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telligence ne sont rien , je vais plus loin , les plus beaux dons de l’intelligence ne peuvent tourner qu’au préjudice de l’individu et de la société; ils sont dangereux, ils s’appliquent en dehors de leur destination, s’ils ne s’exercent pas sous la suprématie des sentiments .
moraux. L’intelligeuce. Messieurs, ne doit servir qu’à bien faire.
Il est d’autant plus important pour le sujet que nous traitons de livrer tous ces faits aux réflexions d’hommes tels que vous, qu’il existe encore aujourd’hui des savants qui confondent dans leur esprit l’intelligence et les sentiments, qui ne savent pas que ce sont des forces spéciales et tout à fait distinctes, et qui croient qu’en développant les facultés intellectuelles, ils vont par cela même et du même coup former un homme de haute moralité : funeste erreur, en vertu de laquelle on agit depuis des siècles et sans relâche sur les facultés intellectuelles, en vertu de laquelle on laisse éternellement sommeiller les sentiments moraux , et par une dernière conséquence , en vertu de laquelle, .sous l’incessante activité native des penchants inférieurs, on voit de plus en plus, dans notre ordre social, des hommes
d’intelligence et d’esprit dépouillés de toute espèce de moralité, s’emparer de la direction des affaires, s’y couvrir d’infamies et braver insolemment chaque jour la morale et les lois.
Ainsi donc l’homme ne doit point rester audessous de lui-même. Il doit se montrer comme tous les autres êtres , sous toutes les faces de sa nature dans toute la force , dans toute la richesse, dans toute la beauté de sa création ; et si la vie de ses instincts conservateurs, quelque inférieure qu elle soit, ne doit point être l’objet de ses dédains, s’il doit même, sous ce rapport, s’incliner avec respect devant la volonté de Dieu, il doit surtout entrer dans les voies supérieures qui lui ont été tracées. La vie de l’intelligence et la vie des sentiments moraux constituent sa vie propre. C’est là que se trouvent ses devoirs, sa noblesse, son bonheur; c’est là que sont ses litres à la considération publique, c’est là que sont ses droits à toutes les récompenses de la terre et du ciel.
Pour imprimer à nos actions le cachet d’une haute moralité, la nature s’est montrée aussi prodigue envers nous que dans tous les autres dons de sa munificence. En effet, si nos penchants, par leurpuissanceet leur nombre, nous
font déjà, par eux seuls, occuper dans ce monde un échelon supérieur ; si nos sens, par leur délicatesse et leur acuité , nous mettent pour ainsi dire en contact avec toutes les choses de l’univers ; et si l’intelligence , à son tour, par la hardiesse et les profondeurs de ses conceptions, nous fait vivre dans des sphères d’activité inconnues à tous les autres êtres; on peut affirmer aussi que les sentiments moraux, par leur ensemble, leur harmonie et leur élévation, nous ouvrent une existence qui ne peut non plus être comparée à aucune autre, puisqu'ils constituent par leurs manifestations un ordre de faits qui n’a point d’ar • nalogue dans le reste de la création.
Voyez, Messieurs, si quelque chose manque à la grandeur morale de l’humanité ; voyez si, pour l’ennoblir, il serait possible d’ajouter une faculté aux facultés qu’elle a reçues ; si tout ne lui a pas été donné par surcroît; si un fleurou fait défaut à sa couronne.
La bienveillance.... elle nous donne l’amour et la charité. C’est un reflet de Dieu : une fois déjà elle a sauvé le genre humain. La vénération nous fait remercier et bénir le créateur des mondes, en même temps qu’elle
nous fait respecter tout ce qui est respectable, la vieillesse, le talent, le génie, la vertu, les . auteurs de nos jours. Le sentiment du juste et de l'injuste nous fait acquérir la notion du . devoir. La voix de la conscience, le cri du remords, sont les expressions figurées dont on se sert pour peindre ses indéfinissables émotions, et s’il n’est pas dans toute circonstance un guide infaillible, s’il nous trompe et nous dirige mal par défaut de lumières, toujours est-il qu’il nous dispose incessamment à connaître et à réparer nos torts. Le repentir est peut-être une des vertus qui honorent le plus l’humanité et une de celles qui peuvent le mieux lui servir à recouvrer sa grandeur. Le sentiment du merveilleux nous pose avec bonheur devant la majesté de la création ; il nous fait pressentir les gloires infinies de l’ Eternel, nous élève au-dessus du monde que nous habitons, et dispose notre esprit à croire en des choses extraordinaires, étonnantes, surnaturelles. J1 sert de base à la foi et fournit aux religions leur imposant prestige. La* persévérance nous sauve de la mobilité des impressions' extérieures, de l’instabilité de nos passions et donne de la teneur à notre carac-
tèrc. Le désir de la gloire nous fait rechercher . par de nobles moyens l’approbation de nos semblables. L’estime de soi nous rend jaloux de notre dignité, et ne permet pas qu’on porte atteinte à nos droits ; c’est sur ce sentiment que doit s’asseoir un jour la liberté du monde. L ’ espér ance relève nos forces abattues et embellit tout à la fois notre présent et notre avenir. L’imitation! L’homme agrandit et fortifie par elle ses facultés natives et perfectionne en quelque sorte l’ouvrage de la nature; et Y idéalité qui * par son instinct particulier, nous porte à rechercher la perfection en toutes choses, vient encore répandre sur tous les autres mouvements de notre âme je ne sais quel charme de délicatesse , de grâce et de pureté qui s’ajoute à tout ce que nos manifestations bien ordonnées ont par elles-mêmes d’entraînement et d’éclat.
Telles sont, Messieurs, les facultés sur lesquelles la nature a voulu faire reposer la grandeur morale de l’humanité. Telles sont les fatuités fondamentales de notre âme ; telles sont les facultés dont les médecins aliénistes eux-mêmes, et tous les criminalistes réunis ne vous ont jamais entretenu, soit dans les
ouvrages qu’ils ont publiés, soit dans les cours qu’ils ont professés. Depuis quinze ans j’ai été seul à marcher dans cette voie, et voilà par conséquent, au point de vue de l’étude
de la nature de l’honnne, et au - point de vue spécial de l’étude des aliénés et des criminels, la différence sensible qu’il y a entre leurs travaux et les miens. Et je le répéterai à ces autres dignes et bons confrères qui croient qu’en traitant de ces forces primitives de l’entendement humain, je me place tout à fait en dehors des éludes médicales, ces facultés sont inhérentesà notre être, à notre cerveau, comme les facultés de voir d’entendre, de toucher, sont. inhérentes à nos yeux, à nos oreilles, à nos mains. Il ne faut pas, parce que le sujet que l’on traite est plus élevé, plus difficile, ou tout autre que celui qui sert habituellement de texte à nos recherches ou à nos entretiens, se mettre dans l’esprit que l’écrivain qui l’aborde vient, sous le feu d’une imagination désordonnée, nous parler de choses d’un autre monde ou qui soient sans rapport avec nos intérêts. Je n’accepte point ce reproche: je viens, au contraire, vous entretenir des choses qui importent le plus à votre existence ou
pour mieux dire qui la constituent tout entière. Le cerveau ! Mais c’est tout notre être : pourquoi donc ne pas nous efforcer de nous connaître nous-mêmes ? Que serions-nous sans ce • '
premier des organes de l’économie ? En laissant de côté quelques points encore obscurs ou encore en litige, Geoffroy Saint-Hilaire , Cuvier, Blumenbach, Serres, Humboldt, Blainville, Gall et Spurzheim, Georges Combes, Andral, Gerdy, Bouillaud, Adelon et Ferrus, mon dernier maître, et tant d’autres hommes illustres assis sur les bancs de cette Académie ne vous ont-ils pas dit ce que c’était que le cerveau? C’est lui qui, comme instrument dont Dieu s’est servi pour établir les pouvoirs de l’espèce humaine, soulève tous vos instincts contre le poids terrible du monde extérieur, et vous en établit à la longue les possesseurs et les maîtres ; c’est )ui qui, par l’activité de ses fibres antérieures, vous appelle à la vie de l’intelligence, à la culture des lettres et des beaux-arts; c’est lui qui, par ses facultés de perception, vous met en face de toutes les merveilles de la création; et c’est lui qui, par les sentiments moraux reliant votre tête à toutes les têtes de l’humanité, remplissant
incessamment vos âmes d’allégresse et d’amour , approche enfin de vos lèvres cette coupe de voluptés ineffables que vous avez si vainement cherchée jusqu’ici dans les plaisirs exclusifs de la matière et des sens.
Suis-je dans le positif? Suis-je dans l’absurde? Suis-je dans l’inconnu? Suis-je dans le vrai ? Vous avez répondu, Messieurs, je suis dans l’expression des faits de la vie cérébrale. La nature et l’observation m’ont guidé , et je vais, en continuant à les invoquer l’une et l’autre, vous dire maintenant comment les sentiments moraux livrés à leurs seules inspirations peuvent nous conduire au ridicule , au suicide, au crime ou à la folie. Je terminerai par quelques considérations sur le parti qu’on en peut tirer dans le traitement des maladies mentales, et je m’attacherai de nouveau à faire ressortir de plus en plus le vice de ces méthodes banales, incomplètes, inflexibles, cruelles, qui, sans rapport avec la nature instinctive, intellectuelle, perceptive et morale de l’aliéné, et les influences profondes et variées du monde extérieur sur sa personne nous portent à négliger les ressources les plus précieuses et les plus directes qu’une intelligence