HISTORIQUE DU SIPHON
Discuterons-nous à ce propos les questions de priorité qui ont surgi à plusieurs reprises entre divers adeptes de la méthode du siphon ? Ce serait œuvre futile et dénuée d'intérêt, chacun ayant pour sa part contribué à mettre en pratique courante un principe qui a de tout temps fourni de précieuses applications.
Le mode d'emploi a varié suivant les temps et les pays; on a, comme dans tout appareil, apporté certaines modifications dictées par l'expérience, et le mieux avisé sera celui qui, sacrifiant tel dispositif qui porte son nom, modifiera au fur et à mesure sa technique suivant les perfectionnements qui lui seront inspirés par d'autres auteurs.
Disons d'emblée que ridée du siphon a germé presque simultanément chez plusieurs auteurs ; néanmoins, la première relation qui en ait été faite est due à Potain l, dans le Bulletin de Thérapeutique de 1869. Cet auteur y décrit son appareil consistant alors en un embranchement en Y muni de trois robinets ; sur la première branche s'adapte un tube qu'on introduit dans la plèvre au moyen d'un trocart retiré ensuite ; la seconde et la troisième branche se prolongent chacune par un tube en caoutchouc dont l'un plonge dans
1 Potain, 1S6U.
un réservoir rempli d'une solution antiseptique placé au-dessus du lit: l'autre déverse dans un récipient situé sous le lit. le liquide antiseptique introduit dans l.i cage Ihoracique qui entraîneavec lui le pus el les débris de fausses membranes sécrétés par la plèvre. - tard, Potain apporta une légère modification à son appareil, en ce sens qu'il supprima son dispositif en Y pour introduire séparément dans la plère chaque tube dont l'un plongeant plus profondément favorise le lavage plus complet «le la cavité.
Donc dans les deux cas le tube inférieur joue le rôle de siphon après avoir été amorcé par le liquide provenant du réservoir supérieur; la manœuvre est trop simple pour que nous insistions, elle s'explique d'elle-même. Nous ferons remarquer néanmoins que, à côté d'autres inconvénients plus graves dont nous parlerons dans un des chapitres suivants, l'appareil de Potain a celui de ne fonctionner que par intermittence, c'est-à-dire chaque lois seulement qu'on l'amorce; par conséquent, il réalise d'une façon incomplète les avantages du siphon ; c'est ce que son auteur a reconnu lui-même, du reste, plus tard, et 31 pour y remédier que Denucé, de Bordeaux, et son élève, Queyroi ' ont quelques années plus tard amené un perfectionnement au siphon de Potain, tout en le simplifiant : ils suppriment le tube supérieur, ne conservent que l'inférieur qui plonge continuellement dans un flacon rempli d'une solution antiseptique; de cette façon l'appareil reste amorcé eu permanence, mais il H-' se distingue plus alors ^\^ celui dr Playfair, de Bulau, etc.
lueyroi. Thèse de Bordeaux, I -
En 1871, Playfair * introduisit en Angleterre son procédé dit « Subaqueous drainage » et qui représente le siphon dans sa plus grande simplicité. Il consiste en ceci : 1° ponction exploratrice préalable; 2° ponction définitive avec un trocart au travers duquel on introduit l'extrémité d'un tube de caoutchouc dans la plèvre ; ablation du trocart.
L'extrémité supérieure du tube de caoutchouc se trouve ainsi pincée par les lèvres de la plaie auxquelles vient suppléer un léger pansement collodionné ; l'extrémité inférieure plonge dans une bouteille portative remplie d'eau, s'opposant ainsi à la rentrée de l'air dans la plèvre, et maintenant l'amorcement du siphon. Le malade peut, à son gré, rester couché en plaçant sa bouteille au pied du lit, ou bien se promener en portant celle-ci à la main ou dans sa poche.
Les principaux imitateurs de Playfair parmi lesquels Hervett. Gotthardt, etc.. ont adopté son procédé avec des modifications insignifiantes.
Revilliod2 en 1872, à la Société médicale de Genève, communiqua pour la première fois quelques résultais obtenus au moyen de son siphon qu'il emploie depuis Tannée 1870 à l'Hôpital cantonal. Il y revient en 1873 et 1886 au Congrès de la Société médicale de la Suisse romande. Quoique ne donnant pas à cette occasion une description complète dr son appareil, Kevilliod employait à rr moment déjà le dispositif actuel ; son exposé détaillé a fait l'objet d'une monographie de l'un de ses élèves en L890 (Archawski, Thèse de Genève) et nous nous réservons d'y revenir longue-
1 Playfair, 1871.
2 Revilliod, IS72.
ment dans un des chapitres suivants ; c'est pourquoi nous nous bornons a en taire une simple mention a cette place, pour établir l'ordre chronologique.
v .ii- revenons ensuite en France, où Tachard *, médecin des hôpitaux, eut l'idée en 1874 d'appliquer les propriétés «lu siphon à diverses affections chirurgicales, telles qu'abcès, fistules, et en outre au traitement «les pleurésies tant séreuses que purulent
si surtout a ce dernier point de vue que sa méthode nous intéi i nous décrivons brièvement l'appareil
qu'il lit construire dans ce but sous le nom « d'aspirateur hydraulique » : Soit un tube métallique en U, portant à son sommet une douille à laquelle s'adapte un trocart ; chaque extrémité libre du tube se prolonge par un tuyau de caoutchouc muni d'un index de verre. L'un «les tuyaux, long de 1 m. 50, se termine par un robinet réglant l'écoulement des liquides; à l'autre st adaptée une poire en caoutchouc faisant l'officetle pompe aspirante et foulante. Une fois le tracart plongé dans l'espace intercostal, le dispositif se rapproche passablement de celui de Potain, permettant de taire des irrigations de la plèvre, ou même des double courant, à condition de remplacer le trocart simple par une double sonde métallique. Dans tous les cas, le tube inférieur plongeant dans un bocal
placé SOU8 le lit fera l'office de siphon. Ajoutons
encore que, en ce qui concerne les exsudats purulents,
dard remplaça successivement la ponction simple
• trocart par nue incision en boutonnière «le la
paroi thoracique, puis, plus tard par la pleurotomie
Franche, modification qui, comme nous le verrons plus
loin, a. selons nous, nue grande importance,
• Tachard, 1874
En 1881, parut la première publication du père des siphons en Allemagne, nous avons nommé Bûlau l. Grâce à la vogue dont jouit immédiatement son procédé dit « Heber drainage ». et à la littérature touffue qu'il provoqua dans son pays, en quelques années le nom de Bûlau fut consacré. Même dans les pays voisins, en France, en Suisse, on en subit l'influence, et. par une espèce de suggestion, on prit l'habitude d'unir fatalement ces deux mots « siphon » et « Bùlau )>. indistinctement du procédé employé.
Il nous paraît utile d'attirer l'attention sur ce fait, car en tant que siphon, l'appareil et le mode d'action ont une grande importance. Sans vouloir en aucune façon discréditer la méthode Bûlau, nous ferons cependant remarquer qu'elle diffère passablement de celle de Revilliod. comme nous le verrons dans la description ci-dessous, et que, considérer les résultats de l'une, pour juger de l'autre serait inexact.
Ceci dit, revenons à la publication de 1881 dont nous parlions plus haut, laquelle n'est pas due à Bùlau luimême, mais à Jaffé. Elle a paru dans les Deutsche medicin. Wochenschr., n° 17.
Nous en extrayons la description suivante :
Coucher le malade dans une position convenable au bord du lit, s'assurer par une percussion rapide, accompagnée d'une exploration (Pravaz) antiseptique, du siège du pus, procéder à la désinfection de la régi< >n puis ponctionner avec un trocart de petite dimension. 5 à 6 mm., ou bien faire préalablement une petite incision de la peau au bistouri, pour diminuer la douleur de la ponction, puis Paire une transfixion avec le trocart des plans profonds. La plus grande partie du 1 Bûlau, 1881.
-. . ii vertu de sa pression interne, s'écoule par le manchon quand on retire la pointe du trocart ; quand
:'ii\ diminue, on introduite travers le manchon, avant de I»1 retirer, une sonde Nélaton donl on a réséqué
sommet et qu'on relie au moyen d'un index de i un tuyau de caoutchouc assez long pour
lir plonger au niveau du sol dans un bocal rempli à moitié d'une solution antiseptique faible. On li\<i la sond Nélaton à la plaie par un fil de soie qui, noué autour de la sonde d'une part, a ses deux chefs collés à la peau par du diachylon ; on peut encore ajouter un -m- pansement antiseptique autour de la sonde.
Par la force du siphon ainsi constitué, le pus de la plèvre est appelé et continue à s'écouler; quand le courant commei s'arrêter, prouvant ainsi que la
sque totalité du pus a été évacuée, on fait plonger l'extrémité inférieure du siphon dans un autre vase contenant une solution tiède, et faiblement phéniquée ou on élève ce vase au-dessus du niveau du malade; le courant ><i trouve ainsi renversé, c'est-àdire que le liquide coule dans la <-a\ ité pleurale ; il suffit alors d'abaisser à nouveau le récipient pour que le liquide, chargé de débris et de pus. soit entraîné au dehors, et on procède ainsi à un lavage de lacavité
irale qu'on peut renouveler trois à quatre fois par jour les premiers temps. Au fur et à mesure que La cavité se rétrécit, on retire un peu la sonde Nélaton jusqu'à ce que la quantité du pus. ayant diminué luellement assez, on coupe la Bonde à ras delà
u après fixation avec une épingle de sûreté. On obtient ainsi, après un temps plus ou moins long, une cicatrisation complète de l'empyème.
T< Ile est en résumé, la méthode de Bûlau : nous
aurons l'occasion d'y revenir plus loin, mais notons d'emblée les cinq points essentiels suivants qui la distinguent de la méthode Revilliod: 1" ponction au lieu de pleurotonie ; 2° étroitesse du tube pleural £5à6mm.); 3° absence de l'ajutage renflé ; 4° absence de la boule d'appel ; 5° absence de la carafe portative.
Nous trouvons encore par la suite certains changements dans le dispositif, apportés par tel ou tel auteur bien que la plupart des caractères se retrouvent en commun chez tous.
("est ainsi qu'en Angleterre, Robertson \ en 18s i. préfère l'incision de la paroi thoracique avec le bistouri, «à la ponction simple; il ne réalise cependant pas la pleurotonie franche et large offrant un grand avantage pour l'écoulement des fausses membranes et des coagula de différentes natures, mais se contente d'une simple boutonnière par laquelle entrent à frottement deux tubes en caoutchouc, dont l'un fait l'office de tube laveur, l'autre de tube évacuateur. comme chez Potain.
En France. Desplats, Constantin-Paul, Peyrot, ont suivi son exemple en pratiquant la boutonnière pleurale, mais ce procédé, qualifié de bâtard à juste titre, tenant de la ponction en même temps que de l'incision ne parait pas devoir faire parler beaucoup de lui.
Immerman 2 en 1887 se préoccupe de modifier le récipient des produits sécrétés. 11 remplace le simple vase rempli dune solution antiseptique par un flacon à deux tubulures dont l'une, reliée au tube siphon plonge jusqu'au fond, l'autre très courte communique avec l'extérieur et sert à augmenter ou diminuer la
1 Robertson, 1834.
'-' Immermann, l.s»7.
ss >n dans l'appareil lorsque le tubeesl bouché par quelque magma. Son flacon présente en outre l'avance d'être ' - portatif et de permettre au malade de se promener,
Sahli ■ a Berne, emploie depuis 1 ss« > le Bûlau modifié 3t-à-dire qu'il remplace le fin Nétalon par un s tube de caoutchouc dont le calibre varie entres et 13 mm. selon l'endroit ponctionné et selon l'âge du malade : mais môme pour les plus gros numéros, il sert du trocarl et non de L'incision au bistouri. Même conduite dans la suite que ce que nous avons dit à propos de Bûlau.
Au huitième Congrès de Médecine interne en 1889, Storch 'décrit et présente un appareil de son invention. auteur met au service du vide pleural le principe des deux vases communicants de Runsen. c'est-àdeux vases superposés dont le supérieur se vide dans l'inférieur; en se vidant, il aspire l'air d'un tuyau placé à la partie supérieure et en relation avec la plèvre; on règle cette force d'aspiration par la plus ou moins grande rapidité de l'écoulement. Appareil •/ ingénieux, mais ayant l'inconvénient d'être encombrante! surtout d'obliger les malades à garderie lit mu le fauteuil sans pouvoir marcher.
Nous avi »ns vu qu'Immermann remplaçait l<i vase réleur par un flacon à deux tubulures 8, Forlanini, en Italie veut trois tubulures. Nous empruntons la description de son appareil à Cestan, dans son traité de la Thérapeutique des Empyèmes: Le procédé de Forlanini consiste simplement: 1 à user d'un trocart de très
- il ... i-
gros calibre et d'an drain de plus gros calibre encore que Ton introduit dans le trocart et dans la plèvre en le tendant sur un mandrin. Forlanini espère ainsi éviter l'obstruction du tube et l'entrée de l'air entre lé tube et la paroi ; 2° à remplacer le flacon de Playfair- Bûlau par une bouteille de Wolff à trois tubulures. De celles-ci l'une communique avec le tube pleural. une autre avec un tube aboutissant dans un bassin plein d'eau ; la troisième, munie d'un robinet est coiffée d'un manchon garni d'ouate filtrante et permet l'introduction dans la cavité d'air stérilisé, pour atténuer au besoin le vide pleural dans la mesure convenable. C'est l'écoulement du liquide contenu dans la bouteille de Wolff, préalablement remplie, qui amorce le siphon après occlusion du manchon filtrant.
Terminons ce court aperçu par la description d'un appareil dû à Perthes \ assistant du prof. Trendelenburg. et dont l'exposé détaillé a paru dans les Beitru<jc zur klin Chirurgie, de 1897. Pour avoir fait son apparition tardivement, il n'en est pas moins compliqué.
Perthes reproche aux procédés jusqu'alors en vigueur, de renoncer aux avantages d'une large ouverture thoracique. ou du moins de n'en profiter que temporairement, comme dans la méthode de Hevilliod.
Pour obvier à cet inconvénient, il commence par réséquer une cote, puis, par des<n> l'orifice ainsi constitué, il place une plaque d'aluminium moulée à la paroi thoracique et doublée d'une plaque de caoutchouc. Pour obtenir une étanchéité plus parfaite, il interpose entre la paroi thoracique et la plaque d'aluminium un tube de caoutchouc circulaire el insufflé
1 Perthes, 1897
• qui agit comme pelote pneumatique autour de la plaie <lu thorax. Le tout est fixé par des tours de bande. Dans le milieu de la plaque d'aluminium se trouve enchâssée une sonde œsophagienne épaisse, introduite de quelques centimètres dans la cavité pleurale et percée de nombreux trous. L'aspiration de l'air et des liquides esl produite par une trompe à eau reliée au thorax par un long tube. Sur le trajet de ce tube esi Interposé un récipient collecteur gradué muni d'un manomètre à mercure mesurant la force du vide. ■ m enlève l'appareil tous les cinq ou six jours pour le laver el débarasser les grumeaux qui s'accumulent au pourtour de la plaie thoracique.
■] obtient ainsi par ce mécanisme une pression
■ sur la surface pulmonaire, variant à volonté entre 30 et L20 mm. de mercure.
T -u! en reconnaissant les statistiques favorables sur lesquelles Perthes appui'1 sa méthode, nous ne pouvons manquer de faire remarquer les complications ' es difficultés qu'elle comporte : 1° Elle nécesle voisinage immédiat d'une conduite d'eau pour alimenter la trompe d'aspiration, chose possible dans iiii hôpital bien agencé, mais souvent impraticable articuliers : 2° une instrumentation fragileel coûteuse, telle que manomètres mercure, etc. ; 3 et
$t peut être son plus grand inconvénient, le malade e«t oblig - irder le lit jusqu'à guérison complète,
puisqu'il ne peut s'éloigner de la conduite d'eau qui résente l'âme de l'appareil.
De plus, et indépendamment de l'appareil, la résection costale que Perthès considère comme nécessaire, constitue un< ration dans toutes les règles plus la pleurotomie, nécessitant de la part
du malade un reliquat de forces assez considérable, et dont les avantages sur l'incision simple peuvent être contestés, dans les cas de traitement par le siphon tout au moins.
Tels sont jusqu'à nos jours les procédés et les systèmes usités et sommairement décrits. Nous avons pensé utile et intéressant, avant d'entrer directement en matière, et de décrire plus spécialement le siphon Revilliod, de donner ce petit aperçu des autres appareils qui ont été. ou qui sont encore en usage actuellement.