‹ Du traitement des cancersChapitre 27 sur 36 · Semaine médicale , 5 mai 1897 et 22 mars · texte numérisé non relu

Semaine médicale , 5 mai 1897 et 22 mars

séance et l’on fait un pansement protecteur; ou mieux on ne fait pas de pansement du tout.

La douleur est variable suivant les sujets ; elle peut être très violente et durer de vingt à vingt-cinq minutes, ou moyenne et durer de trois à six heures. En général, c’est une cuisson tolérable ou une simple sensation de chaleur.

Le lendemain, on enlève avec une pince, l’eschare mince qui s’est formée. Elle doit venir facilement, sans hémorragie et sans douleur, ou bien on attend, puis l’on fait une nouvelle application. Peu à peu, l’escliare s’épaissit, envahit toute la largeur de la plaie ; en même temps, on augmente le titre de la solution, qui est porté au 1/150°, au 1/80°. On l’a même employée à 1/50 et Jaboulay à 1/50.

Le tissu néoplasique est entièrement détruit, quand l’eschare n’est plus représentée que par une mince croutelle jaunâtre, adhérente. On fait alors un pansement occlusif ordinaire à la vaseline boriquée.

L’important est de ne pas interrompre le traitement trop tôt, de ne pas le continuer trop longtemps et de surveiller l’intoxication possible, si fréquente avec les autres méthodes, exceptionnelle cependant avec celle de Cerny.

Fournier active la rapidité de traitement, en employant les solutions plus fortes et en avivant sérieusement la plaie à chaque opération.

Comme Hallopeau, Ginestous, interne de Bordeaux, observa des douleurs intolérables qui avaient forcé de suspendre les badigeonnages. Il eut l’idée d’ajouter de l’ortlioforine aux solutions habituelles:

Orthotorme .

Acide arsénieux .

Alcool .

Eau .

aà 7,50

Orthoforme .

Acide arsénieux .

Alcool .

Eau .

aà 40

Orthoforme .

Acide arsénieux .

Alcool .

Eau .

aà 10

Il panse ensuite avec :

Orthoforme . 0,05

Glycérine . 4

On a du employer quelquefois le chloral et la morphine. La cocaïne dont l’action est trop courte et trop localisée n’a jamais procuré de soulagement appréciable.

Il se produit souvent, à la suite des applications, de l’oedème périphérique, de la rougeur diffuse, ou même du gonflement. Il ne faut pas trop s’en effrayer et n’interrompre le traitement qu’à bon escient. On a observé du coryza et de la conjonctivité, lorsqu’on opérait trop près des yeux ou du nez, ce qui prouve que l’arsenic est assez diffusible et porte son action assez loin du point où on le dépose.

L’action déshydratante de l’alcool, en présence de l’air, vient certainement s’ajouter à l’action caustique de 1 ar-

senic, mais il n’en est pas moins vrai que c’est lui qui joue le rôle prépondérant et de beaucoup et qu’il a une affinité particulière pour le tissu cancéreux qu’il momifie. On a pu en dire qu’il était un caustique intelligent.

Il présente l’avantage de lutter énergiquement contre la flore microbienne si riche dans certaines tumeurs ulcérées et qui acquiert une si grande virulence.

L’absorption de l’arsenic se fait sans doute par les lymphatiques, et les leucocytes ne doivent pas être pour rien dans les résultats obtenus. En effet, toutes les formes de cancers ne sont pas justiciables de la méthode et elle ne donne de chances de réussite, que lorsqu’il existe un tissu d’infiltration leucocytaire supérieur, sinon égal aussi au tissu néoplasique. Une ulcération légèrement excavée vaut mieux que des bourgeons exubérants, qui sont d’un mauvais pronostic. Les formes à marche lente, à début récent et superficiel, sans envahissement ganglionnaire, sont les plus favorables.

Pourtant, la zone d’influence du caustique est assez étendue et lorsque les ganglions sont pris, on peut les voir s’enflammer, puis suppurer ou disparaître.

En cas d’ulcéraiion étendue, on peut craindre l’intoxication, à cause de la largeur de la surface d’absorption; la prédominance du tissu néoplasique sur le tissu lencocytaire est une contre-indication absolue, le traitement surexcitant plutôt alors l’évolution. De là l’importance d’un examen sérieux et complet de la tumeur, macroscopiquement et microscopiquement.

Il y aurait un grand avantage à employer la méthode de

préférence aux opérations qui doivent entraîner de grands délabrements du visage; la cicatrice produite serait peu apparente et peu rétractile par absence du tissu fibreux. Mais la guérison n’est pas radicale dans la plupart des cas ; quelles que soient les prétentions de Cerny et de Trunecek, il reste souvent, sous la peau reformée lors de la cicatrisation, des bourgeons épithéliomateux qui ne tarderont pas à rappeler leur présence par une récidive.

Morgan 1 se sert encore d’une poudre composée d’acide arsénieux et de gomme arabique délayée en pâte avec de l’eau. Il excorie la peau, s’il est nécessaire, avec de la potasse caustique.

Malgré tout, le traitement externe, applicable seulement à un petit nombre de cas, ne faisait pas oublier l’idée depuis longtemps enracinée que l’arsenic jouissait d’une action presque spécifique contre le cancer et l’introduction en thérapeutique du cacodylate de soude, sel peu toxique, contenant cependant plus d’arsenic que les sels jusqu’alors employés, permettait, sans inconvénients, une saturation plus complète de l’organisme. On le voit employé un peu

partout contre les tumeurs, sous forme de pilules ou en

solutions administrées par la voie buccale, la voie rectale ou la voie hypodermique. Renaut 2, Danlos 3 4 et Pétrini, de Galatz, en publient des résultats Nous-mêmes, ayant

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