FAITS NOUVEAUX
Je rangerai les faits que je vais rapporter dans l'ordre que j'ai déjà suivi ; ce seront d'abord les cas d'engorgements strumeux simples, puis les ophtalmies scrophuleuses; viendront ensuite les tumeurs strumeuses ulcérées , et les caries des articulations.
1" FAIT. — Bodineau, Rosalie, neuf ans, Angers. Lèvres et ailes du nez grosses, yeux bruns, cheveux châtains, peau molle, embonpoint assez prononcé.
Cette jeune fille a été traitée et guérie d'une ophtalmie scrophuleuse par les feuilles de noyer, au mois de juin 1840. Le traitement avait exigé vingt-six jours. Je n'avais
pas mentionné ce fait dans mon premier mémoire, parce que cette enfant n'avait pas été ramenée à ma consultation.
Le 16 juin 1843, engorgement considérable des ganglions sous-maxillaires des deux côtés ; l'œil droit est malade, les conjonctives palpébrales et oculaires sont boursoufflées; plusieurs taches leucomateuses existent sur les cornées ; il y a photophobie.
Le traitement par le noyer a commencé le même jour.- (Sirop, infusions de feuilles fraîches, purgation de dix en dix jours avec le sulfate de magnésie.)
La guérison était complète au cinquième mois du traitement. L'histoire de l'ophtalmie sera rapportée plus loin.
2'^ FAIT. — Gend..., cordonnier, place Sainte-Croix, Angers, 17 ans; grande taille, peau blanche, formes efféminées, lèvres grosses, cheveux châtain-clair, indolence habituelle, bon appétit, bon sommeil.
Sous les oreilles, deux tumeurs du volume d'un œuf, empâtées, dans lesquelles existent quelques noyaux plus fermes que le tissu ambiant. Ces engorgements existent depuis six mois; ils se sont accrus lentement.
Le traitement par les feuilles de noyer a commencé le 15 juillet 1843. Il a consisté en infusions de feuilles fraîches, avec sirop, aucun topique; bains de rivières, trois par semaines ; un repas de viande chaque jour.
Vingt jours de ce traitement ont suffi pour diminuer les tumeurs cervicales des deux tiers de leur volume. Le malade, qui doit se rendre à la Rochelle, prendra des bains de mer et continuera l'usage des feuilles du noyer.
Le fait offre un exemple d'une influence rapide du traitement; ce résultat n'est pas ordinaire, comme je l'ai déjà fait remarquer. J'ai été consulté pour plusieurs autres malades affectés d'engorgements semblables. Je ne
les ai plus revus ; je peux supposer qu'ils ont obtenu une amélioration dans leur état.
OpSstlialixsîcs scrophulcuses.
J'ai recueilli six cas d'ophtalmies traitées et guéries par les seules préparations de feuilles de noyer ; en voici l'iiistorique succinct.
!"■ FAIT. — Bovineau, Rosalie, âgée de neuf ans (j'ai parlé plus haut de sa constitution). Une ophthalmie scrophuleuse intense, frappa la malade au mois de juin 1843. Cette enfant était en même temps affectée d'engorgement gangUonnaire au cou.
Le seul topique dont on se soit servi, comme traitement local, a été, de même que l'année précédente, le collyre indiqué dans le premier mémoire. L'affection des yeux ne dura pas un mois.
2' FAIT. — Poir...,Emma,de Cholet,âgée de quatre ans et demi, est affectée depuis dix mois d'une double ophthalmie, que Taspect des yeux, les traits du visage et la constitution du sujet me firent qualifier de scrophuleuse.
Cet enfant avait été infructueusement traité dès le début de son affection. Les moyens mis en usage consistèrent en apphcations de sangsues répétées , en vésicatoires à la nuque et aux bras, en purgations à plusieurs reprises. Le régime alimentaire fut adoucissant et les boissons émollienles.
Je vis la malade le 12 août 1843, il lui était impossible de supporter la plus faible lumière. Cette photophobie, qui remontait aux premiers jours de l'affection ^ n'avait été aucunement modifiée par les traitements anié-
rieurs. Les yeux, à l'extérieur, étaient gonflés, chauds et larmoyants. Je ne pus parvenir à en écarter les paupières; les tempes, le front et le cou étaient parsemés de boutons croûteux.
La petite malade fut soumise au traitement par les feuilles de noyer, à partir du 16 août 1843. Elle prit, chaque jour, trois cuillerées à bouche de sirop de feuilles de noyer et trois tasses d'infusions de feuilles fraîches; les yeux furent bassinés trois ou quatre fois dans les vingtquatre heures avec le collyre que j'ai indiqué.
L'enfant éprouva un mieux-être général, dès le dixième jour du traitement; le vingtième, elle put ouvrir les yeux, elle se promena à partir de ce jour, la tête enveloppée d'un voile vert. Je conseillai l'usage des bains de mer qui furent continués jusqu'au 15 du mois de septembre; à cette époque, la santé générale est bonne, la transparence des cornées n'est pas parfaite et l'enfant souffre encore quand on tient les paupières écartées quelques instants ; elle fronce les sourcils , lorsqu'elle marche au grand jour; du reste, elle voit les objets les plus petits. 3'ai conseillé de continuer les préparations de feuilles de noyer à l'intérieur, pendant l'hiver.
On pourra dire que la guérison n'est pas , dans ce fait, le résultat du traitement par le noyer et qu'on doit l'attribuer surtout aux bains de mer ; les faits suivants répondront à cette objection.
3* FAIT. — Joubert, Rosalie , enfant de 10 ans, habitant la maison des dames Augustines, a été traitée presque exclusivement par les sœurs de cette communauté.
« Elle portait d'horribles plaies sous les deux oreilles; les yeux surtout étaient fort malades depuis deux ans et demi , elle ne pouvait aucunement les ouvrir. îl s'écoulait
d'entre les paupières des larmes l)rulanles. « Ce sont les paroles de la sœur qui a foit suivre le traitement.
Les yeux ont été soigneusement lavés avec la décoction de feuillesde noyer. L'extrait de ces feuilles fut administré en pilules, quelquefois, mais rarement en sirop. L'enfant a été entièrement guérie de tous ses maux en moins d'un mois, et depuis plus de deux années, sa santé a constamment été parfaite. Les cicatrices des plaies du cou sont blanches et solides. J'ai vu la petite Joubert le 27 septembre 1843. Tous les traits rappellent ceux de la race noire; elle a les signes d'une bonne santé, et ses yeux ne conservent aucune trace de l'afifection dont ils ont souffert si longtemps.
4^ FAIT. — Au mois de juillet 1843, au village de Quincé, près Brissac , je fus consulté pour une malheureuse jeune fille qui, depuis plusieurs années, sans être ^ aveugle , ne pouvait ouvrir les yeux. En examinant cette enfant, éminemment scrophuleuse, je reconnus une grave affection pour laquelle le traitement par les feuilles de noyer devait être efficace. Je prescrivis les infusions de feuilles fraîches de noyer, le sirop à l'intérieur, et le collyre de la décoction de ces feuilles pour seul topique.
J'appris, indirectement, vers la fin du mois de septembre, que l'enfant de Quincé allait beaucoup mieux et courait les chemins. Je m'adressai à M. le docteur Reullier, médecin du lieu , afin d'obtenir quelques renseignements certains sur la petite malade. Voici les notes qui m'ont été transmises par cet honorable confrère : « Eléonore <f Pelu, âgée de dix ans, était malade depuis six ans; » depuis six années aussi, la petite a suivi plus ou moins » assidûment un traitement par les amers (houblon, gen- » tiane, etc.), les sangsues, les révulsifs, etc. C'est pen-
» dant la durée de ce traitement qu'elle a perdu complé- » tement l'œil gauche ; quelquefois mieux , quelquefois » plus mal, je ne l'ai jamais vue aussi bien qu'au- » jourd'hui.
« Le traitement commença le lendemain de votre pas- » sage. Après vingt jours du traitement, l'œil droit a » perdu de sa rougeur; le nuage de la cornée a sensible- » ment diminué d'étendue , mais la rougeur, l'inffamma- » tion de Tœil gauche sont à peu près les mêmes. C'est » à cette époque que le grand jour put être supporté.
» Aujourd'hui, j'aperçois encore, avec grande peine, « un petit nuage à la partie la plus déclive de la cornée; je » pense que sous quelques jours^ il ne sera plus possible » de l'apercevoir.
» La santé générale n'a rien gagné, rien perdu; la » petite scrophuleuse ne s'est jamais plainte que de ses » yeux. La constitution de l'enfant est éminemment scro- >' phuleuse. La face est bouffie et c'est avec plaisir que » je vous transmets sans retard ces renseignements. — » 28 octobre 1843. » M. le docteur ReulUer a traité la petite malade.
Depuis cette époque , la jeune Pelu a pu apprendre à lire , à écrire. Elle est devenue une ouvrière habile.
5' FAIT. — Marie X., fille-mère, reçue à la salle d'accouchements dans le huitième mois de sa grossesse (juin 1843).
Cette fille est âgée de 24 ans; elle est grande, forte; ses lèvres sont épaisses , les uiles du nez sont larges et grosses. A son arrivé© à la salle, les deux yeux sont fermés et contractés violemment. Ils ne pouvaient en aucune façon supporter la plus légère lumière, des larmes abondantes et acres coulaient sur ses joues ; la malade tient
comtamment ses mains appliquées sur ses yeux , quoiqu'elle soil renfermée par des rideaux épais d'éloife verle.
Celle affeclion si douloureuse est la Iroisième qu'éprouve celle malade. Les deux premières durèrent fort longtemps ,- elles laissèrent, après elle, sur les deux cornées, des opacités assez considérables pour diminuer sensiblement la vision.
11 fut impossible d'écarter les paupières. Le 10 juin, saignée du bras, et, le lendemain, trois verres d'eau de Sedlilz. Le traitement par le noyer commença le 13. (Infusions avec sirop, collyre opiacé.)
La saignée ne parut avoir aucune influence, au moins immédiate , sur la photophobie , car les yeux semblèrent presqu aussi im'pressionnés par la lumière , jusqu'au sixième jour du traitement.
Ce fut à partir du lendemain, septième jour, que la malade commença à ressentir une diminution dans ses souffrances. Elle put alors bassiner ses yeux avec plus de facilité, mais elle restait toujours renfermée dans ses rideaux.
Le douzième jour du traitement je pus écarter les paupières ; les cornées n'avaient plus leur transparence normale; la malade, cependant, disait y voir presqu aussi bien qu'avant cette dernière attaque ; ses yeux, disait-elle, avaient de nombreuses taies.
Au 16' jour du traitement, la malade put être considérée comme guérie. Son accouchement eut lieu sans accidents au terme normal. Lorsqu'elle sortit de l'hospice, le huitième jour après sa délivrance, elle pouvait soutenir tout l'éclat du jour ; elle s'était promenée dans le jardin sans garde-vue.
6" FAIT. — La fille cadette du Receveur de l'octroi au
faubourg Bressigny, à Angers, était réduite au même état que la fille dont je viens de parler. Dans l'espace de trois années, elle fut soumise, par plusieurs médecins de la ville, aux différents traitements dépuratifs et amers, aux sétons, cautères; en un mot, à tous les moyens autres que l'emploi du noyer; ils avaient tous été impuissants.
Quatre mois' du traitement par les préparations de noyer suffirent à la guérison de cette jeune fille, qui a pu être éduquée, et apprendre l'état de lingère. Les cornées sont sillonnées de nombreuses cicatrices qui permettent encore une vue suffisante pour des ouvrages délicats.
On a vu par ces faits, fidèlement rapportés, que le mal avait toujours cédé assez prompement au traitement. Ils répondent péremptoirement aux réflexions de M. le docteur Cunier (archives ophthalmologiques, mai 1841, page 74-75) qui , sans aucun fait contradictoire , et sur cette seule recommandation que je fais « d'être persévé- » rant dans l'emploi du moyen » en a conclu « que les » remèdes vantés ne sont pas plus héroïques que tant » d'autres exaltés et abandonnés tour à tour. »
Comme on le voit , je suis persévérant aussi à reproduire des faits confirmatifs des succès annoncés , et je persiste à dire que dans les cas d'ophthalmies tels que ceux dont j'ai parlé , il est fort rare d'obtenir une cessation, et je puis dire la guérison, en un temps aussi court, (de seize à vingt-six jours), par tout autre traitement, voire même parles sétons associés à l'hydrochlorate de baryte , que conseille M. le docteur Payan.
Ces guérisons par le noyer fixeront l'attention, et je désire vivement, qu'à mon exemple, mes confrères veuillent bien rendre compte des résultats de leur pratique.
Engorgements strumcux ulcérés.
1" FAIT. — Gabrielle Marbrault, six ans" bien développée, lissu cellulaire abondant, peau colorée et brune, yeux bruns. Cette enfant habite depuis sa naissance, un quartier bas et humide, inondé chaque hiver.
Ganglions du volume d'un œuf, abcédés, sous la mâchoire. Les bords des plaies sont profondément décollés et violacés. L'affection remonte à trois ans. Les traitements ordinaires ont été sans succès. L'enfant a souvent de la fièvre, elle manque d'appétit depuis longtemps.
Le traitement par les feuilles de noyer a commencé le 7 mars 1842. Après un mois son effet était déjà remarquable, et la cicatrisation des plaies était achevée à la fin du quatrième. Gabrielle n'a pas éprouvé de rechute, elle est vigoureuse aujourd'hui.
Dans ce fait, je pense qu'on doit attribuer la rapidité de la guérison au bon état du sujet. Il est à remarquer aussi que, bien que d'un tempéramment sanguin, les feuilles de noyer n'ont pas causé de surexcitation fâcheuse pendant les premiers jours de la médication, au con~ iraire, la fièvre cessa et Fappétit revint promptememt.
2^= FAIT. — En rapportant ici l'histoire d'une malheureuse femme dévorée, comme le jeune Landrin, par l'affection scrophuleuse , mon but est de démontrer encore une fois, que, même dans les cas les plus désespérés, les préparations de noyer n'ont pas perdu toute leur action.
La femme Boujean , trente-cinq ans, faubourg Saint- Lazare, est afïectée de la scrophule depuis son enfance. Elle porte depuis huit mois des ulcérations qui ont détruit la peau en cent endroits, aucou, aux bras, à la poitrine,
au venlre, et à ce poini que les extrémités inférieures sont les seules parties qui ne portent pas des plaies larges ou des cicatrices non moins étendues.
Celte femme a été successivement traitée par plusieurs médecins de la ville, soit chez elle, soit dans les hôpitaux. Quand elle réclama mes soins, en décembre 1842, elle portait une vaste plaie occupant la moitié supérieure de la poitrin?, en avant. Celle ulcération, déjà ancienne, avait dix-sept centimètres dans le plus petit de ses diamètres; le cou était également sillonné par plusieurs plaies de moindre étendue. Toutes ces surfaces suppuraient abondamment et minaient les forces de la malade. Une fièvre hectique était la conséquence de l'irritation de ces ulcères, et, sans doute aussi, d'une affection des poumons, que révélait une toux fréquente et des crachats puriformes.
Le traitement par le sirop et les infusions de feuilles de noyer, commença le 5 décembre 1842 , il fut continué régulièrement pendant trois mois.
A la fin du mois de février 1843, presque toutes les surfaces ulcérées étaient cicatrisées; il ne restait que deux plaies sèches, l'une à la poitrine et l'autre au cou, n'ayant pas plus de trois centimètres de largeur; mais les symptômes de la phlhisie tuberculeuse s'étaient progressivement aggravés pendant cette cicatrisation si peu attendue. La malade succomba dans le mois suivant.
Ce fait est un nouvel et remarquable exemple de l'action favorable du traitement que je préconise. On ne peut pas nier qu'il n'ait soutenu les forces et ranimé momentanément l'économie, de telle sorte, qu'on a pu voir la cicatrisation de vastes plaies dont la suppuration avait grandement contribué à épuiser les forces de la malade. Les préparations de feuilles de noyer, à grandes doses,
n'ont point amené plus d'excitation dans Jes organes de la poitrine; en un mol, la marche de la plilhisie n'a pas paru hcitée un seul instant, par cette médication. Je n'ai point observé, il est vrai, sur la femme Boujean, ce que j'ai cru remarquer chez quelques enfants phlhisiques de l'hospice, et, surtout, chez Louise Leseur, c'est-à-dire une amélioration si complète dans leur état général, et je dirai même, dans l'état des poumons, que je pus croire alors, que l'administration du noyer, auquel j'avais associé l'huile de foie de morue, avait suspendu le travail de désorganisation dont les organes de la respiration étaient le siège.
3"= FAIT. — M"' X., de Morlaix (Basse-Bretagne). Jeune fille de 19 ans, embonpoint remarquable, peau brune, cheveux noirs, grands et beaux yeux bleus, brillants et humides ; ailes du nez épaisses, lèvres grosses et vermeilles.
M"^ X. est affectée d'engorgements strumeux des ganglions lympathiques de la partie interne des deux extrémités inférieures ; cette affection a commencé à l'âge de six ans. Ces tumeurs se sont successivement abcédées et cicatrisées, il en est résulté une tuméfaction avec épaississement de la peau, aux pieds, aux jambes et aux cuisses, sur toute leur paroi interne. Celte affection, de nature évidemment scrophuleuse , a été successivement et infructueusement combattue par tous les médicaments prônés comme capables de guérir ce mal rebelle. Plusieurs fois les nombreuses plaies se cicatrisèrent pour quelques mois seulement^ et de nouveaux engorgements furent suivis de nouvelles plaies. On avait presque désespéré de la guérison , lorsque le mémoire que je fis paraître en 1841, détermina à tenter les préparations de noyer. > ^
Je fus consuUé par écrit et dirigeai le nouveau traitement. A l'intérieur, sirop et infusions de feuilles fraîches de noyer; pour les moyens externes, j'insistai particulièrement sur les bains et lotions avec la décoction de ces feuilles.
Sous rinfluence de cette médication , tous les ulcères se sont successivement cicatrisés, et, cette fois d'une façon durable, si je puis en juger par l'état actuel des cicatrices et de leur bonne coloration. On ne trouve maintenant aucune tuméfaction avec induration de la peau, aucune de ces nodosités qui, par le passé, présageaient de nouvelles plaies.
Le traitement a été continué pendant dix mois consécutifs. Pendant cette médication très active, la malade prit les bains de mer.
J'ai vu M"' X. en mai 1843, depuis longtemps il n'existe plus de plaies; sa santé générale n'avait jamais été aussi bonne, lors des cicatrisations momentanées antérieures. La menstruation est régulière et abondante, ce qui n'avait jamais eu lieu jusque-là. Les nombreuses cicatrices ont affaibli la peau; on la soutient aujourd'hui par des bas et des cuissards de peau lacés.
Ce fait offre un exemple assez rare de l'une des formes de la scrophule ; M'^' Labatte dont j'ai rapporté l'observation, et Louise Bélanger (57' fait), sont les seuls cas qui se soient offerts à mon observation.
Gonflements et caries scrophuleuses des os.
1" FAIT. — L'Eperon, Joseph, enfant de quatre ans; chélif , maigre , est affecté : 1° de gonflement des trois premiers os métacarpiens de la main droite,
2" d'une afleclion semblable du premier os du métacarpe de la main gauche; 3" du gonflement de l'articulation du coude (cubito-humérale) du même côté , avec plaie fistuleuse par laquelle plusieurs fragments osseux ont été expulsés.
Tel est l'état de l'enfant qui, depuis deux ans , ne peut se transporter d'un lieu a l'autre qu'en se traînant à quatre pieds.
Le traitement par le noyer a commencé le 1" septembre 1841 ; il a été continué régulièrement jusqu'au 1" avril 1842. A cette époque, les plaies du pied droit étaient cicatrisées, l'enfant marchait seul depuis plusieurs mois, la plaie fîstuleuse du coude ne donnait plus aucune suppuration (l'articulation commence à s'ankyloser), les plaies aux mains étaient presque sèches, le tissu des cicatrices est resté violâtre, la santé générale est bonne; l'appétit est considérable.
Depuis un an, j'ai perdu de vue ce petit malade qui avait déjà tant obtenu du traitement.
2^ FAIT. — Jeanne Fiacre, de la Bohalle, âgée de 16 ans; grande, mince, non menstruée. Elle est atteinte depuis deux ans d'un gonflement des deux malléoles du pied droit. La malléole interne est recouverte d'une plaie fongueuse et violacée de trois centimètres de largeur.
L'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil de ce même pied, est beaucoup plus volumineuse que cette même articulation à l'autre pied. Le plus léger mouvement cause une vive douleur, toutes les chairs du pied sont œdématiées et indurées.
Le traitement général par les feuilles de noyer a commencé le 12 juillet 1843; les bains locaux dans une forte décoction, ont surtout été multipliés.
Le 7 août, après vingt-cinq jours du trailement, la santé générale est parfaite. La jeune fille a déjà repris un peu de fraîcheur et de la gaité ; la plaie n'est plus qu'un bourgeon mollasse, le pied est revenu à son volume normal , la marche n'est pas douloureuse, les règles ne sont point encore apparues; le traitement sera continué.
3' FAIT. — Joséphine Gidouin, de la Bohaîle, treize ans, haute taille, maigreur extrême, aucun signe des approches de la puberté.
A neuf ans , le genou gauche se gonfla considérablement après des accès de fièvres intermittentes; les ganglions sous-maxillaires se tuméfièrent presque simultanément.
Un an après, il se forma un foyer de suppuration sur Farticulalion du genou; il fut ouvert par la lancette; beaucoup de matière s'en écoula. Cependant la tumeur s'ulcéra spontanément dans trois endroits. Les quatre plaies ont suppuré pendant dix mois consécutifs, puis elles se sont cicatrisées pour un mois, environ.
Un peu plus tard, le genou , resté volumineux, devint très douloureux ; une nouvelle collection purulente se fit encore jour par plusieurs ouvertures. La douleur privait la malade de tout sommeil, une fièvre continue minait incessamment ses forces. Au-dessus et au-dessous du genou, la cuisse et la jambe étaient atrophiées; l'appétit était complètement perdu; une tristesse profonde accablait la jeune malade.
Le traitement par le noyer fut commencé le 10 septembre 1841. Le genou avait soixante-cinq centimètres de circonférence; le plus léger mouvement arrachait des
cris p(3iv.nnts. A la fin de ce rrieaio mois, la malade avaTl obtenu du repos et un mieux elre général.
Le 14 décembre (après trois mois de traitement), le genou ne donnait plus que quarante-quatre centimètres. Une seule des plaies suppurait encore, les deux autres étaient cicatrisées. L'articulation parait s'ankyloser. Si on lui imprime quelques mouvements on fait naître encore de vives douleurs. Depuis longtemps déjà la malade n'a plus de fièvre, elle dort bien, la peau du genou i\ repris sa coloration naturelle; on peut dire que l'embonpoint renaît.
Après huit mois de traitement, le 27 avril 1842, le genou n'a plus que 35 centimètres de pourtour. Toutes les plaies sont cicatrisées; la santé générale est excellente.
(Août 1843). La guérison s'est soutenue; depuis six mois la malade peut marcher sans béquilles^ elle boîte légèrement. L'articulation, qui n'avait presque aucun mouvement, en permet aujourd'hui d'assez étendus, qui se font sans douleur. Le genou est cagneux, recouvert de six cicatrices rayonnées blanches , solides , et 7ion complettement adhérentes. La jambe et la cuisse sont restées plus minces que celles du côté droit.
Je dirai en terminant cette observation, qu'un docteur instruit de Beaufort, consulté sur la situation de la malade peu de temps avant l'emploi du traitement par le noyer, avait proposé l'amputation de la cuisse comme le seul moyen de salut.
4* FAIT. — Gaultier, enfant de dix ans, maigre, actif, n'ayant aucun des caractères de physionomie des sujets scrophuleux, fut atteint, il y a deux ans, d'un gonflement du premier os du métacarpe de la main gauche. L'extrémité articulaire de cet os et celle de la première pha-
îange qui lui correspond, se tuméfièrent et devinrent le siège d'une carie profonde. La plaie fistuleuse qui en e&t résultée s'est ouverte en dehors de l'articulation. Les mouvements sont très douloureux. En donnant aux os malades un mouvement en sens contraire, on détermine un bruit de frottement rugueux , tel que celui qui résulterait du contact des surfaces dénudées de leurs cartilages.
Le petit malade a été très longuement et infructueusement traité par les moyens ordinaires. Un chirurgien pensa qu'on devait nécessairement amputer le pouce; les parents effrayés m'amenèrent l'enfant.
Le traitement par le noyer fut commencé le 15 juin 1843 (sirop, infusions, bains locaux et généraux dans Teaia de noyer).
Celte médication fut suivie exactement pendant trois mois; elle fortifia la santé générale; l'enfant acquit de la force, de la gaieté, mais quant à son action sur la maladie du pouce, elle fut presque nulle. L'articulation, dans la totalité diminua un peu de volume, elle devint moins douloureuse. La plaie resta la même, et l'on continua d'entendre la crépitation en frottant, l'une contre l'autre, les surfaces articulaires.
Celte résistance à l'action des préparations des feuilles de noyer est rare. Je ne l'avais rencontrée qu'une seule fois avant ce fait. Le premier sujet, Vincent Nau, qui fait partie de la quatrième série du premier mémoire, était aussi lui un enfant de constitution sèche, d'un caractère pétulant, n'ayant aucun des caractères de la diathèse scrophuleuse. Chez lui , l'os avait repris à peu près son volume normal ; on supposa qu'il était enveloppé d'un séquestre. Chez Gaultier, le gonflement des têtes articulaires qui annonce un ramollissement , laisse espérer encore de voir le mal céder tôt ou tard.
REStJIflE: CÎEIVER.tli.
Les nombreux faits que j'ai rasseniblés dans ces deux mémoires, offrent, je crois, des exemples de toutes les affections qu'on est convenu de désigner par l'épithète de scrophuleuses. Elles portent, véritablement, un caractère commun, qu'on ne peut exprimer par des paroles, mais sur lequel un praticien ne peut se méprendre. Il ne peut donc pas y avoir d'équivoque sur Taffection prolhée , à laquelle j'ai appliqué le traitement tonique, dépuratif, spécial, comme on voudra l'appeler, dont j'ai rapporté les résultats.
Dans le premier mémoire j'ai signalé trente-quatre guérisons radicales sur cinquante-cinq sujets traités. La proportion favorable est encore plus remarquable dans le second mémoire , dont les sujets choisis présentaient des affections plus graves.
Parmi les cas nouveaux du second mémoire , on remarquera la prompte guérison de tous les sujets affectés d'ophthalmies, et parmi les caries scrophuleuse, l'histoire remarquable de Joséphine Gidouin , dont le genou était affecté de ce qu'on nomme tumeur blanche avec ulcération. La guérison fut obtenue sans autre traitement que l'usage des préparations des feuilles de noyer.
Je résumerai, dans les conclusions suivantes, les remarques que j'ai faites, depuis plus de six années, sur le traitement que j'ai mis en usage.
1° Les affections dites scrophuleuses, sont en général radicalement guéries par l'usage des préparations de feuilles de noyer.
2° L'action de cet agent thérapeutique est assez constante pour qu'on puisse compter sur la guérison des trois quarts des sujets traités par cette médication.
3° L'action de ce traitement est généralement lente; il faut de vingt à cinquante jours, selon la nature des symptômes et la constitution des sujels, pour que les premiers effets en soient sensibles.
A° Les sujets guéris par les préparations de feuilles de noyer conservent, presque tous, la santé qu'ils ont obtenue sous l'influence de ce traitement ; on voit peu de rechutes.
5° Les premiers effets du traitement sont généraux. L'influence de la médication sur les symptômes locaux ne se manifeste que plus tard.
6° Les effets des préparations de noyer sont presque nuls sur les sujets d'un tempérament sec et nerveux.
1° Jusqu'à ce jour, les ophthalmies dites scrophuleuses, ont été sûrement et plus rapidement guéries par les préparations de feuilles de noyer, que par toute autre médication.