‹ Du Traitement Du Cancer De La ProstateChapitre 10 sur 16 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Harrisson, Lancet, 1884.

J. B..., cinquante-quatre ans, entre en observation en août 1882. Principaux symptômes : hématurie et pollakiurie. Bonne santé antérieure jusqu'aux neuf derniers mois. Pas de syphilis ni de tuberculose. Testicule gauche tuméfié depuis deux mois. Prostate augmentée de volume, indurée, bosselée. Le cathétérisme dénote une obstruction de l’urètre prostatique, mais ni calcul ni rugosité.

Le malade urine toutes les deux heures ou plus souvent la nuit comme le jour; les urines sont toujours largement mêlées à du sang.

On essaie toute sorte de traitement : les hématuries diminuent, mais l’irritabilité continue faisant baisser rapidement la santé du patient.

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28 octobre. — Harrisson ouvre l’urètre prostatique comme pour la taille périnéale médiane, En explorant la prostate il trouve une masse solide allant vers l’urêtre et occupant le col de la vessie. L'énucléation se poursuit d’une manière assez complète, cependant en raclant avec le doigt il ne peut enlever qu'imparfaitement une bande semblable à une corde sur la voûte de l'urètre prostatique. La masse enlevée, grosse comme la dernière phalange du pouce était évidemment une masse néoplasique.

Pas d’hémorragie sérieuse.

L’urine passe entièrement par l'ouverture périnéale et le malade peut jouir de ce qu’il n’avait plus depuis plusieurs mois, un sommeil ininterrompu.

15 octobre. — Le sang disparaît difficilement des urines.

8 janvier. — Le malade peut retenir ses urines une demi-heure. On lui met un appareil pour remédier à l’incontinence d’urine.

Le patient vit confortablement pendant quatorze mois et reprend en partie des occupations. Plus de douleur ni d'hémorragie.

Puis les ganglions de l’aine se développent énormément et il meurt en deux mois.

La tumeur était une fois et demie grosse comme la portion enlevée. Elle peut être considérée comme dans la prostate.

Les douleurs atroces endurées par le malade, la difficulté de la miction nécessitent une intervention frappante par la difficulté éprouvée par l'opérateur qui doit renoncer à une intervention complète. Cette intervention montre aussi très nettement qu'aussitôt la miction rétablie, quoique par une voie anormale, tous les phénomènes douloureux disparaissent ainsi que ces mictions aussi fréquentes que pénibles; le sommeil revient ; l’état général se relève. Il faut noter néanmoins le terme dela mort du patient. On peut penser que, si l'évacuation des urines avait pu être obtenue par une autre voie, sans qu’on touchât à la néoplasie elle-même, la durée de l'existence du sujet aurait

été bien plus considérable. D'ailleurs, Harrisson se félicite d’être intervenu. C’est à bon droit : il a pu donner à son malade plus d’une année d’existence sans souffrance. € Mon incision, dit-il, n’aurait-elle fait qu’arrêter temporairement les symptômes — dont la prolongation aurait amené une fin rapide — sans permettre l’ablation de la tumeur, même alors elle eût été d’un certain bénéfice, » Et il conclut :

1° Il est permis de procéder à une exploration des parties atteintes par la taille périnéale ;

2° Cette exploration permet l’extirpation des fragments de la tumeur;

3° Si cette extirpation n’est pas possible, elle permet la prostatomie et le drainage de la vessie.

Pour Harrisson, l’intensité des phénomènes douloureux est donc une raison suffisante pour légitimer lintervention. Quant à la difficulté de l’opération, le danger qu’elle fait courir au malade, l'impossibilité probable d’une ablation complète, ce sont là autant d'inconvénients dont on prend son parti Il profite de l’enseignement qui découle des interventions faites avant la sienne, il sait que le drainage de la vessie et l’évacuation des urines mettent un terme aux horribles souffrances du patient. Il aime mieux précipiter la marche de la néoplasie en l'irritant par une intervention même imparfaite que de voir le malade emporté encore plus rapidement par l’acuité des douleurs ou la rétention d’urine et les complications qui en résultent.

Ces observations montrent que dans aucun cas l’intervention n’a été faite à la période de début de la maladie. Cela tient à la difticulté, nous dirons même à l’impossibilité du diagnostic au début. Le chirurgien ne se décide à

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