‹ Du Traitement des Différentes Formes du Paludisme et en Particulier de la Forme Bilieuse Hémoglobinurique par le Bleu de MéthylèneChapitre 6 sur 35 · DU BLEU DE MÉTHYLÉNE DANS LE PALUDISME · texte numérisé non relu

DU BLEU DE MÉTHYLÉNE DANS LE PALUDISME

Dans le paludisme, les résultats obtenus avec le bleu de méthylène sont encore discutés, cependant de l'ensemble des observations nombreuses de malariques traités à l’aide de ce médicament semblent se dégager les conclu sions suivantes : le bleu de méthylène agit de façon rapide et presque constante dans les manifestations du paludisme aussi bien sur les accès intermittents et pernicieux que sur les autres formes d’infection malarique témoin : la cachexie qui disparaît, le foie et la rate qui reprennent leur volume normal.

Ce n’est donc pas sur le seul élément fièvre que le bleu porterait son action, mais aussi sur l’ensemble des symptômes de l’impaludisme et il y a lieu de croire, comme nous allons le voir, que c’est soit sur l’agent infectieux luimême : l’hématozoaire ; soit sur le milieu dans lequel il vit : le sang, que le bleu exerce son action.

À ce sujet les observateurs ne sont pas complètement d'accord et il règne encore une certaine divergence d’opinions sur la manière dont cet agent thérapeutique agit sur les micro-organismes pathogènes de la malaria.

Ebrlich et Lippmann pensaient que le bleu de méthy-

Leg a

lène:en colorant plus particulièrement le nerf et surtout le cylindre axe déterminait par cette action une modifica-

tion de l’exagération morbide des fonctions sensitives du

nerf et occasionnait par ce moyen l’abaissement brusque

ou graduel de la fièvre.

MM. Combemale et Pilliet ont démontré depuis par de

nombreuses expériences que le cylindre axe des nerfs

d'animaux intoxiqués par une forte dose de bleu de mé-

thylène ne présentait aucune coloration, alors que les

urines, les calices rénaux, le foie étaient nettement bleus.

À quoi tiendrait donc cette diversité de résultats ?.….

Ehrlich pour colorer le cylindre-axe des nerfs des animaux soumis à ses expériences plongeait ses sujets dans une solution faible de bleu de méthylène pendant un temps assez long : deux à huit jours. L'apport de la matière colorante se faisait donc de tous les côtés d’une façon ininterrompue et pendant une durée assez prolongée. Pour colorer le cylindre-axe il faut done une quantité de bleu de méthylène très élevée par rapport au kilogramme du poids du corps et un contact presque intime avec l’élément à colorer.

Mais si l’on introduit le bleu dans l’économie par les voies digestives on ne réalise aucune de ces deux conditions indispensables et par conséquent on ne doit pas constater la coloration recherchée même en ne faisant pas intervenir la diffusibilité de la couleur.

“ En l’introduisant par la voie hypodermique on ne doit pas la constater davantage sur un nerf pris loin du point injecté et cela pour les mêmes raisons que ci-dessus.

Il résulte donc de ces explications que si cette colora-

tion du cylindre axe est fugace, si la dose du bleu de méthylène doit être élevée, si enfin il est nécessaire d’apporter le bleu au voisinage du nerf pour le colorer et par suite l’analgésier ; ce n’est pas par la coloration du cylindre-axe des nerfs que l’on pourra expliquer la modification fonctionnelle survenue dans les nerfs moteurs et sensitifs de l’animal soumis à l'expérience.

Il n’est pas à dire néanmoins que l’hypothèse de MM. Ehrlich et Lippmann ne donne pas en partie la raison de quelques phénomènes constatés au début de lintoxication expérimentale : la fatigue manifestée par l'animal et l’insensibilité relative constatée alors que le torrent circulaire apporte aux nerfs le premier afflux de bleu de méthylène reconnaissent peut-être pour cause la modification clinique imprimée au nerf par le bleu se fixant même faiblement sur le cylindre axe.

Mais c’est en tout cas, croyons-nous, un phénomène d'importance secondaire. En admettant même que la théorie d'Ehrlich soit exacte et que le bleu annihile les fonctions du système nerveux presque toujours fortement atteint en cas d'infection paludéenne, il faut bien convenir que cette donnée ne suffirait pas pour expliquer consciencieusement l’arrêt certain de l’attaque, car la maladie ne consiste pas seulement dans le phénomène fièvre. Cette dernière n’est en somme qu’une manifestation extérieure caractéristique dans la modalité de l’affection et seulement un épiphénomène résultant d’une atteinte subie par d’autres éléments plus importants.

En effet, avant que se produise cette action, en même

temps qu’elle a lieuet aussi après qu’elle s’est manifestée

lt il se passe dans l’économie entière des phénomènes d'un tout autre ordre et d’une importance bien plus grande dont le résultat final a été constaté à l’autopsie des sujets et aussi chez les vivants dans les heures qui ont suivi la prise du bleu. |

A l’autopsie en effet des sujets intoxiqués par une forte dose de bleu de méthylène on trouve le sang facilement coagulable et de couleur chocolat. Si on examine au spectroscope ce sérum sanguin, ce sang vivant, on trouve les raies d'absorption caractéristiques de la méthémoglobine. Il s’est donc passé durant la vie de l’animal, dans l’intimité de ses tissus un phénomène morbide capital. Ce phénomène est la transformation de l’oxyhémoglobine en méthémoglobine. C’est par la méthémoglobinisation que le sang atteste les effets nocifs du bleu de méthylène sur l’économie. C’est donc aussi que dans cette intoxication le rôle du sang n’a pas simplement consisté à véhiculer jusqu’au niveau des centres nerveux et de leurs expansions périphériques l’agent médicamenteux. Ainsi altéré dans sa constitution intime, privé en particulier de sa propriété de fournir facilement de l’oxygène aux tissus, le sang contribuerait à fatiquer, à asphyxier les divers tissus

et agirait ainsi sur les microbes.

L’explication de l’action du bleu de méthylène nous paraît donc dès maintenant devoir être cherchée ailleurs que dans l’affinité chimique que le médicament à pour le cylindre-axe. Elle réside plutôt dans le rôle nocifque joue le sang dans cette asphyxie intime et complète des élémentset des micro-organismes placés sous sa dépendance.

Comme on le voit, la théorie précédente de MM. Com

fire bemale et Pilliet est bien séduisante et expliquerait l’action du bleu de méthylène en admettant une sorte d’intoxication du sang agissant par ses éléments toxiques sur les tissus avoisinants et en particulier sur les hématozoaires. Mais elle pourrait entraîner loin et donner naissance à des objections graves car la solution de la question résidant dans le degré d’asphyxie du sang, en présence d’une maladie infectieuse ou de cause inconnue on dirait :asphyxiez ce sang et vous obtiendrez la guérison. ‘Mais à ce jeu on ne soulage pas seulement, on risque de tuer et ce n’est pas là le rôle du thérapeute. Une autre théorie aussi séduisante qui nous plairaït davantage à cause de sa simplicité et de sa véracité est celle professée par Guttmann dans laquelle le bleu de

méthylène agirait directement sur les hématozoaires en

les tuant.

Cette théorie confirmée par les expériences de Hugou-

neng et Roux qui démontrèrent que les microbes en se colorant perdent leur virulence, ne donnent plus de cultures prospères et finissent même par disparaître est basée sur un moyen très simple de contrôle : Quand on examine le sang d’un paludéen on constate souvent la présence des hématozoaires, micro-organismes de formes différentes selon leur âge et le degré de leur période.

On sait en effet que la première apparition dans le globule sanguin du parasite a lieu sous forme d’une vacuole transparente. La vacuole devient corps sphérique et se charge de grains pigmentés aux dépens du globule rouge. Puis les corps sphériques émettent les flagella.

* L’hématozoaire prend tantôt. la forme d’un croissant

ED accolé à un globule rouge qui a été digéré, tantôt il se segmente sous forme de corps rosacé, sous forme de marguerite; les segments ou spores deviennent libres et s’introduisent dans le plasma.

‘51 alors on a soin de mélanger à ce sang frais contenant des hématozoaires du sérum de sang humain légèrement teinté avec du hleu de méthylène on voit que les hématozoaires s’imprègnent aussitôt de la matière colorante. Leurs mouvements qui étaient très vifs au début diminuent peu à peu et d'autant plus vite que la dose de bleu employée a été plus forte. Bientôt les mouvements s’arrêtent complètement et les hématozoaires demeurent inertes, asphyxiés sous l'influence de l’agent thérapeutique.

Nous savons très bien que l'expérience précédente qui paraît si facile au premier abord est quelquefois pénible à réussir vu la difficulté qu’on éprouve parfois à bien distinguer les différentes formes des hématozoaires dans le sang des paludiques. Ces parasistes peuvent échapper même à un observateur consciencieux et habile, aussi n’est-ilpas étonnant de voir qu’on a nié la coloration et la disparition graduelle des hématozoaires par l'usage du bleu de méthylène.

Rappelons toutefois que M. Laveran dont les admirables travaux sur cette question ont eu un si grand et si , légitime retentissement,a employé une méthode analogue pour démontrer l’action nocive de la quinine sur les diverses formes d’hématozoaires.

En tous cas, quelle que soit l’action du bleu de méthylène dans le paludisme, qu’il agisse en intoxiquant l’élé-

ment sanguin ou ce qui nous paraît plus probable en tuant directement les hématozoaires, il n’en est pas moins certain que le bleu de méthylène agit dans l’impaludisme d’une manière trèsefficace dans tous les cas aigus et souvent dans les cas chroniques rebelles à tout autre traitement et qui avaiént résisté à l’action de la quinine.

En effet, le bleu de méthylène a prise sur les différents types revêtus par la maladie et soit dans la fièvre paludéenne à forme d’accès, soit dans l’impaludisme à type fébrile continu, efficacité en a été évidente ; ce qui démontre une fois de plus que le bleu de méthylène agit sur le germe de l’infection malarienne et sur le processus morbide lui-même et non pas seulement sur la température comme un simple antithermique. Et ce qui vient encore à l'appui de cette manière de voir, c’est quele nouvel agent fait disparaître les autres stigmates de l’infection paludéenne, l’état saburral, la diarrhée. L'augmentation de volume du foie et de la rate est surtout atténuée et se dissipe sous l'influence du bleu de méthylène et cela parfois malgré l’opiniâtreté de la température qui se maintient élevée, étant même le dernier élément à disparaître.

L'action thérapeutique de ce médicament dans le paludisme est donc analogue à celle des sels de quinine et la plupart des auteurs qui se sont occupés de cette question en ont relaté les effets merveilleux.

C’est ainsi que M. Dobrowski confirme les effets favorables du bleu dans la fièvre intermittente. Il a soigné 6 malades qui avaient tous les jours des accès de fièvré. Cinq deses malades guérirent dans l’espace de quelques jours. Chez ces sujets la fièvre disparut, la rate reprit sa

AR mes

grosseur normale, les hématozoaires disparurent du sang et tous les malades supportèrent bien le médicament.

Les malades soignés par Thayer ont été au nombre de sept ; tous étaient atteints de fièvres palustres mais de formes diverses. Dans un cas de fièvre tierce franche la fièvre a cessé immédiatement et dès le troisième jour les plasmodies avaient disparu du sang. Chez un second malade : fièvre quarte, les frissons cessèrent aussitôt après l’administration du bleu de méthylène, à partir du neuvième jour on ne retrouva plus d’hématozoaires dans le sang. Les cinq autres malades étaient atteints de fièvres chroniques graves et rebelles. Chez tous, les frissons cessèrent pour ne plus reparaître vingt-quatre heures après l’administration de la première dose de bleu ; cependant chez deux de ces malades, il se produisit encore de temps en temps une légère élévation de température ; dans leur sang on retrouva encore de temps à autre quelques parasites. Thayer conclut que pour lui, le bleu de méthylène est, à tous les points de vue, de beaucoup supérieur au sulfate de quinine, médicament à action trop lente contre la fièvre paludéenne chronique et sans aucune portée sur les hématozoaires du sang.

Cardamatis d'Athènes a traité 275 cas de paludisme par le bleu de méthylène. Les conclusions tendent à considérer cette médication comme de beaucoup supérieure à la médication quinique, car il a obtenu 93 0/0 de guérisons.

Moncorvo de Rio-Janeiro a administré le bleu de méthylène chez les enfants paludiques et en a obtenu la guérison chez le tiers. Le médicament a toujours été bien

Dumont 2

DDES.

toléré ; jamais cet observateur n’a remarqué de diarrhée, de polyurie ni d’albuminurie.

L’insipidité du bleu en rend l'usage chez les enfants infiniment plus facile que celui de la quinine et en fait ainsi un agent fébrifuge remarquable pour la thérapeuti-

que des petits malades.

Ferreira a obtenu de l’emploi du bleu de méthylène dans la malaria infantile des résultats éclatants et les observations qu’il a publiées mettent hors de toute contestation les effets antimalariens du bleu.

Wittacher en 1892 vanta les résultats du bleu de méthylène dans des cas de paludisme où la quinine s’était mon-

trée inefficace.

Hudleston de New-York est arrivé à quérir en 4 ou 5 jours des jeunes filles atteintes d’impaludisme chronique qui avaient résisté aux sels de quinine.

Kasem-Beck en 1894 publiait de nombreuses observations de fièvres paludéennes chez les enfants qui avaient persisté malgré les sels de quinine et qui furent quéries par le bleu.

Rottger assistant de Quincke (de Kiel) est toujours arrivé à enrayer les accès paludiques avec des doses relativement faibles de bleu de méthylène. Le bleu est à son dire un médicament excellent contre la malaria et le plus préférable au sels de quinine qui ont comme on le sait

de nombreux inconvénients.

Rouvier (de Beyrouth) a trouvé dans le bleu de méthylène un médicament très efficace pour lutter contre l’in-

ection malarienne chez les enfants.

mire

Il emploie aussi bien dans les formes intermittentes que rémittentes.

Bien toléré par les petits malades le bleu exerce une action rapide sur Pinfection paludique et fait diminuer l'augmentation du volume du foie et de la rate.

Marini (de Bagdad) le donne avec succès contre la fièvre paludéenne.

Le bleu agit parfaitement. Il n’a pas l’amertume de la quinine, il ne produit pas de bourdonnements d’oreille ; il a une action favorable à petites doses sur l’albumine et enfin est d’un prix de revient très inférieur.

Nous pourrions multiplier le compte-rendu des observations de ceux qui se sont occupés de la question, mais ce qu'il y a de plus important à connaître c’est que le bleu de méthylène agit dans les cas de paludisme rebelles à l’action de la quinine et aussi dans les cas où ce dernier médicament serait nuisible ou dangereux à employer. Ces résultats ont été relatés dans la plupart des observations qui précèdent et de plus MM. Marshall et Gee relatent de nombreux cas de quérison par le bleu chez des malades rebelles à l’action de la quinine et de l’antifébrine. Leurs expériences cliniques ont été faites dans le Béloutchistan où l'accès d’impaludisme affecte un type tout particulier de fièvre. Ainsi le frission initial fait défaut et la scène s'ouvre par une élévation rapide de la température accompagnée de céphalalgie et de douleurs musculaires. La fièvre persiste pendant plusieurs heures etne finit pas comme dans l'accès classique par une période de transpiration.

C’est précisément dans cette forme d’impaludisme que

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