A. — INCISION
La technique des divers otologistes présente quelques variantes :
Trœltsch se servait « d’un bistouri droit pointu, dont le manche assez long porte à son autre extrémité une cuiller de Daviel, avec lequel on peut, en cas de besoin, vider le pus et extraire le follicule nécrosé, soit en pressant sur les parois du foyer, soit en y introduisant l’instrument. Cette petite cuiller permet également de déterminer le siège exact de l’abcès, qui n’est pas toujours très facile à
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trouver. Quand on a découvert l’endroit le plus douloureux, on retourne l'instrument pour pratiquer l’incision, et on évite ainsi au malade l’appréhension pénible que provoque généralement lidée d’une opération, avantage
qui a bien sa valeur au point de vue humanitaire. Une
incision est loin d’être aussi AoRoUrEnSe que l’idée de la subir prochainement, »
Pour pratiquer cette incision, on peut se servir d’un bistouri très effilé, le bistouri que l’on trouve dans toutes
les trousses otologiques, et l’on fend le furoncle par une -incision qui va du sommet à la base, incision profonde et longue. Nous croyons cependant qu’il y à plus d'avantage
à se servir du bistouri de Hartman (de Berlin). Cest une lame très effilèe des deux côtés. On l’enfonce, le tranchant dirigé vers le milieu du conduit, à travers la base
‘du furoncle, et l’on fend le furonele de la base au som- met. Ce procédé est moins douloureux et plus rapide.
Mais quel que soit le choix de l’instrument, il faut que
l'incision soit profonde et assez longue, car suivant la
remarque de Trœltsch, la peau du conduit cartilagineux est très dure et très épaisse; elle est généralement infiltrée, etle siège véritable du furoncle se trouve situë dans Jes couches profondes.
Avant l’incision et après l'incision il faut faire de Pantisepsie. On commencera donc, avant de prendre le bistouri, par nettoyer le conduit auriculaire, en adminis-
trant un bain d'oreille, et en achevant d’enlever les débris
épithéliaux par un nettoyage avec un tampon d’ouate trempé dans une solution de sublimé à 1 pour 2000. Après l’incision, il faut de toute nécessité si on a opérè
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à la période de suppuration, enlever le bourbillon. On y arrive, soit en pressant sur le pourtour de l’ouverture extérieure du conduit, soit en pressant avec le stylet sur les flancs du furoncle. La présence du bourbillon serait en effet une cause permanente de réinfection et d’appa- . rition de nouveaux furoncles ; en outre, elle empêcherait l'évacuation complète du pus. Le pus qui vient de faire issue sera enlevè par un nettoyage au tampon d’ouate
aseptiquè.
ILest préférable de ne point faire d'irrigation, même
antiseptique, car en agissant ainsi, On court risque d’envoyer du pus dans la partie profonde du conduit; de l'infecter et d’infecter consécutivement la membrane tympanique.
L’irrigation à en outre une influence mécanique irritante, qui ne convient point dans le cas particulier où il s’agit au contraire d'éviter toute irritation. Un pansement, consistant en une petite bande de gaze iodoformée, ou en un tampon d’ouate trempée dans une solution à parties égales de glycérine et de liqueur de van Swieten, est une précaution nècessaire et suffisante. Par dessus on met un tampon d’ouate sèche.
Quand faut-il inciser? Il nous semble qu’on doit distinguer deux cas : dans le premier le pus est collecté, et fait une saillie nette, acuminée. Dans ce cas nous incisons.
Dans le second il n'y a pas de collection purulente, ou du moins elle ne s’accuse pas par une saillie nette, et on doute mime souvent s’il y a du pus. L’incision faite dans ces conditions est dite incision précoce. |
Doit-on recourir à l’incision précoce ?
Les avis sont partagés: « Aussitôt que possible, écrit Trœltsch, j'incise le furoncle ; je n’attends jamais que le pus soit formé. Plus tôt on emploie le bistouri, mieux cela vaut; sil y a un abcès formé il se vide et les douleurs cessent; si la suppuration n’est pas encore établie, on diminue la durée de la maladie, et de toute façon on épargne au patient de vives douleurs. »
Mais il ajoute deux pages plus loin: « Il va de soi qu’on ne fera pas cette incision, qui est toujours très douloureuse, lorsque le malade n’est guère tourmenté par son furoncle, et qu’on peut présumer, d’après son siège, qu'il ne causera pas de troubles appréciables. »
Kramer pensait que l’incision n’est jamais nécessaire, Politzer est au contraire partisan de l’incision précoce, Urbantschitsch disait en 1881 : « Le remède par excellence est l’incision profonde; on peut même aussi juguler la maladie. » Mais depuis, il paraît être devenu moins interventionniste. Hartmann pense que «sicertains pointsdu conduit auditif font une saillie marquée, sont peu douloureux sous la pression du stylet que les régions voisines, on peut inciser, » M. Tillaux enseigne que s’il existe de grandes douleurs, s’il y a des nuits agitées, de l’insomnie, et si l’on est bien fixé sur la partie atteinte, on ne doit pas attendre la suppuration pour inciser. Le soulagement est quelquefois immèdiat. M. Duplay est d’avis que lincis'on prématurée est un excellent moyen d’abrèger la durée du furoncle.
En réalité, cette divergence de vues parmi les maîtres de l'otologie est plus apparente que réelle; et d’après les
‘opinions que nous venons de rapporter on peut juger
ne
qu aucun eux ne repousse d’une facon formelle l'incision précoce, et que non plus aucun ne la recommande d’une façon exclusive. Is laissent entendre qu'avant de prendre une décision, le praticien placë en face d’un furoncle du conduit pésera les avantages et les inconvénients de l’incision précoce, comme aussi Sa plus ou moins facile exécution.
Si nous établissons le parallèle nous voyons à l’incision de grands avantages. D'abord en diminuant la tension et en provoquant l'écoulement d’une certaine quantité de sang, elle diminue la douleur. Cette diminution est quelquefois considérable, et la douleur cesse même dans certains cas d’une facon absolue. S'il y avait du pus il ya immédiatement sédation complète. En outre, l'incision a l'avantage de mettre le foyer du furoncle en contact direct avec les solutions antiseptiques. Enfin elle ouvrira une voie plus facile au pus Si l'inflammation n’avorte pas. Donc sédation de douleurs, antisepsie plus efficace, tels sont les deux principaux avantages de lincision précoce. Mais en face des avantages il y a les inconvénients et les difficultès. La diminution de Ja douleur est, avons-nous dit, quelquefois surprenante, mais souvent elle n'est pas médiocre.
L’échec tient en général à ce que Je bistouri n’est pas tombé sur le foyer, mais à à Côté, ou bien à l'existence de plusieurs furoncles.
En outre, lincision est difficile, si le furoncle est situë assez profondément dans le conduit, ce qui arrive sur- | tout dans le cas de. furoncles multiples ERueS à un ‘premier furoncle situë superficiellement,
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jo à Enfin la douleur, douleur d’une seconde, il est vrai, que provoque lincision d’un furoncle de l’oreille est quelquefois atroce, toujours extrêmement vive. Ainsi donc, l’incision extrêmement douloureuse, est quelquefois difficile à faire, et manque souvent son but parce qu’elle n’est pas faite au bon endroit. Ajoutons que si elle n’est point assez large, ses bords peuvent s’accoler, ce qui nécessite une nouvelle incision ou tout au moins l’usage du stylet.
Ces considérations font que l’incision précoce tend de plus en plus à être abandonnée. Pour notre part nous ne la ferions que si, après échec du traitement abortif, les douleurs continuant à être très vives, la vue ou le stylet indiquaient un point nettement limité comme siège à peu près certain du foyer. Lorsqu'on fera l’incision précoce, outre qu’on devra, comme pour toute opération douloureuse sur l'oreille, faire tenir solidement la tête et les mains du malade, il faudra prévenir la famille qu’il sor-
‘tira non point du pus mais seulement un peu de sang.
On a proposé, pour éviter l'incision, d’érafler simplement l’épiderme, avec une aiguille ou la pointe du galvano-Ccautère. Nous n’avons point d'expérience sur cette pratique, mais 4 priori nous sommes portés à la regarder comme une demi mesure insuffisante.