‹ Du Traitement Du Cancer De La ProstateChapitre 4 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le cancer de la prostate est une affection considérée comme très rare. C’est du moins l’opinion émise dans les auteurs classiques. Mais il ne semble pas que ce soit l'avis de ceux qui se sont occupés de cette question d’une ma-nière toute particulière. C’est ainsi qu’on voit Thompson, en 1861, essayer de réagir contre cette idée, et publier une vingtaine d'observations deson Traité des maladies de la prostate.

De son côté, Oscar Wyss rassemble une dizaine de cas. Puis, en 1869, ce sont encore quarante-cinq cas publiés par Jolly. Enfin, dans une thèse de Paris de 1888, Engelbach dit avoir réuni quarante et un nouveaux cas.

Il y a bien loin, évidemment, de la fréquence du développement de néoplasmes de la prostate, à celle du cancer de la mamelle ou du testicule. Mais, est-ce une raison pour faire de cette redoutable affection une curiosité patho-

logique ?

Me

Mais ce qui frappe le plus dans l’étiologie de cette maladie, c’est le nombre relativement grand de cas observés dans l'enfance. Ge fait ressort du moins d’une manière évidente da travail de Jolly. Sur quarante -cinq cas rapportés par cet auteur, il y en a neuf qui concernent des enfants agés de moins de neuf ans. Cette notion a une grande importance pratique au point de vue de l’intervention. Le diagnostic de l’affection étant bien plus aisé chez l'enfant que chez le vieillard, particulièrement au début, à ce moment où un essai de cure radicale aurait peut-être quelque chance de réussir.

C’est qu’en effet, au début surtout, la symptomatologie du cancer de la prostate est loin d’être nette, bien tranchée, L’affection se développe d’abord lentement, d’une manière insidieuse, sans fracas. Les sensations éprouvées par le malade sont des plus obscures : un peu de gêne au fondement, une sensation vague de pesanteur ; quelques tiraillements, c’est en somme ce que ressent un prosta. tique au début. Et la ressemblance ne cesse pas de sitôt. Dans l’un comme dans l’autre cas les douleurs deviennent de plus en plus vives ; ia miction devient une appréhension pour le malade qu’elle fait souffrir. Surtout au moment où sont expulsées les dernières gouttes d'urine, quand la vessie se met à se contracter spasmodiquement. Cependant le malade est obligé de pisser de plus en plus fréquemment ; c’est d’abord le jour; plus tard il sera obligé de se lever plusieurs fois par nuit.

À ce moment le malade commence à s'inquiéter. Ces envies fréquentes, qu'il ne peut maitriser même un laps de temps assez court, le déroutent. C’est bien autre chose lorsqu'apparaissent les hématuries: elles sont d’ailleurs

pt le plus souvent peu abondantes c’est un mélange en pro: portions variables d'urine et de sang. Quelquefois après un cathétérisme, l’hématurie est plus forte et c’est un véritable jet de sang qui s’échappe du canal. Cependant les phénomènes douloureux prennent une importance considérable; ils dominent toute la scène ; ils deviennent parfois si aigus qu’ils rendent tout sommeil impossible.

Jusqu'ici rien de pathognomonique, pas un de ces symptômes qui permette d'affirmer qu’on se trouve en présence d’une tumeur maligne de la prostate plutôt que d’une hypertrophie quelconque de cette glande. Et ce même doute pourra persister dans l'esprit du chirurgien alors même que survieudront des complications graves qui pourront mettre le malade en danger de mourir à bref délai: la rétention d'urine, la cystite purulente, la pyélonéphrite. Elle peut arriver progressivement, devenant de plus en plus prononcée à mesure qu'augmente le volume de la tumeur jusqu’au jour où l’urine est totalement arrêtée. Quelquefois elle se produit brusquement comme il arrive aussi chez les prostatiques : à la suite d’excès de table, d'écart de régime ou de fatigue exagérée, le malade se trouve tout d’un coup dans une impossibilité complète d’uriner.

Quant à l’apparition de la cystite purulente, de la pyélonéphrite, de la fièvre urineuse elle n’a évidemment rien qui puisse aider le diagnostic. Seules jusqu'ici, l’hématurie et la fétidité des urines pourront éveiller l'esprit sur l'existence possible d’un cancer de la prostate.

Il w’en est pas de même de Pexamen direct par le toucher rectal et la palpation abdominale au moins lorsque la maladie aura suffisamment évolué. Au début, en effet,

le toucher rectal permet seulement de reconnaitre une certaine augmentation du volume de la prostate, une consistance un peu anormale. Ce sont encore là des sympto mes que l’on trouve dans toute hypertrophie sénile de la prostate, mais lorsque, en introduisant le doigt, on tomswera sur une prostate nettement douloureuse, très volumineuse, présentant des bosselures nombreuses, dure par places, ramollie en d’autres ; lorsque, la coque fibreuse rompue, on pourra sentir des adhérencesanormales avec le rectum, l’existence de prolongements dans le petit bassin évidemment, le doute ne sera plus possible. Alors on pourra voir engorgés lesganglions iliaques, ceux de l’aine. La palpation abdominale fera sentir une tumeur plus ou moins volumineuse de ce bassin. L'état général lui-même viendra confirmer les autres données et cette affection si obscure au début, si difficile à distinguer de l’hypertro phie prostatique en particulier, s’imposera par la force des choses à l'esprit du chirurgien.

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