HISTORIQUE
On peut faire remonter l’histoire de la suture de la rotule avec ouverture de l’articulation du genou, à Marcus Aurelius Severinus (1), célèbre médecin de Naples, qui, au xvn° siècle, avait déjà conseillé la trachéotomie dans une épidémie de croup. Parlant des fractures de la rotule, il conseille d'enlever la mssse ligamenteuse, de rafraichir les extremités de la fracture et de les réunir, comme, dit-il, Paulus Avicennus le conseille, pour les fractures mal consolidées des os longs. Cependant, rien ne semble indiquer que cette opération ait été pratiquée à cette époque; et tout paraît se résumer dans une idée qui ne fut pas mise à exécution ; c’est l’avis de Solingen qui juge, du reste, cette méthode impraticable. Norris (2) déclare que cette opération était pratiquée aux Etats-Unis avant 1842. Nous trouvons, en effet, dans une communication de Whyeth (3), que vers 1838, à Philadelphie, le D' Mac-Clellan, chirurgien distingué de son époque, traita une fracture transversale de la rotule en faisant une incision longitudinale sur ie genou. Puis, mettant à nu les fragments, il les perfora et les maintint en contact au moyen d’un fil de fer doux. Le professeur B.-N. Mac-Dowell, qui assistait à l’opération, l’appréciait ainsi : « l’expérience du Dr M. Clellan a été un succès, mais, messieurs, ne tentez pas cette opération. »
Il faut arriver à Cooper, en 1861, pour trouver de nou-
(1) Wabhl. Naht einer patellafractur. Deutsch. med. Wochensch., 1833, n° 19. Poinsot, Revue de chirurgie, 1882, p. 51.
(2) American Journal of medical sciences, 1842, p. 51. (3) Whyet. The Medical Record, 1882, 1. XXI, n° 22, p. 596.
velles tentatives de ce genre ; il ne dit pas combien il en a fait, mais, d'après son langage, on peut croire qu’il fit plusieurs fois cette opération et qu’il eut toujours des succès.
Le D' John Rhea Barton (1) réunit, avant 1864, avec un fil d'argent les fragments d’une rotule fracturée, maäis perdit son malade.
Le D' Motrs-Gum, de Chicago, fit la suture de la rotule vers la même époque, mais le patient mourut d'épuisement et de suppuration.
Logan, en 1864, eut une bonne réunion par ce procédé. Le D'Cabot fit à Boston, le 8 mars 1865, par uneincision transversale, l’ouverture de l'articulation du genou pour aller suturer les fragments; il y eut de la suppuration, de la douleur et un léger érysipèle autour de la plaie; pendant le séjour de la malade à l'hôpital, on constata des tubercules dans ses poumons, Le 16 juin suivant, elle sortit de l’hôpital ; elle pouvait faire quelques mouvements, mais elle continua à tousser, et elle mourut le 10 août ; elle avait un abcès dans l’aine et souffrait de son genou.
Abridge, en 4869, obtint une réunion solide, mais il y eut une vive réaction.
Hémé, en 1871, n’eut qu’une union fibreuse avec des mouvements limités et une vive réaction.
Ainsi, depuis M. Severinus, on a eu l’idée de faire pour la rotule ce“que l’on faisait pour les autres os; MM. Clellan, Cooper, le tentent, mais les résultats ne sont pas assez satisfaisants, le danger qui naît du voisinage de l’articulation fait abandonner cette opération.
Séduit par cette idée, on cherche à faire la suture, en intéressant aussi peu que possible l’articulation; on craint de l’attaquer, on tourne autour d'elle. En 1878, M. le professeur Panas, à l’aide d’un perfora-
) Gross. System of sirurg., p. 1004 Whyeth, Loc. cit.
teur spécial et pouvant guider un fil, traverse longitudinalement les fragments dans leur épaisseur, et à travers la peau, sans faire d’incision. En Allemagne, Kocher, à l’aide d’une aiguille courbe, passe à travers la peau un fil sous jes fragments et dans l'articulation; puis 1l réunit les deux anses au-dessus des téguments de la face antérieure du genou. Enfin, M. Largeau, interne de M. Lucas-Championnière, nous communique un procédé nouveau dont il est l’ingénieux inventeur, qu’il appelle procédé de la suture sous-cutanée, et qui est un heureux perfectionnement de celui de M. Kocher. On donne le chloroforme pour faire disparaître la contraction musculaire et la douleur, un aide rapproche les fragments. Le chirurgien, prenant une aiguille creuse de moyen calibre, l’enfonce à 3 centimètres au-dessus du fragment supérieur, puis passant sous la rotule, il la fera ressortir à 3 centimètres au-dessous de la pointe du fragment inférieur. Alors, introduisant un long fil d'argent dans l'aiguille creuse, il retirera celle-ci et laissera le fil sous la rotuie. Dans un deuxième temps, conduisant son aiguille en sens inverse, c’est-à-dire ailant de la pointe vers la base, il la fera passer cette fois entre la face antérieure de l’os et les téguments ; il passera alors dans l'aiguille le chef supérieur du fil d'argent, et, en la retirant, il entraînera en bas le fil. Il aura ainsi une anse dont la partie supérieure passera entre la peau et la face antérieure de la rotule, et la partie inférieure passera dans l’articulation au-dessous de la face postérieure de la rotule. [l ne restera plus, dans un troisième temps, qu'à tordre les deux chefs en maintenaat les fragments. |
Mais la méthode antiseptique permet, autorise plus d’audace. Après les bons résultats donnés par lasuture des 08 longs, par les trois sutures de l’olécräne avec ouverture de l'articulation du coude pratiquées par le Dr Lister, on n’hésita plus à traiter de même les fractures de la rotule.