CHAPITRE III
DES ACCIDENTS QUI SE MONTRENT APRÈS L'OPÉRATION. DES MOYENS DE LES PRÉVENIR.
Avant d'examiner l'application de la suture directe aux fractures anciennes et récentes de la rotule, nous avons cru nécessaire d'étudier les accidents auxquels on expose les malades, d'apprécier la puissance des moyens que nous avons pour les prévenir. En un mot, nous avons voulu nous assurer de la légitimité, de la sécurité de cette opération. Car, dans le rapport qu'il vient de faire à la Société de chirurgie, au sujet d’une suture directe dela rotule, faite par le D' Beauregard, M. Chauvel, analysant quarante-quatre observations relatives à ce genre d'opérations, relevait quatre cas de mort, un cas d’amputation de cuisse, et plusieurs cas de réaction vive. L
Ces faits malheureux étaient bien de nature à faire hésiter des chirurgiens, surtout soucieux de la vie de leurs malades, et qui ne se croient autorisés à leur faire courir les chances d’une opération dangereuse, qu’autant qu’elle est légitimée par l'intensité du péril qu’entraîne l’affection contre laquelle on veut agir. Aussi, la plupart des membres de la Société se montrent-ils peu favorables à cette opération, qu’ils admettaient tout au plus dans des situations exceptionnelles.
Depuis, nous avons eu connaissance de trente-quatre autres cas mentionnés par Turner (1) à la Société clinique de Londres, dans Ja séance du 9 novembre; nous
(1) British med, Journ. du 17 nov. 1883.
Diverneresse,
avons recueilli, dansnos recherches, trois autres faits de Royes-Bell (1),un du P' Sabine (2), deux du D" Walsh(3), enfin, nous apportons quatre chservations inédites de cette opération; deux nous ont été communiquées par M. Cameron, les deux autres nous ont été données, l’une par M. Lucas-Championnière, l’autre par M. Pozzi. On trouve aussi, dans cette nouvelle série de faits, que des accidents graves ont suivi cette opération.
Sans doute, ces résultats fâcheux montrent bien que l’on ne doit passe décider à la légère, à ouvrir l’articulation du genou pour pouvoir rapprocher les fragments d’une rotule transversalement fracturée, Mais sont-ils suffisants pour faire repousser une méthode qui a donné cependant d’excellents résultats. Souvent, les statistiques répondent d’une façon bien différente, selon la manière dont on les interroge. Mais il faut qu’elles se composent d'éléments homogènes pour que les conclusions que l’on en tire soient solidement établies.
Or, dit avec raison M. Lucas-Championnière : « Les faits recueillis ici ne sont pas comparables ; ils résultent, en effet, de la pratique de chirurgiens divers, opérant par des méthodes différentes et faisant usage de pansements variés. Les uns ütilisant les méthodes antiseptiques qui sont absolument de rigueur en pareil cas, les autres négligeant leur emploi ou prétendant seulement les employer. »
Pour nous, eu parcourant les différentes observations que nous avons pu réunir, un fait nous a vivement impressionné : c’est de voir qu'aux résultats malheureux sont presque toujours attachés les noms des mêmes chirurgiens. C’est ainsi que sur quatre cas opérés par Kœnig, il y a trois fois suppuration avec élévation de
(1) The Lancet medical, 8 nov. 1883. Soc. med. Londres, séance du 5 nov. 1883. ,
(2) The med. Record, New-York, in Wkyeth. Loc. cit.
(3) Walsh. British med,, p. 1191, 15 déc. 1883.
température; tandis que sur sept malades opérés par Lister, jamais on n’a eu à signalerun mouvement fébrile de quelque importance. Pour rendre plus sensible cette différence dans les résultats des divers opérateurs, nous avons donc eu l'idée de placer les faits non plus dans un ordre chronologique, mais de réunir en un même groupe les suites et les résultats de toutes les opérations d’un même chirurgien. Nous obtiendrons ainsi une série de statistiques composées de faits semblables, au moins quant au mode opératoire. Puis, à la fin du tableau, nous chercherons dans les détails de chaque cas, les causes des suites de l'opération.