataxiques par la suspension et constate la diminution des douleurs dans les membres inférieurs et de l’incoordination. « Ce traitement, ajoute-t-il, est né de l'idée du traitement des affections périphériques douloureuses par l’élongation des nerfs. »
À peu près à la même époque, Morton et Hammond obtinrent, après 200 suspensions chez 6 ataxiques, les mêmes résultats, mais persistance de l'abolition des réflexes. Waitzfelder publie 6 cas dans le Medical Record.
Mitschell s'occupe particulièrement du manuel opératoire.
Stewart voit également une amélioration de l'incoordination et des douleurs fulgurantes, mais il prétend qu’elle est plus rapide et plus marquée dans les cas chroniques.
En Allemagne, Bernhardt cite des cas où la suspension provoqua des lipothyrmies et attaques épileptiformes.
Benedikt remarqua qu'après la suspension, les mouvements devenaient plus libres; jamais les troubles oculaires n’ont subi de modifications.
Rosenbaum cite 61 malades ayant subi chacun 2,100 suspensions ; 25 ontété très notablement améliorés. Les accidents le plus favorablement influencés ont été l’inappétence, l’amaigrissement, les douleurs, l'ataxie, les troubles génitaux, la privation de sommeil. Il n’a pas noté d'amélioration des symptômes oculaires. Ce sont les malades qui ont un poids au-dessous de la normale qui supportent le mieux le traitement.
Guttmann signale dix cas de tabes : chaque malade a été suspendu 20 à 60 fois, une demi-minute à chaque séance. Chez 5, amélioration de tous les symptômes ; chez les 5 autres, ni amélioration ni aggravation.
Betcherew, dans la Veurologie Centralblatt, rapporte que la suspension par la tête et le coude est supérieure à celle pratiquée par les aisselles et qu’elle détermine une amélioration durable de la démarche, une augmentation de la force et la disparition des troubles vésicaux et intestinaux. Elle est contre-indiquée si le processus morbide se caractérise par une forte hyperesthésie de la région dorsale et s’il existe de la douleur produite par un mouvement, même léger, du rachis.
En Italie, Lombroso fait des expériences ; il pratique la suspension chez des lapins et donne son opinion sur le mode d’action par ce traitement.
Altichieri publie 128 cas qui ont présenté des améliorations concernant divers symptômes. Il a eu six cas de mort; dans ces cas, la suspension avait été faite sans la présence d’un médecin. Il ajoute qu’on peut employer la suspension contre tous les symptômes du tabes : troubles oculaires, vésicaux, viscéraux, et que les accidents indiquent seulement qu'il faut une surveillance attentive du médecin et une étude minutieuse des contre-indications.
De Renzi, dans la Revista clinica therapeutica d'août 1889, cite quelques cas de tabes traités par la suspension.
L'Angleterre participe aussi, par ses travaux, à l'étude de la suspension dans l’ataxie.
C'est, tout d’abord, Robert Saundby, médecin de l'hôpital de Birmingham, qui rapporte trois observation d’ataxiques, traités par la suspension. Il constate la diminution des douleurs, de l’incoordination et de l'incontinence d’urine. « Les résultats sont frappants, dit l’auteur, et, comme il n’y a aucun inconvénient dans ce mode de traitement, j'ai l'intention de poursuivre mes expériences. »
Il n’en est pas de même de Taylor, dont les opinions sont défavorables à ce traitement ; 1l donne 21 cas de tabes, traités à l'hôpital de Queen-Square et où il n’a obtenu aucun résultat. « Néanmoins, ajoute-t:il, si l’on se base sur tous les cas publiés, on voit que la suspension produit une amélioration dans F5 de tabes. »