ENCRES
En résumé, pour cet auteur, l'acide salicylique serait le spécifique du chancre simple.
Tartrate ferrico-potassique. — Mais l'acide salicylique n’est pas la seule substance à laquelle on ait attribué une efficacité aussi souveraine contre la maladie qui nous occupe. En 1895, Hallopeau et Macrez ont communiqué à la Société de Dermatologie une observation d'un cas de chancre simple phagédénique traité par la solution forte de tartrate ferrico-potassique. La méthode des auteurs étant exposée dans les conclusions de leur travail, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de les citer.
« 10 Le tartrate ferrico-potassique a une action « spécifique sur l'agent infectieux du chancre simple « phagédénique.
« 22 I] doit être appliqué en solution très forte (1/3) « et d’une manière continue.
« 3 La médication est douloureuse pendant les « premiers jours ; on atténue beaucoup cette dou- « leur en faisant précéder chaque application d’un « attouchement avec de l'alcool pur.
« 4 Au bout de peu de jours, les applications ne « provoquent plus aucune douleur.
« 5 Elles ne déterminent jamais aucune irrita- « tion, à l'encontre des préparations de protochlo- « rure de fer.
« 6° Le phagédénisme présente les plus grandes « analogies objectives avec la pourriture d'hôpital.
« 7 La substitution d’un exsudat dense et néo- « membraneux à l’exsudat pultacé et putrilagineux
A6 « du début indique, dans les deux maladies, une « diminution du pouvoir infectant de l’agent patho- « gène ».
Nous venons de voir les principales substances, recommandées contre le chancre simple, que nous. avons pu classer dans la médication astringente ; ilen est quelques autres encore dont l'usage a été peut-être un peu moins répandu. NE
Resorcine. — Leblond et Fissiaux (traitement du chancre simple chez la femme) ont conseillé de toucher l’ulcération, tous les deux ou trois jours, avec une solution de résorcine à 5/1000 et de continuer par des applications de résorcine en poudre ; la guérison a été obtenue, par ces auteurs,après une durée moyenne de dix-neuf à vingt-six jours.
Permanganate de potasse. — Le permanganate a été employé par F. Balzer sous forme d'irrigation continue avec la solution chaude à 1/1000. L'auteur faisait passer sur le chancre une dizaine de litres de cette solution à 40 degrés, en réglant l'écoulement de façon à ce que la séance durât de deux à trois heures, avec une température aussi égale que possible; dans l'intervalle des séances, pansement avec de la gaze iodoformée,imbibée de liqueur de Labarraque. De même Arning recourait à des lavages quotidiens de deux heures avec une solution de permanganate à 5/1000, portée à une température de 50 degrés. :
Sr DRE
Europhène. — Nous ne ferons que signaler les tentatives de traitement par l’europhène (substance renfermant 28 pour cent d'iode) qui, d'aprés L. Estay, remplacerait l'iodoforme et aurait sur ce dernier l’avantage de ne pas avoir d'odeur, d’être très adhérent, pas toxique et très légèrement caustique.
Nosophéne. — Un autre succédané de l’iodoforme serait le nosophène (tétra-iodo-phénol-phtaléine) que l’on appliquerait après lavage soigneux à l'hydrozone, et qui aurait donné à Ohmann-Dumesnil de rapides guérisons.
Peroxyde d'hydrogène. — À signaler également les pulvérisations sous haute pression de peroxyde d'hydrogène suivies de pansement à l’iodol, (Parker Worster) et les badigeonnages quotidiens de Gaïacol suivies d'applications de talc ou oxyde de zinc: d'après Djelaleddin-Moukhar (de Constantinople) quatre ou six applications de Gaïacol suffraient le plus souvent pour amener la guérison.
Décoction de Pollini. — Nous terminons enfin cette longue énumération par la fameuse décoction de Pollini, si vantée autrefois, et dont la formule nous est donnée par Sangiorgio (Annales de Dermatologie, 1871). :
Salsepareille ........ \ Squine.............. (l ae Ces deux substances Pierre-ponce ........ \ dans un sachet de toile Antimoine anc......
Coquilles de noix... - 2T0er
Eater Die 40006r
Faire cuire une demi-heure en vase clos, puis
enlever le sachet, faire cuire de nouveau jusqu’à
réduction de moitié et presser dans un linge.
Scarenzio pense que l'efficacité de ce médicament est due àune substance secrète qu'il renfermerait en plus des précédenteset qu'il croit être du cuivre ; il propose.,en conséquence,d’y ajouter,par 750 grammes, 0 10 centigrammes de sulfate de cuivre ammoniacal.
Nous en avons fini avec les substances chimiques employées dans le traitement du chancre simple et de ses complications. En existe-t-il d’autres encore ? C'est fort possible. Nous pensons du moins avoir énuméré les principales. En tous cas, nous en avons certainement cité suffisamment pour donner une idée de leur nombre et de leur diversité et surtout pour avoir des éléments suffisants pour pouvoir, en toute connaissance de cause, choisir une thérapeutique.
9e AGENTS PHYSIQUES
Nous allons maintenant passer aux agents physiques:ils sont bien moins nombreux et, en dehors des essais de traitement du phagédénisme par l’irrigation continue au moyen de bains de siège tièdes prolongés et renouvelés souvent (Hutchinson), la plupart des autres méthodes ont pour base la chaleur sous diverses formes : eau chaude, air chaud, chaleur rayonnante, etc.
Dès 1875, Simmons avait publié une note sur le
= gg « traitement des chancres simples phagédéniques par l'immersion dans l’eau chaude ».
À Aubert (de Lyon) revient le mérite d'avoir été le vulgarisateur de cette méthode qui répondait par avance à la conception, plus tard vérifiée, d’une pathogénie bactériologiqueduchancre simple.
Ainsi qu'il nous le dit lui-même, ses recherches furent inspirées par les travaux de Chauveau sur l'atténuation et la modification des virus par la chaleur. Des expériences instituées sur des malades de son service, lui permirent de constater que le chauffage pratiqué entre 42 et 43 degrés avait complétement éteint l’inoculabilité du virus après 24 heures, puis après 3 heures, et même aprés 1 heure seulement. Ces recherches expérimentales prouvant que la chaleur était un excellent moyen de détruire le virus chancreux, il restait à en tirer des applications thérapeutiques pour le traitement du chancre simple. Aubert essaye d’abord les irrigations continues d’eau chaude, puis le chauffage local et le bain chaud général. L'un est insuffisant, l’autre difficile à supporter pendant un temps assez long. L'auteur s'arrête donc finalement au bain de siège ou, mieux encore, au demi-bain à 40 ou 4? degrés « qui, dit-il, « élève suffisamment la température centrale, au « voisinage de 39 degrésenviron et augmente à la « fois la chaleur périphérique des parties immer- « gées. On peut avec lui, (nous citons toujours), « espérer détruire dans un temps très court, et « peut‘être du jour au lendemain, la virulence des « surfaces chancreuses ». : je
En 1885 Lormand reprend les expériences d'Aubert en appliquant le traitement par les bains prolongés à 39 ou 40 degrés; la virulence a disparu dans tous les cas et l’auto-inoculation est toujours devenue négative après un ou plusieurs bains.
Arnozan et Vigneron, en 1891, ont modifié la technique d’Aubert ; au lieu des bains généraux ou des demi-bains à 40 degrés, ils emploient le chauffage local ; ils donnent, pour cela, des bains de la verge, pendant une demi-heure, dans une solution phéniquée à 1/1000 à la température de 40 degrés. Pour les bubonsindurésincisés ou ponctionnés, ils pratiquent une injection de la mème solution, avec une seringue à hydrocèle. D’après ces auteurs, le traitement agit surtout dans les premiers jours de son application; il modifie l'aspect du chancre ou de la cavité ganglionnaire et lui donne l'apparence d’une ulcération simple ou d’une adénite inflammatoire. Dans les phases ultimes de la réparation, il a une action moins favorable et semble déterminer un peu d’induration qui pourrait faire croire à un chancre mixte; dans tous les cas, il paraît susceptible d’enrayer le phagédénisme.
La même méthode est plus tard rècommandée par J. Fournier, et Legrand communique à la Société de Dermatologie (1892) une observation d'un cas de chancrellesmultiplescompliquéesde fiévrehectique; traitées par l’eau chaude.
Toujours en 1899, M. Welander (de Stockolm) éssaye de traiter le chancre simple en faisant pas: ser de l'eau, à 50 ou 52 degrés, dans des tuyaux de
plomb appliqués sur la plaie, et Lorand,quireprend ces expériences, en conclut qu’un des grands avantages de la méthode est d'empêcher la production des bubons; ce dernier auteur n’en aurait pas observé un seul sur 118 cas de chancre simple traités de cette façon.
Haralamb (4 eBucharest) faiten 1897, les premières. tentatives de traitement du chancre simple par Fair chaud et, en 1899, Krôüsing publie une -série de 40 observations de chancres simples traités par la chaleur rayonnante; nous exposerons. en détail, dans notre deuxième partie, en quoi consiste cette méthode.
Sur ces 40 cas, la guérison a été obtenue, après une durée moyenne de 21 jours pour 31 cas (L'auteur n’a vu les { autres qu'une seule fois.) :
- Dans 98 cas, 1 seule application a suffi.
2 RE) se = ST PT SE = ce ee EE es ss
Sur les 40 sujets, porteurs de ces chancres, 15 étaient, quand ils se présentérent, atteints de bubons douloureux ; tous, saufun, disparurent sans suppuration par l'application d'un emplâtre de mercure ou d'iodol et des onctions avec le vasogène iodé.
Enfin, en 1899, Manfanovsky publie un travail sur le traitement par la vaporisation. Voicicomment l’auteur conseille de procéder : après un lavage à l'eau boriquée, assécher la plaie avec du coton
TR hydrophile et protéger les tissus sains avec une couche de gaze; pratiquer la vaporisation en tenant l'orifice du tube à une distance de l'ulcère de 4 à 8 centimètres ; à cette distance, la température de la vapeur d’eau (50 à 60 degrès) suffit à détruire la virulence du chancre. On fait, chaque jour, une séance de 5 à 10 minutes. En trois ou quatre séances, le chancre se. transforme en une plaie simple, non infectée, qui se cicatrise après six à douze séances. | ,
‘ De nos jours, les applications de la chaleur, dans le traitement du chancre simple, deviennent de plus en plus nombreuses, de plus en plus variées ; mais la plupart de ces méthodes sont trop récentes, leurs résultats sont trop peu certains ou, du moins, trop peu connus pour que nous puissions les consigner dans ce travail.