‹ Du traitement des cancersChapitre 32 sur 36 · Acad, des Sciences, 5 novembre · texte numérisé non relu

Acad, des Sciences, 5 novembre

licide proprement dite et qui se détruit par le chauffage à 55° ; mais, cette substance ne peut agir sans l’influence préalable de la sensibilisatrice, aussi appelée anticorps, qui, elle, est spécifique et permet de fixer l’action indifférente de l’alexine sur l’une ou l’autre espèce de cellule. On

voit tout de suite, que c’est sur la sensibilisatrice qu’il est important d’agir pour obtenir la spécificité d’un sérum.

Or, l’immunisation artificielle n’agit sur la substance cytolitique qu’en l’augmentant légèrement ; par contre, elle produit, en abondance, la substance favorisant d’une manière spécifique la cytolise, et c’est ce qui est nécessaire, pour que l’action se porte, suivant l’immunisation que l’on veut obtenir, soit sur une cellule, soit sur le microbe pathogène.

En somme, le sérum neuf, le sérum d’animal sérumisé, le sérum d’animal immunisé, contiennent une quantité à peu près égale d’alexine ; la sensibilisatrice seule augmente progressivement de l’un ù l’autre et lui imprime son caractère particulier.

L’immunisation artificielle se borne à rendre spécifiquement plus intenses les manifestations cytolitiques que peut exercer déjà le sérum d’animal neuf, car sérum neuf ou immunsérum produisent, mais à des degrés différents, la transformation granuleuse du microbe.

Il est dès lors facile de comprendre que tous les sérums, même les plus différents, aient en quelque sorte une action commune et l’on ne peut s’étonner de les voii souvent

produire des résultats analogues.

Etant donné le pouvoir cytolitique indifférent d’un

sérum et la possibilité de le rendre toxique spécialement pour une espèce de cellule, de là, à l’armer contre la cellule cancéreuse, il n’y avait qu’un pas. Dungern 1 avait déjà remarqué que ce pouvoir cytotoxique s’exercait également aux dépens des cellules épithéliales. Dans le péritoine d’un cobaye il avait injecté, tenu en suspension dans une solution physiologique de chlorure de sodium, le produit du raclage de la muqueuse trachéale d’un bœuf. Il observa la dégénérescence des cellules injectées, mais elle fut lente, puisqu au bout de dix jours, les mouvements de leurs cils duraient encore. Une nouvelle injection étant poussée quelque temps après, toutes les cellules mouraient rapidement. L’immunisation avait donc augmenté les propriétés cellulicides de l’organisme du cobaye. Il était donc naturel de penser qu’il serait possible d’utiliser cette action contre les tumeurs épithéliales.

Des travaux analogues, dont nous reparlerons plus loin, eurent lieu à la même époque, dans le courant de l’année 1899, à l’Hôtel-Dieu de Lyon.

L hypothèse du parasitisme a imprimé à la sérothérapie des cancers une direction un peu spéciale et qui tend à une spécificité plus stricte.

Richet et Héricourt et leurs imitateurs injectent à l’animal seiumiièic le suc total de la tumeur pilee, sans considérer qu il peut s y rencontrer les éléments les plus disparates et que le sérum qui en résulte, s’il possède une action spéci-

1. Münchener, medicinische Wochenschrift, J 899, n° 38, p. 1228, et Presse ■médicale, 15 novembre 1899.

tique, ne présentera pas seulement celle-là, mais aussi des

actions accessoires qui peuvent la masquer et la contre-balancer. Ils ne disent pas non plus si c’est l’agent pathogène ou la cellule pathologique qu’ils veulent atteindre.

Si le principe des sérums de cancer pilé n’est pas absolument d’une précision scientifique, celui de l’immunisation blastomycétienne devance les données étiologiques et peut paraître prématuré, jusqu’à preuve du parasitisme des tumeurs ou jusqu’à succès complet et constant de sa part, ce qui justifierait le tout. Aussi ne lui accorde-t-on guère que la part d’action qui revient aux sérums en général et peut-être, actuellement, le sérum de Richet inspirerait-il encore plus de confiance, parce que l’auteur s’appuie sur des faits connus, et accepte aveuglément, pour déterminer le sens de l’action immunisante, ce que lui fournit lui-même le cancer à combattre. Peut-être agit-il contre la cellule cancéreuse, peut-être immunise-t-il contre le blastomycète, s’il en existe ?

Nous suivrons, dans la division de notre chapitre sur la sérothérapie anticancéreuse, l’ordre chronologique qui est

à peu près l’ordre progressivement scientifique, autant

qu’on peut le dire dans une question encore à l’étude et dont on ne saurait prévoir la conclusion : empirisme absolu, érysipèle curateur, méthode de Coley et sérum d’Emmerich, qui, bien que se basant sur la propriété cytolitique, n’est que la réglementation et la mise au point moderne des précédents ; puis les tentatives actuelles de cytolise épithéliale ou vasculo-conjonctive et d’immunisation contre un parasite possible et son action.

Erysipèle.

L’action bienfaisante de l’érysipèle curateur fut une des curiosités médicales qui précédèrent les découvertes de Pasteur. Depuis longtemps, des observateurs dignes de foi avaient vu guérir complètement, sous l’influence d’un érysipèle accidentel, ou se modifier, d’une façon très notable, des affections cutanées, des syphilides et des tumeurs. Un des cas les plus anciens connus est celui de la Fornarina qui guérit ainsi d’une acné rosacée. De nos jours, Ricord et Mauriac ont constaté son action sur les syphilides et encore en juillet 1870, Ricord, Fournier et Desnrés signalaient à l’Académie de Médecine son aefon salutaire sur le chancre phagédénique. Rasin, Kapcsi et Volkman voient le lupus s’atténuer sous son influence. Cependant, même contre ces affections, il ne réussit pas toujours. Febleisen l’inocula sept fois, sans résultat, contre des lésions syphilitiques. Ricord et Després échouèrent dans leurs tentatives.

Repin rapporte une vingtaine de cas d’érysipèles curateurs accidentels bien observés au XIXe siècle. En 1866, Rusch 1 avait vu disparaître un sarcome de la face. De même, Bruns en 1888, Biedert en 1885, avec une guérison de deux ans, Wyeth avec deux cas datant respectivement de sept ans et de cinq ans, Plenio avec une guérison de deux ans, Gerster, en 1884, avec une de quatre ans, Bull de sept ans, Billroth, Hutchinson, après cinq ans, signalent

l. Berlin. Klin. Woch. 1866 et Berger, France médicale , novembre 1895.

la disparition de sarcomes. Weichel et Lussana ont de même des guérisons de cancer ; Frimet, deux épithéliomes après deux ans ; Czerny, après six ans ; Kleeblatt, un lymphadénôme ; Bidlot, un cancer utérin, après huit ans. Langenbusch relate dans la Deutsche medicinische Wochenschrift \ le 25 décembre 1890, qu’il a vu guérir, à la suite d’un érysipèle migrateur, une sarcomatose cutanée multiple, récidivée après ablation. Plus récemment, en 1899 j, Narthrop cite l’observation d’une femme de quatre-vingts ans, opérée de sarcome mélanique de la cavité nasale droite. Quelques mois après, étaient apparues deux tumeurs en arrière du sterno-cléido-mastoïdien. Nouvelle ablation et récidive après cinq mois. Une troisième opération fut tentée, mais on dut reculer devant l’envahissement des parties profondes et l’on referma la plaie. L’analyse microscopique montra qu’il s’agissait bien d’un sarcome. Un érysipèle accidentel survient ; la tumeur s’amoindrit graduellement, les douleurs sont supprimées, l’état général se relève. La malade sort et revient quelque temps après se faire enlever un petit noyau induré qui restait.

Seuger, de Crefeld, rapporte, au Congrès des Chirurgiens allemands, une guérison datant de seize ans d’un sarcome de l’omoplate dont l’examen microscopique avait été fait.

Biedert, Busch, Bruns, Coley, Plenio, Wyeth, Seuger expliquent ces résultats par la richesse en substance toxique du sang des érysipélateux ; d’autres maladies infectieuses, comme la variole, ont d’ailleurs produit des effets analo-

Page 1