‹ Du traitement méthodique de la neurasthénie et de quelques formes d́hystérieChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

J'ai dit plusieurs fois , clans les premiers chapitres de ce petit volume, que le traitement que je voulais conseiller comme salutaire dans une certaine classe de cas, se compose du repos, du massage, de l'électricité et de l'hyperalimentation. J'ai dit que l'usage d'une grande quantité d'aliments pendant le repos plus ou moins complet devient possible par le massage des muscles et par le mouvement que leur communiquent des courants employés à cet effet. Je vais maintenant discuter tour à tour ma manière d'employer le repos, le massage et l'électricité, et, comme je l'ai promis, je m'efforcerai de donner les détails les plus complets relativement à ces trois sujets, car le

succès du traitement dépend, J'en suis certain, du soin que nous apportons à un grand nombre de petites choses , chacune par elle-même de peu d'importance.

Sans aucun doute, bon nombre de médecins ont trouvé convenable, à différentes périodes , de soumettre leurs malades au repos pendant plus ou moins longtemps ; mais le praticien qui, à ma connaissance, a employé ce moyen le plus constamment, et de façon à en obtenir les. meilleurs résultats, fut feu le professeur Samuel Jackson. Il avait l'habitude de maintenir ses malades au lit pendant de longues semaines à la fois, et, si ma mémoire me sert bien, il appliquait ce traitement chez les femmes, à la môme classe de désordres qui m'ont donné les meilleurs résultats. J'ai fait comprendre quels étaient ces désordres, et je n'ai plus qu'à montrer pourquoi chez de telles patientes le repos est salutaire, ce que j'entends par le repos et comment je l'applique.

Dans le numéro IV des conférences cliniques américaines du D' Séguin, je me suis efforcé de faire apprécier la valeur du repos dans les

névralgies, dans les myélites et dans les premiers stages de l'ataxie locomotrice. Je vais maintenant m'occuper spécialement de son application au traitement des diverses formes de faiblesse qui accompagnent la trop grande fluidité du sang et l'émaciation, et qui peuvent être compliquées, ou non, de lésions distinctes de l'estomac ou de la matrice.

Faut-il conseiller à une malade l'exercice ou le repos? Telle est la question qui se présente presque tous les jours dans la pratique. Le plus souvent, nous sommes portés à insister pour l'exercice, parce que nous croyons généralement que les femmes marchent trop peu et que prendre beaucoup de mouvement tous les jours est salutaire à tout le monde. Nous avons, je le crois, aussi souvent tort que raison. Une promenade quotidienne, faite d'un pas rapide et ferme, est tonique pour une personne en bonne santé ; elle détruit les vieux tissus et provoque le besoin salutaire de la nourriture. Il en est de même pour certains malades. L'habitude du cheval, ou une longue promenade à pied, leur est nécessaire pour guérir ou soulager un mauvais estomac ou une constipation opiniâtre ;

mais si l'exercice n'aboutit qu'à augmenter le malaise, à causer une fatigue extrême, à déterminer des nausées, que faut-il faire?

Et en supposant que l'administration des toniques ne rende pas l'exercice plus facile et que le changement d'air, ce tonique par excellence, reste sans résultats, faudra-t-il persister? Là gît la difficulté. Il est des femmes qui se prétendent fatiguées et qui, pour la cause la plus futile, se mettent au lit; ces fenuiies ne présentent souvent aucun symptôme assez sérieux pour que le médecin s'en préoccupe. Ce sont elles qui abîment leur système nerveux, comme elles gâtent leurs enfants, quand elles en ont, en cédant à leur moindre désir, en leur permettant de s'appesantir sur les douleurs les plus insignifiantes. A l'égard de telles patientes, on ne peut qu'insister sur la mise en pratique d'une volonté personnelle plus ferme et sur l'exercice quotidien des membres. Cet exercice est nécessaire ; on doit les y contraindre s'il est possible. Si elles sont jeunes, la chose est facile ; si elles ont atteint la période moyenne de la vie, et que l'habitude de s'écouter soit invétérée, la lutte se fait en vain. Mais il en est

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peu, qui n'aient quelque défaut dans le sang ou dans les tissus, défaut originel ou développé à la suite d'années d'indolence et de concentration sur des maux et malaises qui, loin de devenir un prétexte pour le canapé ou le lit, n'auraient jamais dû attirer l'attention au delà d'un moment.

Quelquefois, il est facile de résoudre la question. Si vous vous trouvez en présence d'une femme dont les couleurs, l'embonpoint ne laissent rien à désirer, d'une femme qui soit en état de faire ce qui lui convient sans en souffrir, mais qui se plaint de fatigue, au contraire, dès que ce qu'elle fait ne lui plaît pas, voilà une patiente à faire sortir du lit et à contrôler par une volonté ferme et inébranlable. Voilà une femme qu'il faut faire marcher sans égard pour ses douleurs, et qui doit persister jusqu'à ce que l'exercice cesse de lui rappeler ce simulacre de fatigue. En ce cas, celui qui sait inspirer confiance, qui sait obtenir pour ses décrets l'obéissance nécessaire, obtient très souvent le succès le plus brillant et le plus facile. C'est dans ce cas que les femmes, qui à tous autres égards sont de bons médecins, échouent, car elles n'obtien-

lient pas, vis-à-vis des malades de leur sexe, la soumission indispensable. Il est d'autres cas encore où les mêmes tendances au repos, à la fatigue incessante, aux symptômes hystériques, aux éclats émotionnels, proviennent du défaut de nutrition; ce défaut est alors si palpable que personne ne pourrait songer à l'exercice comme seul agent de guérison. L'exercice viendra au moment propice^ mais ce ne sera pas avant que le repos absolu n'ait été mis en pratique, à côté d'autres moyens, ayant tous pour but de mettre la malade en état de se servir de ses muscles. Rien ne trouble les malades de cette dernière catégorie comme l'exercice prolongé mal à propos ; si l'on essaye de les faire marcher, on finit assez habituellement par provoquer quelque attaque émotive qui devient pour la malade une nouvelle raison de croire qu'il lui est impossible de marcher. On peut donc se prononcer nettement dans l'un et l'autre cas que je viens de décrire ; la première malade doit marcher, la seconde ne marchera que quand l'état de sa nutrition sera améUoré. Il lui est peut-être possible de rester levée et de se ' traîner par les chambres, mais on ne gagnera

rien en le lui permettant. C'est entre ces deux extrêmes que se trouvent le plus grand nombre de cas de ce genre, donnant lieu à toutes sortes de symptômes, tant réels qu'imaginaires et embarrassant le médecin le plus compétent. Règle générale, le repos n'est pas nuisible, même pour celles chez lesquelles on hésite entre ce mode de traitement et l'exercice. Il est bon nombre de ces patientes dônt l'état général, assez bon, ferait penser que, si elles trouvaient dans l'exercice l'oubli d'elles-mêmes, il leur serait salutaire. Dans le doute, j'insiste plutôt pour le repos; mais mes notions sur le repos sont loin de s'accorder avec celles de mes malades. Passer la moitié de la journée au lit, faire un peu de couture, lire un peu, se rendre intéressante, et exciter la sympathie de tous, ne manque pas absolument d'attrait; mais si vos malades doivent rester au lit pendant un mois, sans lire, ni écrire, ni coudre, en compagnie d'une gardemalade, qui n'est pas une parente, le repos devient alors pour certaines femmes, une prescription amère, et elles acceptent avec joie l'ordre de se lever et de marcher, quand le docteur prononce cet arrêt, attendu avec impatience.

Je ne crois pas que l'on puisse tacilement se tromper à ce sujet, à moins que la malade ne trouve un plaisir morbide à ce repos forcé ou que la volonté du docteur soit trop peu énergique. Quant à moi, je n'ai jamais rencontré de difficulté sérieuse à faire sortir du lit la malade que j'avais cru devoir y maintenir; mais cela est arrivé à d'autres. Le médecin qui se décide à imposer le lit à une femme nerveuse doit être certain qu'elle lui obéira quand sera venue l'heure de se lever.

J'ai, comme ou le comprendra, employé le repos à tous ses degrés, depuis l'usage du sofa pendant plusieurs heures par jour jusqu'au séjour absolu au lit. J'ai l'habitude, dans l'exécution de ma méthode de traitement complet, d'exiger le séjour au ht de six semaines à deux mois. Pendant les premiers temps, et dans certains cas pendant quatre ou cinq semaines, je ne permets pas à la malade de s'asseoir dans son ht, ni d'y coudre, d'y écrire ou d'y lire. Le nettoyage des dents est la seule action tolérée. Il est des cas où j'ai défendu de se tourner sans assistance; je croyais, dans ces cas, devoir éviter tout mouvement, et j'étais persuadé que

quelquefois l'intlueiice morale du repos absolu est utile. On prend alors des mesures pour que les fonctions alvines et vésicales puissent se remplir dans la position horizontale.

Au moment de faire le lit, on soulève la malade et on la transporte sur un lounge (espèce de petit sofa permettant la position horizontale. Trad.) ; c'est à ce moment qu'on l'éponge, puis, le lit fait, on la soulève de nouveau et on la recouche. Dans tous les cas de faiblesse que je traite par le repos, j'insiste pour que la gardemalade fasse manger la malade, et, quand celleci est devenue assez forte pour s'asseoir dans son lit, j'insiste encore pour que la viande ne lui soit donnée que toute coupée, afin qu'elle puisse se nourrir plus facilement.

Souvent je permets à la malade de s'asseoir pour remphr les fonctions naturelles; mais j'ai toujours soin de tenir le ventre hbre, sachant combien la constipation et les efforts qu'elle provoque affaiblissent une personne déjà malade.

Ordinairement, à l'expiration d'une quinzaine, je permets que l'on fasse la lecture à la malade de une à trois heures par jour; mais

je suis tous les jours émerveillé de la complaisance avec laquelle des femmes nerveuses et anémiques se soumettent à ce repos absolu, et combien peu elles se plaignent de sa monotonie. En effet, le massage, la batterie électrique, le va-et-vient de la garde-malade avec les repas, les visites du docteur, remplissent la journée et rendent le traitement moins fatigant qu'on n'aurait pu le supposer tout d'abord.

De plus, la sensation de confort qui vient déjà se montrer vers le cinquième ou sixième jour, le sentiment du bien-être, la facilité de la digestion, et l'espoir croissant d'une guérison définitive, espoir soutenu par le soulagement actuel, tout contribue à contenter les patientes et à les rendre plus malléables.

L'avantage, au point de vue psychique^ du repos forcé, sera facilement apprécié. D'une vie agitée, irrégulière, et probablement remplie par une médication sans fin, de la sympathie nuisible et des soins exagérés de ses proches, la malade passe dans une atmosphère de tranquillité, d'ordre, de contrôle; elle passe aux mains d'une garde-malade exercée, elle n'est plus saturée de médicaments, et elle est

souiniso à une diète simple. Quel qu'eu soit le résultat final, ou obtient tout d'abord une sensation de soulagement notable et la disparition remariiuable et quelquefois soudaine d'un bon nombre des symptômes nerveux qui ne nous sont, liélas! que trop familiers.

On n'obtient pas encore tous les avantages moraux du repos, de l'isolement et du changement d'habitudes, si l'on n'a fait qu'insister sur l'accomplissement des conditions physiques que nous venons d'énumérer. A part cette force de caractère qui lui assure la confiance et le respect de ses malades, le médecin possède encore le pouvoir de diriger leur pensée sur les égards dus à autrui et sur l'égoïsme que la vie d'invalide peut entraîner avec elle. Il doit donc avoir le tact de saisir le moment propice et de remplir cette indication morale. C'est une obligation sacrée que lui impose le devoir professionnel, et s'il veut guérir sa malade d'une façon permanente, force lui est d'en agir ainsi.

Mais surtout qu'il ait soin que la masseuse et la garde ne causent pas ensemble des souffrances de la malade , et que par degrés il apprenne à cette dernière combien il est essen-

tiel de ne parler de ses maux et de ses douleurs à personne autre qu'à lui-même.

Je me suis souvent demandé pourquoi le repos a une si grande valeur dans les cas dont je m'occupe présentement, et j'ai déjà fait rapidement allusion à quelques-uns de ses modes d'application.

Prenons d'abord les cas les plus simples. 11 y a des personnes faibles, dyspeptiques, chez lesquelles l'exercice après le repas, ou pour mieux dire l'exercice un peu prolongé, n'importe à quel moment, fait perdre infailliblement ou diminue au moins la puissance digestive. Ce fait, poussé à un point extrême, se voit nettement si, après l'avoir fait manger, on fait courir un chien à perdre haleine ; la digestion est entièrement suspendue. Le sang abandonne-t-il les organes gastriques pour se rendre aux muscles? Le système nerveux est-il, par quelque raison occulte, incapable d'éhiborer à la fois la force nerveuse nécessaire à une double fonction? Je ne sais; mais le fait est clair, et nous en trouvons d(^ nombreux exemples chez beaucoup de femmes affaiblies. Il est évident que ce désordre existe chez quelques-unes

d'entre elles. Il est probable qu'il est présent chez un grand nombre. L'emploi du repos pour ces patients n'admet pas de doute.

Si nous devons leur donner, sous forme de sang et de chair, les moyens de jouer leur rôle dans la vie, il faut que nous soyons aidés par l'estomac; et il nous faut ménager cet organe jusqu'à ce qu'il puisse agir d'une façon plus saine, dans les conditions ordinaires.

Le système musculaire chez nombreuses patientes de cette catégorie — je veux parler de ces personnes éternellement fatiguées, maigres, à sang trop clair — n'agit qu'avec des difficultés constantes. Gomme résultat, la fatigue se montre bientôt ; elle est extrême et dure longtemps. Le besoin de rénovation nutritive dépasse l'apport, et, avant que les tissus soient restaurés, l'organisme fait une nouvelle demande, de sorte que les déchets s'accumulent, et cela d'autant plus facilement que les organes éliminateurs partagent l'affection générale. Voilà quelques-unes des raisons qui expliquent pourquoi les anémiques sont toujours fatigués; mais, en dehors de celles-ci, toutes les sensations réelles sont amplifiées par les femmes

dont cette vie d'attention à tons leurs maux, a rendu le système nerveux trop sensible, et il devient enfin difficile de séparer le vrai du faux; nous sommes ainsi portés à devenir trop sceptiques au sujet des causes véritables de tourments. Il est certain, toutefois, que les malades se trouvent considérablement soulagées par le repos pris dans de bonnes conditions ; mais le repos seul ne suffit pas; il faut encore, comme je le ferai voir, appeler à notre secours certains autres moyens, afin de profiter entièrement du gain que le repos peut nous assurer.

Dans l'emploi de ce moyen thérapeutique, ainsi, du reste, que de tout autre, n'oublions pas que nos efforts pour soulager peuvent quelquefois nuire ; il faut donc, tout en faisant la plus grande somme de bien, faire le moins de mal possible.

(( L'un accompagne l'autre, comme l'ombre la lumière, et il n'est aucune mesure thérapeutique qui justifie mieux cette manière de voir que le repos.

(( Prenons le cas le plus simple, — celui qui se présente journellement dans le traitement

des désordres des articulations dans les fractures. Nous enfermons le membre dans des attelles, le privant ainsi pendant quelque temps de sa mobilité. L'os se réunit, la jointure se rétablit; mais les muscles s'atrophient, la peau se dessèche, les ongles peuvent s'arrêter dans leur croissance; la nutrition, dii'ait un mathématicien, est réduite à sa plus simple expression, et quand l'os est remis, quand la jointure» est de nouveau indemne, c'est le membre luimême qui est devenu malade. En ce qui concerne les fractures, le mal peut être léger et facilement réparable, pourvu que le chirurgien veuille bien ne pas perdre de vue que, quand les jointures sont trop longtemps immobilisées, elles deviennent en proie à une forme d'arthrite d'autant plus sérieuse que le malade est plus âgé; cette complication peut être évitée par de fréquents mouvements de la jointure, qui, pour être on bon état, exige une certaine somme de mouvements quotidiens. S'il nous était possible d'obtenir, en même temps que l'immobilité des fragments, l'activité du membre dans toute sa rigueur, je crois que la guérison de la fracture en serait beaucoup plus rapide.

« Ce qui est vrai pour une des parties l'est plus encore pour le tout.

« Quand nous mettons le corps entier au repos, nous le soumettons à certains désavantages, tout en lui étant utile; nous devons donc ne négliger aucune des conditions qui pourraient limiter et diminuer des maux que nous ne pouvons entièrement éviter . Je dirai plus loin comment on peut atteindre ce but; mais je m'arrêterai ici un instant siu' quelques-uns des mauvais résultats que nous pouvons provoquer en nous efforçant d'obtenir du repos tout ce qu'il peut donner. Que l'on veuille bien me prêter la plus grande attention, car du soin avec lequel nous essayons de prévenir les complications dépend toute la valeur de ce puissant mode de traitement.

« En mettant un patient au lit et lui défendant de se lever ou de faire un usage quelconque de ses muscles, nous diminuons immédiatement l'appétit, nous affaiblissons souvent la digestion, nous constipons l'intestin, nous ralentissons la circulation \ »

Quand nous privons les muscles de tout

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