DE L'ANÉMIE PROGRESSITE ET PERNICIEÏÏSE
On la rencontre sous sa forme aiguë chez les personnes des deux sexes qui ont été sujettes à la fièvre ou à l'empoisonnement paludéen avec gonflement de la rate et du foie. On dirait qu'elle est souvent associée avec quelque dérangement caché du centre vaso-moteur des fonctions de la digestion, de l'assimilation et du système glandulaire. Elle s'observe généralement chez les femmes enceintes ou chez celles qui ont eu des enfants et qui ont souffert d'une hémoiThagie utérine considérable. Les globules rouges sont déformés, granuleux et ratatinés; de même que les globides blancs, ils sont diminués de nombre. Le plasma est aussi altéré en quantité, et pendant le progrès de toute affection intercurrente, accompagnée d'une forte augmentation de la température, il présente une tendance extraordinaire^ à la coagulation, particuhèrement dans les cavités droites du cœur et dans l'artère pulmonaire, d'où résulte la mort subite. La quantité de sang dans les vaisseaux est fortement diminuée ; le sang lui-même est aqueux et moins dense ; les hémorrhagies nasales ou de la membrane muqueuse intestinale sont fréquentes. Tous les symptômes d'anémie redoublent d'intensité. A mesure que la situation s'aggrave, ce qui arriveen dépit des soins lesplus intelligents, une diarrhée, souvent intermittente, et une excitation fébrile constante viennent ajouter à la gravité du cas. L'atrophie et l'émaciation font des progrès constants ; on obseiTe de l'anoréxie et un dégoût bien marqué pour les aliments ; il y a le matin des nausées, des vomissements. La débilité et l'appauvrissement du sang s'accroissent de plus en plus jusqu'à ce que — et c'est ce qui arrive dans presque tous les cas confirmés de la maladie— la mort survienne par suite de syncope ou d'une combinaison d'asthme et d'apnée cardiaque. Parfois la counaissance dure tout le temps, mais dans la plupart des cas que nous avons observés, la mort a été précédée de convulsions et d'insensibilité durant les 24 dernières heures de la vie. A l'autopsie, nous avons trouvé une atrophie simple du cerveau, du cœm-, des poumons, du foie, de la rate, des reius, de l'estomac, du pancréas, des intestins, des folhcules clos, des villosités de l'intestin grêle, des muscles volontaires, du tissu adipeux et aussi, comme nous avons cru le remarquer, des ganglions solaires et des capsules surrénales ; pâleur de tous les tissus, décoloration remarquable du sang et des caillots, comme on en trouve ordinaùrement dans l'oreillette et le ventricule droit, s'étendant quelquefois dans l'artère
pulmonaire. Tous ces symptômes ne peuvent s'expliquer que par une inanition survenue très graduellement et probablement due à quelque action altérante produite sur les ganglions sympathiques par la malaria, chez les persoimes qui ont ou n'ont pas été affaiblies par l'influence énervante de la chaleur, des pertes excessives de sang ou une lactation prolongée et répétée.
Traitement. — Il est ordinairement palliatif. La maladie soit aiguë, soit chronique, résiste généralement à tous les ti-aitements. Nous avons vu cependant de bons eflets produits, la vie prolongée, et un certain bien-être obtenu par l'an- pur et régénérateur de la campagne, la résidence dans une ville d'eau, sur le bord de la mer où l'air est plus stimulant, le régime lacté, et l'entretien régulier des fonctions intestinales. Quelques gouttes de hqueiir ai'senicale de Fowler, avec des doses de 80 à 60 centigrammes de sulfate de quinine, administrées avec le lait que boit le malade, ont produit aussi dans certains cas de l'amélioration. L'expérience nous a démontrée que le fer est mal supporté, qu'il produit de la céphalalgie, une kritabilité nerveuse et des troubles gastriques et intestinaux. Des massages quotidiens sont agréables et bienfaisants. Il en est de même des lotions avec une éponge qu'on imbibe d'eau tiède additionnée d'acide nitro-muriatique. Le malade doit rester dans un repos complet, couché sur le dos, avec la tête plus basse que d'habitude.
Après l'ah- pur viennent la nature, la quantité et la qualité des aliments. Il faut avoir soin de ne pas introduire dans l'estomac, à chaque repas, plus d'aliments qu'il ne peut en tolérer convenablement et confortablement. Le lait, qui est la base de la noumtm-e, doit être préalablement bouilli et donné pur ; s'il arrive cependant qu' il soit trop fort ou trop lourd, on peut le couper avec de l'eau-de-Seltz, de soude, d'Apollinaris et un peu d'eau de chaux. On doit le donner dégourdi. Quand la quantité que le malade peut supporter est connue on doit la lui faire prendre toutes les deux heures et même plus souvent. Parfois nous avons alterné avec du jus de viande ou un extrait de viande sous la forme liquide. On répète le massage soir et matin, ou plus souvent s'il paraît agi-éable et s'il est demandé. 11 doit être très léger : il excite la circulation, exerce les muscles avec le minimum de dépense do force nerveuse, augmente aussi l'appétit et appelle le sommeil. Nous n'avons pas expérimenté la transfusion.