CHLOROSE PRÉCÉDANT LÀ PREMIÈRE HÉMORRAGIE MENSTRUELLE
11' FAIT. — Olive Pélan, âgée de dix-sept ans, chétive, maigre, de santé languissante, n'a point encore été menstruée ; son teint est d'une pâleur verdâlre. Cette jeune
fille éprouvait journellement des douleurs musculaires dans les extrémités inférieures, souvent aussi des crampeselle était tourmentée constamment de gastralgies ; plus de sommeil, pas d'appétit; l'apathie était extrême.
Le 1" mai 1838, je soumis la malade au traitement suivant : chaque jour, trois tasses d'infusion de feuilles fraîches de noyer, avec sirop de guimauve, caleçons de flanelle. Avant la première quinzaine écoulée le sommeil était excellent, les crampes et la gastralgie avaient disparu , l'appétit était revenu et avec lui la gaité \ les digestions étaient bonnes.
Le 5 juin, Olive fut réglée pour la première fois et sans aucun accident. Cette hémorrhagie a reparu régulièrement depuis cette époque.
12'= FAIT. — Minaud, Marie, vingt-quatre ans, élève sagefemme du département de la Vendée, est arrivée à l'école de la Maternité, à Angers, dans l'état de santé suivant : Les règles ont cessé de paraître depuis six mois, la cause de cette aménorrhée n'est pas connue. Marie est d'une pâleur jaune-verdâtre , elle conserve encore un peu d'appétit , son embonpoint a peu souffert. Traitement : trois cuillerées de sirop de noyer par jour; caleçons de laine. La menstruation a reparu le vingtième jour du traitement, et bientôt avec elle, tous les signes d'une florissante santé C).
(*) Je puis ajouter , aujourd'hui , plus de dix faits aussi péremptoires que ceux que je viens de rapporter ici. Ce même traitement a été suivi d'un prompt et salutaire effet, chez quelques jeunes filles nubiles venant de la campagne , dont la menstruation avait été suspendue à leur entrée dans un pensionnat; dans ces cas le caleçon de laine est un puissant adjuvant.
DEUXIÈME SÉRiE.
Ophtbalnoies scrophuleuses.
Je ne rechercherai point s'il existe véritablement une ophthalmie scrophuleuse ou s'il ne faut voir dans cette afFection , dont les caractères diffèrent si grandement de ceux des phlégmasies ordinaires , qu'une simple inflammation des membranes de l'œil. Je me bornerai à faire connaître le nouveau traitement que j'ai employé pour guérir cette affection rebelle ^ en engageant les praticiens à suivre mon exemple.
Cette seconde série ne se composera que de quatre faits (*) • j'aurais pu en rapporter sept , mais comme chez les trois derniers >^ujets, l'opthalmie n'était pas le symptôme scrophuleux prédominant, j'ai laissé leur histoire dans la série à laquelle elle appartenait plus naturellement^ tels sont les exemples d'Anne TrufTier et de Jeanny Toulon, classées dans la première série et de Sidoni^- Berloquin , appartenant à la troisième.
13'^ FAIT. — Aimée l'Enfant, âgée de 8 ans, petite fille chétive, portant depuis son extrême enfance de nombreux ganghons strumeux autour de la mâchoire et du cou. Aimée a la peau blanche, les ailes du nez et les lèvres sont grosses et gercées , les yeux très grands et les cils démesurément longs : ces derniers étaient comme touffus à leur pointe. L'œil gauche devint malade le 20 août 1839.
(') Actuellement , j'en pourrais compter dix autres , qui tous peuvent corroborer ce que j'ai avancé à l'époque de ce premier^travail.
La coriKJC se ramollit el s'ulcéra sur plusieurs points; une photophobie très pénible se manifesta prcsqu'au début de l'affection.
Premier traitement: Saignée du bras 250 grammes, dès le soir du môme jour dix sangsues sous la paupière inférieure; pédiluve sinapisé, boissons émollientes; un séton h. la nuque fut passé le A" jour; l'œil fut baigné dans une décoction de racine de guimauve blanche et de feuilles de belladone. Le séton fut entretenu pendant deux mois; on continua les topiques émolliens et narcotiques; îa petite malade fut constamment tenue dans l'obscurité et plusieurs fois purgée avec l'eau de Sedlitz ou les pastilles de calomélas à la vapeur.
Ce traitement énergique n'eut d'autre résultat que de faire perdre à la conjonctive sa coloration d'un rouge vif; elle devint pâle et violacée , l'œil semblait avoir diminué de volume. 11 existait bien plusieurs petites ulcérations à la cornée, mais je ne pense pas cependant qu'il y ait eu écoulement des humeurs de l'œil ; au moins je ne vis pas de perforation.
Traitement par les préparations de noyer. Il commença le 15 octobre 1839; l'enfant prit chaqne jour 32 grammes de sirop et deux verres d'infusion de feuilles fraîches de noyer miellée ; l'œil fut souvent lavé et baig^né dans le collyre suivant :
R. Décoct. de feuilles fraîches de noyer, 192 grammes. Ext. de Belladone , 1 gramme.
Laudan. de Rousseau, 1 gramme.
Une amélioration très sensible se manifesta rapidement. Le séton fut supprimé le 1" novembre; le 12 du même mois, c'est-à-dire le vingt-septième jour du nouveau traitement , la malade était guérie ; elle pouvait Ure sans
douleur, avec Toeil gauche qui est resté sensiblement plus petit, la pupille avait pris une forme ovale transversalement; elle était plus grande que la pupille de l'autre œil. On ne peut douter qu'il n'y ait eu ici une kératite et une phlegmasie de l'iris; ces affections n'avaient-elles point revêtu un caractère spécial?
Aimée Lenfant a succombé à une entérite chronique le 26 avril 1840, L'autopsie n'a point été faite.
14^ FAIT. — Bobart, Prosper, dix-neuf ans, enfant de l'hospice. Il a été affecté dans son enfance d'ulcères scrophuleux qui ont laissé de nombreuses cicatrises au cou et au devant de la poitrine. En outre , il a souvent été atteint d'ophlhalmies qui ont été suivies de taches nombreuses sur les cornées. Boi^art n'aperçoit les objets que comme au travers d'un voile très épais.
Etat pathologique actuel : la conjonctive des deux yeux est d'un rouge pâle ; la plus faible lumière est insupportable , il s'écoule des yeux des larmes abondantes et brûlantes.
Le traitement par les feuilles de noyer a commencé le 20 juin 1837; il a consisté en pilules d'extrait, trois chaque jour, et deux tasses d'infusions de feuilles fraîches. Les yeux ont été soigneusement lavés avec l'eau de feuilles de noyer, opium de Rousseau et acétate de plomb.
Deux mois de ce traitement ont suffi pour ramener les yeux du malade à l'état antérieur à l'ophthalmie. La santé générale s'est, en même temps, considérablement améliorée. La guérison ne s'est pas démentie , le jeune homme a été placé en ville et travaille.
15* FAIT. Anne Lislavoye, quatorze ans, quelques ganglions cervicaux. Le frère de cet enfant et sa sœur
ainuc sont mainlcnant atteints de tumeurs scropliuleuses ulcérées. Anne souffre vivement d'une opliti:ialmie des deux yeux; il y a pliotophobie et larmoiment. Celte affection date déjà de plusieurs mois, les antiphlogistiques ont été à peu près infructueux.
Le traitement par les préparations de noyer a commencé le 11 avril 1840 : trois cuillerées à café de sirop, deux tasses d'infusions, collyre avec eau de noyer et le laudanum de Rousseau , ut suprà.
La petite malade a été guérie dans l'espace de vingt jours. Une amélioration s'était manifestée avec promptitude.
16^ FAIT. — Anne Autin, douze ans, enfant de l'hospice, était atteinte d'une double ophthalmie depuis plus de quatre ans, et depuis ce temps elle n'avait pu ouvrir les yeux à cause d'une photophobie horriblement douloureuse; des larmes abondantes coulaient incessamment des yeux; aussitôt qu'on écartait les paupières, la conjonctive boursoufïîée s'en échappait. Ce n'est qu'avec une peine extrême et en causant de vives douleurs, que je pus m'assurer qu'il existait plusieurs ulcérations sur les cornées; les ganglions du cou étaient engorgés. L'enfant était amaigrie, étiolée; elle restait constamment assise dans un coin obscur de la cheminée du dortoir.
Plusieurs traitements avaient été suivis longtemps et en vain ; ainsi des saignées locales , de nombreux vésicatoires au cou, aux bras; un séton continué six mois; les révulsifs sur le canal intestinal; les médicaments spéciaux, tels que l'iode, le fer; les sirops de gentiane, antiscorbulique , etc., etc. Tous ces moyens ont laissé i'enfant dans l'état indiqué ci-dessus.
La petite malade a commencé le traitement par le
noyer le 20 septembre 1839 (sirop, infusions, collyre), il a été suivi avec régularité pendant huit mois. Son premier effet a été de diminuer la douleur et le larmoiement. Le 1" novembre, c'est-à-dire après quarante jours de l'emploi des préparations de feuilles de noyer, l'enfant pouvait supporter la lumière. A cette époque, je plaçai un cautère à la nuque.
Aujourd'hui 30 octobre 1840, la petite Autin est parfaitement guérie depuis six mois, sa santé générale est excellente , elle suit les classes de lecture. Le traitement de l'affection des yeux a exigé environ six mois ; les ulcérations des deux cornées n'ont pas laissé de traces sensibles.
Réflexions sur le traitement des ophthalmies scrophuleuses par les préparations de feuilles de noyer.
Je les bornerai aux remarques suivantes :
1° Il est fort important de voir que ce traitement dans cette forme de l'affection, ait amené la guérison dans tous les cas que j'ai eu à traiter. Le plus souvent l'amélioration a été rapide ; j'entends par là, que le mieux a été sensible après la première quinzaine de l'administration des préparations de noyer.
2° Le collyre , avec l'eau de noyer et les narcotiques (la morphine et la belladone), jouit d'une efficacité incontestable et très grande; (en 1840 j'employais l'opium ou les lautanum avec les narcotiques; la préparation faite ainsi devient trouble. J'ai préféré, depuis, la morphine ou l'extrait de belladone a faible dose d'un décigramme sur cent grammes de véhicule).
3" C'est à la décoction des feuilles de noyer qu'on doit
attribuer la meilleure part de l'ellicacité du traitement , puisque dans les traitements ordinaires, les lotions simples, fortement opiacées , ne produisent que bien rarement un repos aussi franc et aussi prompt.
4° Les préparations de feuilles de noyer, ont en général une action plus prompte sur les affections chroniques des yeux, que sur les engorgements ganglionnaires.
5° Aucun des malades traités , cités dans cette seconde série, n'a éprouvé de rechute jusqu'à ce jour.