CHAPITRE IT
l'isolement
Il est rare, dans la classe de malades que j'ai décrite^ d'en rencontrer une qui puisse se soustraire à l'influence de son entourage de façon à rendre le traitement chez elle, facile à suivre. Il est nécessaire de rompre les vieilles habitudes et d'éloigner les patientes de ceux qui se sont faits les esclaves volontaires de leurs caprices. J'ai souvent essayé de les traiter dans leur propre domicile et de les y isoler; mais je l'ai rarement fait sans me promettre qu'à l'avenir je ne compliquerai plus ainsi mon traitement de pareils embarras. Séparez la malade de l'entourage moral et matériel qui est devenu partie intégrante de sa vie de valétudinaire , et vous aurez amené un changement non seu-
lenient excellent par lui-même, mais encore extrêmement avantageux au succès à venir du traitement que vous vous proposez d'appliquer. Faut-il dire que ce premier pas n'est pas essentiel quand la malade, anémique, affaiblie et amaigrie, est tombée dans cet état par des causes bien définies, telles qu'un surcroît de travail ou la dyspepsie prolongée ; j'ai surtout en vue ce groupe considérable et si difficile à manier de femmes émotives à sang trop clair, pour lesquelles un mauvais état de santé est une habitude ancienne, on pourrait presque dire chérie. Pour ces dernières, il n'est souvent point de succès possible que l'on n'ait arrêté ce drame quotidien qui se joue dans la chambre de la valétudinaire, que l'on n'en ait fini avec cet égoïsme et ce besoin impérieux de sympathie et de tolérance. Insistons donc sans hésitation pour obtenir ce changement, car non seulement nous agissons dans le plus grand intérêt de la malade^ mais encore dans l'intérêt de son entourage. Une jeune hystérique, comme le dit Wendell Holmes, dans son style si frappant , est un vampire qui suce le sang des personnes en bonne santé qui
l'isolement ^-i
l'entourent; j'ajouterai que là où se trouve une jeune hystérique se trouveront probablement tôt ou tard deux femmes malades. Je dirai ici quelques mots quant à l'époque de l'année la plus favorable pour le traitement. Pendant l'été , l'isolement est souvent peu à désirer , surtout si l'état de la malade est assez bon pour qu'elle puisse profiter d'un changement d'air; de plus, à cette saison, le massage est moins agréable qu'en hiver; enfin, règle générale, j'ai trouvé que c'est pendant nos mois d'été qu'il est le plus difficile de nourrir et d'engraisser les personnes soumises au repos. Un cas que j'ai cité dans le dernier chapitre prouvera que cette règle n'est pas sans exception.