Bulletin médical, 1899, p
gués. Buscli et Rindfleisch auraient observé des altérations cellulaires des cancers qui ont été soumis à l’influence d’un érysipèle.
Jusqu’en 1881, les moyens d’inoculation étaient des plus primitifs et la contagion était obtenue par les linges de pansements (Després et Ricord), par les vêtements, ou en faisant, comme Busch, coucher le patient dans un lit précédemment occupé par un érysipélateux. La découverte du streptocoque pathogène, par Fehleisen, simplifia l’opération et, avec Neisser, il commença à inoculer des cultures vivantes de son microbe ; il fut suivi dans cette voie par Jœnicke, Coley, Feithenfeld.
Sur cinq cas d’érysipèle ainsi développé, il aurait observé
la guérison complète d’un carcinome du sein et quatre
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diminutions momentanées des tumeurs.
Coley a vu s’améliorer un sarcome du gosier et disparaître un sarcome de la région lombaire ensuite récidivé. Spronck n’a noté qu’un léger ralentissement dans la marche des tumeurs. Par contre, Rydygier l’a vu hâter l’évolution cancéreuse et Axel Holst 1 a vu, sous son influence, un cancer prendre une marche suraiguë. Jœnicke signale un cas de mort dans un carcinome glandulaire et, après lui, Coley et Fehleisen font des aveux semblables.
En somme, à part quelques cas heureux et imprévus, quelle que soit la façon de l’inoculer, l’érysipèle n’a pas donné de brillants résultats : quelques malades ne purent
1. Centralblatt für Bakt. T. III, 1888 et Ann. Inst. Pasteur , 1889.
être infectés, peu furent améliorés et encore moins guérirent, quelques-uns moururent.
L’érysipèle, dont la virulence était autrefois plus grande qu aujourd’hui, était souvent mortel et de tels accidents, arrivant après une infection streptococcique fortuite, ne pouvaient être considérés que comme un bien pour le pauvre cancéreux qu’elle débarrassait de l’existence; mais le raisonnement devait changer, si l’inoculation était volontaire et l’on ne se crut pas le droit de risquer la vie d’un homme, même condamné, dans l’espoir d’un résultat si incertain. On s’aperçut que la méthode était plus à craindre qu’à employer et l’on chercha à conserver ses avantages, sans en avoir les inconvénients.
Toxines de Coley.
Persuadé que c’était au poison microbien de l’érysipélocoque qu’étaient dues les améliorations produites, Lassai , en 1891, substitua à la culture pure, une culture filtrée, puis stérilisée, suivi dans ses tentatives par Spronck, Friedrich, Czerny et Repin.
Coley avait remarqué, comme lui, que les tumeurs subissaient une rétraction, après 1 inoculation de cultures vivantes, même s’il ne se produisait pas d’érysipèle ; il prend sa méthode, mais en la modifiant. S inspirant des travaux de Roger, il exalte la virulence de l’érysipélocoque par son association avec le micrococcus prodigiosus et se sert pour les injections de toxines mixtes steiilisees. Il lait ses cultures dans du bouillon peptonisé qu’il ensemence de streptocoque pur ; il laisse pendant trois semaines dans
l’autoclave à 30° ou 35°; il ajoute alors du prodigiosus et conserve la culture, pendant dix jours, à la température de la chambre. Il porte enfin, pendant une heure, à 50° ou 60° pour stériliser (elles ont été portées à 110°), et il ajoute du thymol. Les toxines ainsi obtenues sont beaucoup plus énergiques que par la filtration b Si elles sont trop fortes, on dilue avec de l’eau ou de la glycérine. Les injections varient de 5 centigrammes à 40 centigrammes ; il faut commencer par les doses minima, car 10 centigrammes ont amené la mort d’un sujet affaibli et d’une susceptibilité spéciale.
Berger et Mignot en France, de Witt, Czerny, Friedrich, Johnson, et, en 1894, Lassar et Tiersch expérimentèrent cette nouvelle méthode.
Colev n’en obtint lui-même aucun résultat sur les épithéliomes, mais il voit guérir entièrement un sarcome lombaire avec dégénérescence ganglionnaire. Johnson assiste à l'affaissement rapide d’une tumeur ulcérée du voile du palais, des piliers de l’isthme du gosier et de l’épiglotte. Spronck et Roger en retirent de bons résultats. Sur
vingt malades, Friedrich n’obtient rien contre les carcino-
mes ; il en est de même des sujets de Roberts, Czerny, Lauenstein et Repin.
Comme inconvénients, Czerny a observé de la fièvre, de l’anorexie, de l’amaigrissement, de l’anémie, de l’apathie. Les injections provoquent un gonflement érysipélatoïde
L Filtration à froid au filtre Chamberland ou d’Arsonval.
qui disparaît en un ou deux jours, peu ou pas de fièvre ni de douleurs.
En résumé, les épithéliomes et les carcinomes ne semblent pas touchés, les sarcomes des os et du périoste sont peu influencés, mais on aurait des résultats favorables dans les sarcomes à cellules fusiformes et à cellules mixtes.
Nellsen remarque, dans les tumeurs, les mêmes altérations cellulaires que Busch et Rindfleisch avaient déjà signalées après l’action d’un érysipèle, ce qui prouverait que c’est bien la toxine qui agit.
Spronck 1 observe le même travail dégénératif : macroscopiquement un ramollissement total, microscopiquement une dégénérescence graisseuse, effet analogue, nous le verrons, à celui du sérum de Richet.
Le mode d’action est sans doute celui qui est invoqué par Achalme : érysipèle, cultures vivantes, toxines simples ou mixtes, filtrées ou stérilisées, n’agiraient que chimiotaxiquement par les leucocytes actifs qu’ils mettraient en mouvement.
Mais le résultat est incertain et l’on peut aussi bien avoir surexcitation de l’évolution que ralentissement.
SÉRUiM d’EmMERICH ET SCHOLL.
Bien que le sérum d’Emmerich et Scholl n’ait paru que le 22 avril 1895, après la publication du sérum de Richet et Héricourt, nous laisserons cette méthode auprès des cultu-