‹ Du traitement des maladies tropicales dans les climats tempérésChapitre 5 sur 10 · DU TEAITEMENT DES MALADIES TROPICALES · texte numérisé non relu

DU TEAITEMENT DES MALADIES TROPICALES

tomes. Lorsque le gonflement est considérable, il se produit une sensation de poids, de lourdeur, ou simplement de malaise dans l'hypochondre droit, sensation qui s'accroit lorsque l'estomac est plein d'aliments, que le gros intestin est surchargé, que les vêtements sont serrés ou que le malade s'est couché sur le côté gauche.

Aussi, quand le foie est considérablement gonflé, les malades dorment en général sur le côté di-oit, ou sur le dos, parce qu'ils n'en sentent pas le poids. En outre la pression sur l'estomac et sur le cœur s'en trouve diminuée.

Cet état du foie est d'abord aggravé, puis entretenu, par un affaiblissement de longue date ou une altération des ganglions vaso-moteurs par suite de l'empoisonnement paludéen, et qui entraîne un manque de ton dans les éléments musculaires des vaisseaux portes, qui ne se contractent plus avec une assez grande vigueui- poiu* faire circuler le sang qu'ils contiennent. De là, congestion et tuméfaction, cu-culation lente et rétention trop prolongée du sang dans le foie et dans tout le système porte.

Il y a même lieu de croire que cet état de congestion s'étend, jusqu'à un certain point, à toute la cii'culatiou veineuse, car, par suite de l'affaiblissement ou dégénérescence de la fibre musculaire du cœur il se produit une certaine dilatation des cavités particulièrement du côté droit, il en résulte des symptômes de circulation embarrassée, dyspnée et doulem- cardiaque avec ou sans asthme paludéen. (*) Quand ces conditions existent depuis longtemps les cavités du cœur se dilatent parfois tellement qu'il se produit ce qu'on peut regarder comme ime insuffisance fonctionelle anormale des valvules tricuspide ou mitrale.

Le matin, il y a ordinairement des nausées. Quand la congestion s'accroît rapidement par quelque cause que ce soit, il y a souvent nausées et des vomissements. La langue est presque toujours recouverte d'un enduit épais, brunâtre ; le matin la bouche est mauvaise ; il y a anoréxie ; les fonctions intestinales sont imparfaites et irrégulières ; les selles sont pâles ou couleur d'argile ; quelquefois il y a de la diarrhée et les excréments ont une teinte jaune paille ou pâle ; le malade éprouve une sensation de chaleur ou de cuisson à l'anus ; de la flatulence ; de la céphalalgie frontale ; de la douleiu- dans la globe des yeux ; des défaillances et des étourdissements fréquents; une couleur

(«) Vide; Climat et Fièvres de l'Inde, Pages 133 et 134, Cas XXX, XXXI, XXXU-1882, par Sir Joseph Fayrer, K.O.S.I.

blême de la face ; la conjonctive est jaune. Il y a souvent une anémie marquée et une évidente diminution dans le poids du corps. La peau est sêclic et parcheminée, mais transpire abondamment si l'on fait un léger effort. La température s'accroît xm peu le soir ; le pouls est imtable, facilement compressible et plus faible qu'à l'état normal. L'urine est excessivement acide, peu abondante, très chargée d'urates, quelquefois albumineuse, non pas nécessairement par suite d'une maladie organique des reins mais parce qii'ils souffrent de la congestion veineuse générale, et qu'ils sont irrités par l'extrême acidité de leur excrétion. Elle est aussi très colorée et l'analyse chimique montre nettement que la matière colorante de la bile s'y trouve en excès.

Traitement. — Les indications sont de diminuer la pléthore abdominale d'une façon assez continue pour assurer le complet rétablissement de l'équilibre de la circulation porte, et eu même temps de donner une nourriture suffisante sous la forme la plus digestible et la moins irritante.

S'il y a constipation ou lenteur dans l'accomplissement des fonctions intestinales, une dose de ealomel, des pilules mercurielles simples, de la coloquinte, ou de la podophylline avec de la jusquiame, accompagnée quatre ou cinq heures après d'un purgatif, débarrasseront généralement les intestins de leur contenu nuisible et diminueront l'engorgement porte et hépatique; un large sinapisme sur l'hypochondre droit est aussi utile. La pression directe sui* le foie est ainsi un peu diminuée. Le meilleur aliment est le lait pur ; on peut, si besoin est, le couper avec de l'eau pure, de l'eau de soude carbonatée ou de l'eau de chaux. Il se digère facilement et constitue en soi un aliment non excitant, contenant tous les éléments requis pour la nutrition, les sécrétions récrémentitielles et l'entretien de la chaleur animale. Tant que le gonflement n'a pas disparu, et longtemps après dans bien des cas, on doit maintenir l'activité des sécrétions intestinales (mais en prenant bien garde de ne pas accroître la débilité existante) par l'usage journalier de purgatifs salins ou d'eaux minérales laxatives, auxquels on ajoute de temps en temps, si besoin est, des préparations mercuriellcs ou de la podophylline.

Les bains d'air chaud ou les bains turcs sont quelquefois utiles. Vingt ou vingt-cinq centigrammes de sulfate de quinine avec de l'acide citrique et de l'esprit de nitre dulcitié, trois fois par jour, forment un bon diurétique.

Si les préparations de fer ou les eaux ferrugineuses peuvent être assimilées, il faut toujours s'en servir pendant la

convalescence. A mesure qu'elle avance, les purgatifs et le régime lacté doivent être remplacés j)ar des remèdes antipériodiques et toniques, par les aliments ordinaires, en observant une grande sobriété ou mieux encore l'abstinence absolue de toute liqueur alcoolique. Les boissons fermentées, comme la bière, sont très nuisibles.

La plupart des cas d'engorgement et de congestion cèdent rapidement à ce traitement. Dans les cas chroniques où une pléthore de longue date a produit des changements organiques tels que la dégénérescence amylacée ou fibreuse, ou graisseuse, c'est encore ce traitement qui produit la plus grande amélioration possible dans l'état de congestion. Si après l'avoir appliqué, il reste encore im certain gonflement, ou peut en général l'attribuer, ainsi que l'altération plus ou moins permanente de la santé générale, à l'une de ces causes dont nous venons de parler.

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