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il est la source sont entraînés trop loin par leurs propres incitations ou par les excitations répétées ou trop vives du monde extérieur, cet organe ferait exception' aux autres organes! on ne pourrait parvenir à apaiser son effervescence ! Lui, si impressionnable et attaquable par tant de points à la fois, échapperait à la puissance de notre art !
Lorsque les sentiments moraux, dont il est également la condition matérielle , ont été péniblement froissés ou remplis d’une joie vive et inattendue, ou surexcités par quelque autre cause, et qu’ils ont à leur tour apporté le désordre et le trouble dans l’encéphale , il n’y aurait pas non plus possibilité, par des moyens tout simples et tout naturels, de changer cet état de choses, et de rendre l’homme au bonheur et à la raison !
Lorsqu’enfîn , sous la fatigue des préoccupations mentales , ou par suite d’études trop prolongées, d’une tension trop continue de l’intelligence, cet organe aura aussi dérangé l’harmonie de ses fonctions, il ne faudra pas moins d’autre part encore renoncer à ramener ses mouvements à leur ordre habituel! Non,. Messieurs, le cerveau est comme un autre organe , il subit l’influence des lois
générales de l’économie, toutes ses surfaces sont à découvert. Le monde extérieur, pour lui surtout, est riche en modificateurs, et plus on entrera dans la voie que j’ouvre aujourd’hui, plus on verra s’étendre et se multiplier les ressources de la thérapeutique.
Dans notre constitution telle quelle, tout ce qui fait du mal peut faire du bien, tout ce qui fait du bien peut faire du mal; tout dépend de la manière dont on conduit sa vie, dont on sait se servir des choses de la terre. Étudiez l’homme dans l’essence même de son organisation , dans ses forces „ fondamentales ; que vos analyses soient exactes , profondes et complètes , étudiezle dans ses rapports intimes avec la nature entière , suivez-le dans tous les mouvements qu’il se . donne au milieu de la fièvre sociale ; voyez ce que produisent sur lui les personnes, et les choses qui l’entourent, et dites-moi , par conséquent, si, d’après les passions, les affections, les plaisirs, les chagrins, les douleurs, les mille et une choses qui remuent si persévéramment , si cruellement ou si délicieusement son cerveau, dites-moi, si vous possédez dans l’économie un organe qui offre autant de prise à l’action
des objets extérieurs, qui soit plus facile et plus prompt à recevoir toute espèce d’impressions, et qui soit par cela même mieux disposé à passer d’une modification quelconque à une autre modification.
* Voilà où conduit la science de la nature de l’homme largement envisagée. Soit que, par suite d’agitations trop 'violentes ou trop exclusives ou de chagrins trop cuisants, nous tombions dans T indolence et le découragement; soit que nous soyons entraînés dans le crime, soit que nous devenions aliénés ; il ne faqt point désespérer, comme je le disais au commencement de ce mémoire, de ramener l’orçlre, le bonheur et la santé dans l’économie. Il n’y a point de situation, tant grave qu’elle soit, qui ne puisse être dominée, -qui ne puisse être adoucie, qui ne puisse être changée. Il n’y a point d’état mental, quel qu’il soit, qui puisse se soustraire à nos agents d’action. 11 n’y a point de tête immodifiable pour celui qui peut faire peser sur elle le poids de l’univers. Je vous le disais, au commencement de ce mémoire, en vous parlant des souffrances et des malheurs de l’humanité , Messieurs ; mais mon idée a pu paraître obscure ou enve-
loppée à quelques bons esprits; maintenant on en sentira peut-être mieux la justesse et la profondeur ; je vous le disais, le monde extérieur est comme la main de Dieu, il peut guérir toutes les blessures qu’il fait.
Les faits nombreux dont je vous ai présenté la substance dans mon premier mémoire et
dans celui que j’ai l’honneur de lire en ce moment devant vous, ont pu vous démontrer qu’en dehors des transmissions héréditaires, l’aliénation mentale reconnaissait, en général, pour causela douloureuse situation de l’homme dans le monde extérieur; qu’on devait l’attribuer biçii souvent aux cruelles épreuves de sa sensibilité, et que dans un assez grand nombre de circonstances aussi, elle était la consé 1 quence de notre mode exclusif et incomplet d’existence, de l’oubli ou de l’ignorance de nos devoirs, du silence ou de la sujétion de" nos sentiments moraux, de l’entrainement de nos passions inférieures et de toutes les réactions sourdes ou violentes que soulèvent à l’entour de nous ces infractions faites aux lois de notre nature élevée. Messieurs , l’homme ne trouvera jamais la tranquillité, ni le bonheur sur la terre; il sera mal à l’aise, il souf-
frira, il deviendra suicide, criminel ou aliéné, tant qu’il s’agitera comme une brute ou qu’il vivra comme un méchant. Chaque être, pour être heureux ici-bas, doit vivre dans l’ordre de ' sa constitution.
Voilà ce que l’humanité , malgré tous ses écarts, a confusément senti et entrevu dans tous les temps. Voilà, malgré tous les mépris qu’elle en a faits dans la pratique , ce qui a donné tant de crédit à la parole des philosophes , des moralistes et de toutes les autres nobles intelligences qui ont voulu les rappeler à sa vie propre et supérieure. Voilà, avec les oppositions de la nature même, ce qui a mis obstacle au débordement du mal ; et ce sont ces mêmes vérités, si longtemps dédaignées, qui doivent aujourd’hui fournir aux médecins des aliénés et des criminels les indications les plus précieuses pour la thérapeutique des uns et. pour la haute direction des autres (1).
(p C’est à dessein que je n ai point, jusqu’à présent, parlé dans ces deux mémoires des causes physiques de la folie, sur lesquelles j'ai d’ailleurs publié, tout jeune encore, un travail qui a été" couronné au concours ouvert à l'hospice de la Salpêtrière, par mou \ énérable et grand maître Esquirol ; d’une part, parce que ces causes sont peu nombreuses comparativement à celles dont je
Je n’insisterais pas sur la nécessité qu’il y a pour le traitement intelligent de la folie de déverser sur ceux qui en sont atteints tous les trésors de l’âme humaine, si je n’avais à combattre , sous ce rapport , une foule de préjugés, et si je ne croyais servir puissamment les intérêts de ces malheureux. Certes, je ne connais pas de malades qui puissent inspirer plus de respect et de pitié, et qui puissent plus vivement éveiller toutes les sympathies. Ces têtes meurtries, fatiguées, désordonnées, surexcitées, énervées ou perdues,
ont incontestablement besoin de trouver à l’entour d’elles des intelligences profondes qui les comprennent pt des âmes chaleureuses qui les plaignent, qui les aiment èt qui se donnent à elles pour les guérir; mais il ne s’agit pas seulement ici, comme le pourraient croire quelques savants critiques auxquels on est obligé de tout dire , de faire acte de sensibilité , de faire des choses de sentiment, quoiqu’il y ait obligation sacrée de ne point s’en
viens de vous entretenir, et d une autre part , parce qu’ellès doivent apporter dans le traitement des affections mentales qu elles ont provoquées , des modifications aux vues générales dont nous demandons ici l'application particulière.
affranchir ; il s’agit d’être médecin , et par conséquent de prendre l’homme tel qu’il est ordonné par la nature, et de ne négliger aucune des surfaces à l’aide desquelles on puisse pénétrer dans son âme et en modifier les mouvements.
Malgré la lenteur avec laquelle s’efFectue l’évolution morale de l’humanité, on ne peut dire que les sentiments supérieurs ne fassent pas sentir leur influence parmi- nous.
Ils servent de base aux plaidoiries éloquentes de tous les hommes qui veulent faire avancer les temps promis à l’humanité ; ils contraignent les hypocrites les plus audacieux à se servir au moins de leur prestige ef de leur noble langage pour commettre avec plus d’impunité leurs vols- et toutes leurs autres infamies. Ils empêchent le retour de ces abominations inouïes,. dont l’histoire de nos malheureux pères est remplie, et ils placent tous les hommes puissants de notre ordre social dans la nécessité de légitimer, aux yeux de la conscience et de la raispn, les déterminations qu’ils veulent prendre. Ori peut le dire, Messieurs, si la barbarie a longtemps pesé sur ha civilisation, à son tour la civilisation pèse sur-
— nota barbarie, et les volontés personnelles, égoïstes , brutales des plus fameux despotes , sont maintenant chaque jour obligées de fléchir devant l'autorité des sentiments moraux. Le vieil homme, je le sais, n’a point totalement disparu de la terre; nos sentiments moraux ne possèdent point encore l’autorité qui leur est due , on méconnaît leur voix , on n’en suit pas les inspirations généreuses ; mais quoiqu’ils soient souvent empêchés dans leurs manifestations, ils sont et ils figurent ostensiblement néanmoins dans la vie des individus et des peuples. S’ils sont 'bien ordonnés , ils donnent lieu à des actions sublimes ; s’ils le sont mâl , ils nous rendent ridicules et stupides ou criminels ; s’ils s’exercent dans l’ordre et l’harmonie de leur nature, ils atteignent leur but élevé de destination, et nous font éprouver les plus ineffables voluptés; s’ils sont douloureusement affectés ou surexcités exclusivement, ou faussés dans leurs applications, ils conduisent au suicide ou à l’aliénation mentale. Dans toute hypothèse et dans tous les cas, et dans quèlque situation qu'ils nous mettent, comme vous le voyez, Messieurs, ils sont. Eux aussi ont leur part et leur rêlo dans
l’existence humaine, et du fond de ma conscience et de toutes les forces de l’intelli— . pence que j’ai acquise ou qui m’a été donnée, je proteste contre tout homme, quel qu’il soit, qui sera assez osé pour venir dorénavant se placer devant les aliénés ou les criminels, sans avoir pris connaissance exacte du nom, du nombre, des influences et des associations
respectives de ces différentes facultés. Nous
devons en tenir compte et pour nos semblables et pour nous , non pas seulement à litre d’hommes sensibles, -mais à titre d’hommes intelligents qui ne peuvent se permettre d’agir ' comme s’ils avaient rayé du catalogue des forces vives de notre constitution , celles-là justement qui donnent à cette même constitution sa nature propre, c’est-à-dire le caractère auguste de l’humanité. Que vous en semble?
L’homme qui ne sait point ces choses-là ne sait pas ce que c’est que l’homme , et- soit comme magistrat, soit comme administrateur .principal des bagnes ou des hospices consacrés au traitement des affections mentales , soit comme médecin ou comme législateur, il ne possède aucun des éléments scientifiques nécessaires à l'accomplissement rte ses fonc-
lions. Il n'est point à la hauteur de sa posi- - lion. Le traitement des aliénés , et la réforme des criminels , questions toutes capitales et toutes à l’ordre du jour, exigent, pour être élucidées, une connaissance approfondie de la nature humaine.
Qu’on veuille bien , Messieurs , me pardonner l’illusion que je puis me faire sur la valeur de mon travail ; mais, d’après cette exposition de principes , tout à la fois si simples , si lumineux , si remplis d’humanité et si heureux dans leurs applications , ai-je besoin de m’élever contre le système dit de V intimidation que nous a légué la barbarie des vieux siècles, et que Pinel et Esquirol avaient fait disparaître de Bicêtre et de la Salpétrière? Ai-je besoin de m’élever contre les paroles de quelques médecins allemands et français qui , dans leurs ouvrages et leurs leçons cliniques n’ont cessé de répéter è leurs élèves : Kappelez-vous que près d’un aliéné vous n’étes pas hommes , mais que vous êtes médecins. Qu’est - ce que cela signifie, et qu’est-ce donc qu’un médecin? Ne plus être homme, mais c’est abdiquer la plus noble des prérogatives, c’est renoncer à l'intelligence.
c’est renoncer aux sentiments moraux ; c’est
se placer en dehors de soi-même, de ce qui
constitue l’humanité ; c’est renoncer à tout ce
qui nous donne le droit d’agir sur la nature et sur nos semblables Si vous faites taire en vous les cris de Pâme humaine, comment pourrez-vous comprendre, comment pourrezvous traiter l’homme aliéné ou criminel? comment ferez-vous pour les aborder l’un ou l’autre, pour leur parler, les modifier, les guérir, les ramener à la raison ou à la vertu? Quelle singulière idée que de vouloir vous scinder ainsi vous-même, que de vouloir rompre et briser l’indivisible faisceau de vos forces eéré-braies; que de ne vouloir employer auprès d’une tête humaine qui s’est troublée, tantôt sous les désordres et l’activité de ses penchants, tantôt sous la passion de ses sentiments, tantôt enfin sous la fatigue de son intelligence, et quelquefois aussi sous l’influence de toutes ces causes réunies, quelle singulière idée que
de ne vouloir employer auprès d’elle qu’une % /
partie des ressources de votre puissante organisation ! Pourquoi, suivant l'occurrence, ne pas disposer de toutes les forces qui sont en vous? Ne savez-vous pas d’ailleurs, ou faut-il
que je vous l’apprenne et que je 1 imprime en caractères italiques , que nos facultés ne se ressemblent pas , qu’elles peuvent et qu’elles
sont souvent simultanément dérangées dans l’aliénation mentale, et que pour les atteindre toutes, il faut puiser en soi et dans le monde extérieur des moyens d’action calculés sur elles-mêmes, sur leur nature particulière, et sur leur sensibilité propre? Si j’osais me servir de cette expression, je dirais qu’elles ont chacune et qu’elles entendent chacune un langage différent. Les penchants parlent et répondent aux penchants , les sentiments parlent et répondent aux sentiments, les facultés intellectuelles parlent et répondent aux facultés intellectuelles. Ce qui modifie les penchants n’agit point sur les sentiments ; ce qdi remue les sentiments n’a point d’effet sur l intelligence, et ce qui met en jeu l’intelligence n’affecte ni les penchants, ni les sentiments. Ce sont dans le cerveau, dans l’instrument de l’ème, des cordes tout à fait différentes les unes des autres, et elles ne vibrent que sous la main qui sait et qui va, les toucher. Ici c’est la même loi que pour nos sens extérieurs. La lumière ne porte point sur fouie, le bruit n’ébranle
loi
point l’odorat, les parfums ne font rien sur le loucher, et les saveurs n’impressionnent que le goût. Est-on venu d’ailleurs livrer à vos soins, à votre intelligence, à votre humanité un animal, une brute, un être qui soit mort aux facultés supérieures qu’il a reçues de son créateur? N’est-ce pas un homme qui vient ou pour lequel on vient implorer vos secours.
Pourquoi donc n’aller à lui, ne l’émouvoir, ne l’attaquer que par l’opposition, la violence, les grossièretés, les coups, l’injure, la ruse et la terreur ? Ne voyez-vous pas que vous vous transformez en bêtes, que vous ne vous adressez qu’à la bète, que vous ne parlez ni à l’âme, ni à l’intelligence, et qu’en conséquence vous 11e faites rien, mais absplument rien de ce qu’il faut faire pour remettre l’homme en possession de lui-même- et de son monde extérieur.
Honte, honte à l’homme qui se fait animal et qui traite un homme en animal !
JD’où vient que vous ne cherchez point à modifier cet aliéné ou ce criminel par les hautes facultés qui sont en lui et par les hautes facultés qui sont en vous? Laissez là les exceptions , notre espèce ne se compose point de monstruosités. Arrivez aux faits généraux.
Pourquoi faites-vous défaut à vous-même et à vos semblables? Pourquoi manquez-vous au respect que vous devez au malheur, que vous devez à toute tête humaine abattue par le délire ou humiliée par ses crimes? Une fois pour toutes, étudiez donc la nature humaine dans la multiplicité, l’ensemble et l’harmonie de ses pouvoirs. Pourquoi cette médecine inintelligente, immorale et indigne de notre temps?
Dans la folie, je viens de vous le dire, n’y a-til pas presque toujours tout à la fois trouble dans l’intelligence , désordre dans les penchants, perversion ou surexcitation dans les sentiments et illusion ou hallucination dans les sens? Oui peut alors légitimer la thérapeutique étroite et sauvage que vous établissez sur un seul ordre d’idées, et d’idées tout à fait fausses et d’idées tout à fait basses? Pourquoi ne vous adressez-vous qu’aux penchants inférieurs, et encore ne vous adressez-vous à eux que pour les froisser de la manière la plus pénible?
Qui peut vous empêcher de prendre tout l’être humain en considération / sans faire abstraction des penchants , de tenir le langage des sentiments , de frapper les facultés intellectuelles par les facultés intellectuelles elles-
mêmes, et d’agir en raison des facultés élevées dont , pour la guérison complète du malade , pour son avenir et son bonheur, vous devez surtout vous attacher à rétablir l'empire?
Ainsi donc chez les aliénés et chez les criminels , si ce n'est pour calmer la souffrance des instincts , pour en apaiser la fougue et la violence , pour les consoler de leurs mécomptes, pour leur préparer des satisfactions naturelles et raisonnables, pour leur ouvrir un monde meilleur, pour en moditier l’expression et en régler l’emploi , vous ne devez pas toucher à ces virtualités inférieures de
notre âme. ’
Je le dis sans crainte d’être démenti par les faits t car rien n’est plus fort que la nature, et les pouvoirs de l’humanité ne s’aliènent point complètement. Ces impressions brutales, ces émotions barbares contre lesquelles je m’élève de toutes les puissances de mon âme, ne .peuvent qu’amener et n’amènent jamais que les plus fâcheux résultats. Jusqu’à la mort, un homme reste toujours homme, et chez le malreureux qui a perdu la raison, comme chez le plus grand scélérat, comme chez l’être qui paraît le plus déprayé, il reste toujours quel-
— Ij)'l —
que chose de uous-mêmes. Notre caractère est indélébile et sacré ; quel que soit donc le désordre d’esprit d’un aliéné , la subversion de ses penchants, le nombre de ses hallucinations, la surexcitation de ses facultés morales , il ne faut pas croire que le sentiment au moins instinctif de ses droits ait totalement disparu, et qu’il soit par son intelligence indifférent aux procédés dont on use à son égard. Non ; et si ses préoccupations profondes , exclusives , continuelles, ou son agitation, l’empêchent dp se fixer, de se poser, de s’arrêter Un instant ■ devant les impressions extérieures, devant les personnes et les choses et de s’harmoniser avec ellesj il n’en sent pas moins vivement le contact agréable ou pénible. Seulement tout s’est passé au-dedans de lubmêrae; mais il souffre, mais il jouit tout aussi bien qu’un autre homme, suivant qu’on le place sur des épines ou des roses, suivant qu’on le traite avec violence et dureté , ou avec respect, pa-, tience et bonté. Qu’il ait le bonheur de guérir, et vous verrez alors, Messieurs, en l’interrogeant, que sa mémoire est fidèle, que rien ne lui est échappé, que tout a porté coup sur lui, que vous n’.avez pas eu affaire à un cadavre,
à an être sans nom et sans caractère , et que rien ne pouvait, ni ne devait vous dispenser de rester non pas seulement médecin , mais homme à son égard.
Et toutes ces choses sont tellement incontestables , car je suis un homme véridique , que si vous violez envers lui les lois de la nature, celles de l’intelligence et de l’humanité, vous verrez par instants toutes les forces de son être se soulever confusément et comme par éclairs de raison contre tous vos moyens d’intimidation. Vous verrez les évasions, les tentatives de suicide, l’incurabilité, la mort même se multiplier dans votre service médical et venir protester en faveur de la nature de l’homme méconnue, asservie et outragée dans sa plus respectable infortune.
En résumé :
Les sentiments moraux ; leur nom , leur nombre, leurs influences diverses, leurs associations respectives.
— Caractère auguste qu’ils impriment à l’humanité lorsqu’ils sont ordonnés suivant les lois de la nature.
— Écarts, ridicules, crimes, suicides, alié- • nations mentales , dans lesquels ils nous en-
trainent lorsqu’ils ne se prêteRt pas un mutuel appui oli qu’ils ne s’emploient pas sous le contrôle de l'intelligence.
— Parti qu’on en peut tirer pour le traitement des aliénés et la réforme des criminels.
— Funestes résultats de leur inactivité.
— Inintelligence et dangers de l’intimidation.
En rappelant, d’autre part, à votre souvenir, Messieurs , mes considérations analytiques sur les penchants inférieurs, Voilà en quelques lignes le travail tout nouveau dans la médecine mentale que je viens de terminer, et que j’apporte à mes confrères et à toutes les têtes d’élite qui veulent s’occuper en connaissance de cause des aliénés et des infraoteurs des nos lois. Si j’y comprends les facultés intellectuelles dont je vais maintenant vous entretenir, voilà l’assise invariable i le thème positif, le sujet, la matière, le point de départ intelligent de tous les travaux, de tous les * efforts que l’on voudra faire en faveur de ces deux classes d’infortunés.
Il est impossible, dans le traitement des maladies mentales , de continuer plus long-
temps à ne point compter l’homme et sa nature individuelle pour quelque chose.
Que d’inconséquences chez les hommes les plus distingués d’ailleurs par leurs lumières. Jugez-en vous-mêmes Vous vous placez pour la culture des végétaux et pour l’éducation de vos animaux domestiques en face de chaque espèce et de chaque être, et vous notez avec soin la différence des milieux au sein desquels leurs développements s’accomplissent, et par le fait ensuite de votre excellent esprit d’observation , et de votre obéissance raisonnée aux lois qui les régissent les uns les autres, vous arrivez jusques à perfectionner les œuvres mêmes de l’Eternel. Eh bien, pourquoi quittez-vous les sentiers battus de l’histoire naturelle? Pourquoi ne vous placez-vous pas également devant l’homme, et ne sortez-vous pas de l’esprit étroit des systèmes? Pourquoi ne cherchez-vous pas à connaître toutes les forces, les forces de différents ordres déposées dans l’entendement humain? Si vous voulez remuer l’homme de fond en comble, dans ses entrailles, dans l’essence même de sa constitution, dans tout son cerveau, et parvenir à le modifier profondément dans sa nature, je le
dirai mille et mille fois, il est indispensable auparavantque vous en ayez fait l’analyse. Il faut avoir anatomisé son âme f il ne faut pas qu’une seule surface sensible de son être échappe à votre action. Voyez donc ce que comporte son organisation , et agissez en conséquence ; pour aller à lui, le toucher, S’ébranler, l’émotionner, le ramener à son état normal, à la raison ou à la vertu, vous avez mille moyens à votre disposition. Allez à lui par ses sens extérieurs, par ses instincts de conservation, par ses sentiments supérieurs, par ses facultés intellectuelles^ allez à lui par ses besoins, ses faiblesses, ses grandeurs, partout ce qui peut vous donner prise sur son corps, son esprit et son coeur. Vous avez avec avantage combattu les premiers symptômes du mal ! le calme renaît dans l’économie ! Rien de mieux. Qu’attendez-vous pour agir, pour achever votre œuvre, pour rétablir l’harmonie dans ses fonctions cérébrales? N’est-il pas prêt à recevoir toute espèce de modification? Impressionnez- le donc, traitez-le avec énergie, avec intelligence, avec respect et bonté. Puisez à pleines mains dans le monde extérieur. C’est là que se trouve la grande ofücine du grand
médecin de l’homme. Changez l’ordre de ses rapports, vous changerez ainsi l’ordre de ses idées. Créez-lui, s’il est possible, une existence nouvelle; ne revenez point sur son passé, faites mieux, failes-lui-en perdre la mémoire; assujettissez-le à des exercices gymnastiques ou à des travaux manuels ; modifiez son régime alimentaire ; sachez régler l’emploi de son temps et de ses facultés; et, riches comme vous l’étes de toutes les ressources que je viens de vous énumérer et de vous faire connaître, vous deviendrez bientôt les maîtres de sa personne, vous le guérirez de ses plaies, vous le laverez de ses souillures, vous lui ferez recouvrer son intelligence, et , à quelque titre que vous lui ayez prodigué vos soins, aliéné ou criminel, vous le rendrez au bonheur, à la vie, à l’excellence de sa nature et à la supériorité de ses attributs.
Maintenant , Messieurs , pour compléter mon ouvrage sur le traitement intelligent de la folie, il me reste à envisager avec vous la troisième face de l’entendement humain, je veux parler de nos facultés intellectuelles proprement dites. Que de choses vagues et insignifiantes n’a-t-on pas écrites sur l’intelligence