Semaine médicale, 18 septembre
le curettage des fongosités. S’il ne détruit pas a 1 aveugle, comme les caustiques chimiques, il ne possède pas beaucoup de leurs avantages.
Tous les liquides caustiques, et Gallard les préconise, ont été essayés: acide nitrique, acide osmique, acide chromique dont Lersure injecte jusqu’à 60 gouttes d’une solution au 1/3, le nitrate d’argent expérimenté par Billroth et dont les applications si douloureuses laissent sous l’eschare une surface cancéreuse en pleine activité. Thiersch s’en est également servi.
Autrefois, au même titre que la pâte de Canquoin, on a employé la potasse sous forme de caustique de Vienne :
Potasse à la chaux . 50
Chaux vive . 60
que l’on délayait au moment de s’en servir, avec un peu d’alcool à 90°. La seule différence avec le caustique de Fillios est que, dans le premier, la potasse devait être très sèche, et que, dans la préparation du second, la potasse était fondue pour couler le mélange en cylindres.
Formaline. — La formaline était déjà utilisée pour conserver les pièces anatomiques, en fixant leurs éléments ; Karl Bayer eut l’idée de s’en servir pour durcir, séparer et éliminer les tumeurs vivantes. Il fit sa première tentative sur un carcinome récidivé des ganglions inguinaux ayant envahi le scrotum, l’abdomen et la cuisse b
On commence par badigeonner l’ulcération avec la solu-
1 . Bulletin médical et Joum. de Lucas-Championniére , 1896, p. 637.
tion à 2/100 et l’on en imbibe en même temps des tampons afin de bourrer les anfractuosités. Pour permettre la dessiccation, le pansement est recouvert d’une simple gaze. Il se forme une croûte que l’on badigeonne les jours suivants avec la solution h 4/100 puis à 8/100. Cette dernière pouvant produire une brûlure assez intense, on protège la peau saine avec de la vaseline et de la céruse. Au bout de huit à quinze jours environ, selon les cas, on enlève d’une seule pièce, une eschare qui peut atteindre deux travers de doigt d’épaisseur, sèche et brune à la surface, progressivement grise et humide vers la protondeur, laissant une dépression profonde, mais unie, bourgeonnante, granuleuse, de bonne nature, sécrétant peu, présentant encore par endroits quelques points d’aspect cancéreux, qui sont détruits par de nouvelles applications ; après quoi, on se contente de faire un pansement occlusif simple.
Daniel touche les végétations avec une tige en bois trempée dans une solution non diluée d’aldéhyde formique à 40/100. La douleur est passagère.
Phosphore . — A côté de l’arsenic, nous allons placer le phosphore, employé par Nepveu, de Marseille, sous la forme de l’huile phospliorée du Codex, en injections interstitielles dans le tissu néoplasique.
Comme 1 arsenic, c est un modérateur de la désassimilation et son action sur la cellule vivante est analogue ; il détermine l’arrêt du travail formateur et nutritif des élé-
ments anatomiques, avec transformation graisseuse consécutive. Il provoquerait ainsi la nécrose et l’élimination dès portions du cancer touchées, mais sa grande toxicité ne
permet pas de l’injecter aux doses nécessaires, de crainte d’absorption trop importante.
A dose thérapeutique, il aurait en même temps, comme on le voit dans le rachitisme, une action générale tonique, peut-être en excitant l’assimilation.
Arsenic et méthode de Cerny-Trunecek. — L’arsenic est un corps simple, déjà connu de l’antiquité et qui se trouve dans la nature à letat de pureté ou de combinaison avec le soufre : réalgar et orpiment, avec le fer: mispikel, avec le nickel et l’oxygène. Quelques sources minérales en contiennent : Bourboule, Mont-Dore, Grande-Grille, Dominique (Vais), Saint-Victor et Saint-Mart (Royat).
Il a la propriété, lorsqu’il pénètre les cellules, de mettre obstacle à leur nutrition. A doses faibles, il la ralentit seulement et, à ce titre, l’arsenic est employé dans la thérapeutique interne comme modérateur de la désassimilation. A doses élevées, les cellules ne peuvent plus accomplir les fonctions auxquelles elles sont destinées dans l’organisme vivant et elles doivent être éliminées comme des corps étrangers. C’est un caustique, si l’on veut, bien qu’il n’agisse que sur la cellule vivante; mais c’est surtout un poison, car en supprimant son action caustique ou celle de ses sels par une dilution suffisante, injecté ou ingéré à doses trop élevées, il tue aussi bien.
De même que tous les poisons minéraux naturels, il est connu comme tel, depuis fort longtemps, et il joue un rôle important dans les empoisonnements du Moyen-Age. Comme pour tous les corps ainsi expérimentés, on n’ignore aucune de ses propriétés. La forme des accidents cutanés qu’il
peut déterminer, suivant le précepte souvent appliqué par la médecine ancienne : similia similibus curantar, devait l’opposer au cancer, tant à l’intérieur qu’en applications locales caustiques. On le craint, à cause des accidents, mais on l’emploie et particulièrement sous forme d’anhydride arsénieux.
Fuchs, qui passe pour s’en être servi le premier contre les cancers superficiels, en règle l’emploi en 1594.
Lefébure de Saint-Ildefond, l’emploie déjà en 1775, à l’intérieur contre le cancer.
Le nombre des poudres escharotiques des vieux Codex dans la composition desquelles il entre, montre quelle place il occupe.
Poudre du frère Côme :
Acide arsénieux pulvérisé . 5
Cinabre porphyrisé (vermillon). 25
Éponge calcinée en poudre fine. 10
Poudre de Dubois Ant. :
Acide arsénieux pulv . 1
Sang de dragon . 8
Cinabre porphyrisé . 8
Poudre arsenicale mercurielle de Dupuytren :
Acide arsénieux pulvérisé . 1
Calomel en poudre impalpable.. 199
Poudre arsenicale du Codex de 1837 :
Acide arsénieux pulv . 1
Sang de dragon pulv . 2
Cinabre pulv . 2
Poudre de Cazenave ;
Acide arsénieux . 0,50
Sulfure rouge de mercure . 0,25
Poudre de charbon animal. . . . 0,50
Caustique de Plunkett :
Acide arsénieux . 4
Fleur de soufre .
Assa fœtida pulv . ^ «à 30
Renoncule âcre pulv . ^
Poudre de Justomond :
Acide arsénieux . 1
Sulfure d’antimoine pulv . 16
Le Codex de 1866 ne mentionne plus que deux de ces poudres :
1° Poudre escharotique arsenicale faible (formule de Dubois).
2° Poudre escharotique arsenicale forte (formule du frère Corne).
Pour les appliquer, on délayait en pâte, dans de l’eau gommeuse ou un blanc d’œuf.
Il existait aussi une pommade cathérétique :
Acide arsénieux pulv . 4
Cinabre pulv . 2
Axonge . 32
et le Uniment arsenical de Swiedaur :
Acide arsénieux porpliyr . 1
Huile d’olives . 8
Vers 1850, Manec modifia ainsi la poudre du frère Corne:
Acide arsénieux . 2
Sulfure de mercure . 6
Éponge calcinée . 12
et délayée dans un peu d eau, elle fut pendant longtemps la seule employée à partir de ce moment. Garés, élève de Manec et de Massart, nous en a décrit le mode d’application : on commençait par aviver la surface de la tumeui avec de l’ammoniaque, puis on plaçait la pâte en forme de petit gâteau recouvert d’une rondelle d’amadou amincie. On pouvait maintenir en place pendant deux ou trois joui s avec une bande de diachylon ; au bout de ce temps, tout faisait corps et l’on n’avait qu’a attendre la chute de 1 eschare, qui avait lieu au bout de quatre a six semaines, laissant une petite plaie vermeille tendant à se cicatriser. Les douleurs étaient modérées, sourdes le lendemain, elles augmentaient les jours suivants, puis dispaiaissaient.
Laboulbène disait avoir retiré des avantages considérables de cette méthode; il avait observé une véritable action élective sur les tissus malades, alors que les tissus sains étaient respectés. Mais il y eut des accidents gia\es d’intoxication et le caustique de Manec fut abandonné.
A partir de ce moment, on emploie surtout l’arséniate de soude et l’arsénite de potasse, à l’intérieur, sous forme de liqueur de Fowler ou de Pearson ei en injections interstitielles dans la tumeur; Billroth signale des résultats obtenus. En 1894, le professeur Lassar, privat-docent de dermatologie et de syphiligraphie à la Faculté de Médecine de Berlin, rapporte la disparition d’un mélanome par la liqueur de Fowler. Le docteur Samter, de Kœnigsberg,
guérit un sarcome par l’administration prolongée d’acide arsénieux en pilules *.
En 1895, les caustiques arsenicaux semblent reprendre un peu leur place et Hue, de Rouen, en fait l’objet d’une publication dans la Normandie Médicale (1er novembre). Il se sert pour les caneroïdes de la face d’une poudre composée de :
Acide arsénieux . t
Gomme arabique pulv . \ aa *
Talc pulv . 12
qu’il délaie dans un peu d’eau.
Pour injecter les tumeurs, il abandonne le collyre cathérétique de Lanfranc à base d’orpiment pour user de la solution d arséniate de soude à 1/100, de la liqueur de Boudin, solution d’acide arsénieux à 1/1000 et de :
Acide arsénieux . 0,20
Chlorhydrate de cocaïne . 1
Eau distillée bouillie . 10
qu il emploie a la dose de une à quatre seringues de Pravaz, surtout pour les cancers utérins.
En 1896, Cerny et Trunecejk, de Prague, essaient de nouveau 1 acide arsénieux, d’abord en poudre, en solution aqueuse, puis dans la glycérine. Mais l’effet produit est trop énergique et l’eschare formée est imperméable à une nouvelle application.
Ils s’arrêtent enfin à une solution hydro-alcoolique qu’ils