‹ Du traitement méthodique de la neurasthénie et de quelques formes d́hystérieChapitre 8 sur 12 · Conférence, op. cit · texte numérisé non relu

Conférence, op. cit

mouvement, nous créons certaines difficultés, car la répétition des mouvements normaux contribue jusqu'à un certain point à la nutrition, qui apporte le sang aux parties actives; sans cette nutrition, le courant sanguin affaibli contourne le muscle plutôt qu'il n'y pénètre.

La diminution de l'afflux sanguin résulte de la diminution fonctionnelle ; il nous faut alors créer artificiellement un appel constant dans les parties inactives.

Mais, h part cela, chaque muscle actif est, pratiquement parlant, un cœur palpitant, qui vide ses vaisseaux pendant le mouvement, se dilatant pour leur permettre de se remplir à nouveau. Ainsi, tant pour lui-même que dans ses relations avec le reste du corps, l'activité du muscle est nécessaire. De plus, les vaisseaux, n'étant plus stimulés par le changement de position et par le mouvement, perdent de leur tonicité, et les circuits locaux éloignés ne reçoivent plus leur quantité normale de sang ; la nutrition est défectueuse ; il en est de même de la température.

(( Je fus frappé de l'étendue que ces faits peuvent prendre. Mme P...., âgée de cin-

quante-deux ans, qui fut amenée à l'infirmerie de New-Jersey^ avait gardé le lit pendant quinze ans. Je m'assurai bientôt qu'elle n'avait aucune lésion et qu'elle était restée au lit, en premier lieu parce qu'elle se trouvait faible et qu'elle souffrait quand elle essayait de se lever, secondement parce qu'elle était fermement persuadée qu'elle ne pouvait marcher. Après une semaine de massage, je la fis lever. J'avais gagné sa confiance, et elle m'obéissait, ou, du moins, essayait de m'obéir, comme une enfant.

Mais eUe tombait en syncope et devenait affreusement pâle, même si elle restait assise très peu de temps. Les pulsations cardiaques s'élevaient de soixante à cent trente par minute et s'affaiblissaient ; elle avait de la dyspnée et était forcée de se coucher sans retard. Sa peau était sèche, terne et exsangue, les muscles sans consistance; et quand, après une quinzaine de plus, elle put se lever de nouveau, elle eut à souffrir pendant quelque temps de vertiges et de palpitations alarmantes; ses pieds, après quelques minutes de marche lente, enflaient de manière à perdre toute forme pour ainsi dire. Peu à peu, tout cela disparut, et dans l'espace d'un mois

il lui était devenu possible de marcher, de s'asseoir, de coudre, de lire, en un mot de vivre comme tout le monde. Elle rentra chez elle guérie.

« N'oublions donc pas, quand nous condamnons une personne' au lit, que nous diminuons au moins de vingt par minute les battements du cœur, c'est-à-dire que nous ralentissons l'action cardiaque de près d'un tiers; que le sang en retard languit dans les méandres de la circulation, et ces méandres sont nombreux; que le repos absolu constipe et tend à annihiler le besoin de manger; enfin que les muscles trop longtemps au repos souffrent et s'atrophient. Rappelons-nous ces faits , et soyons prêts à leur faire face; nous aurons alors trouvé la solution de cette question : Gomment peut-on faire du bien par le repos sans nuire au malade *? »

A l'époque où je commençais à mettre ce traitement en pratique, je permettais à mes

1. Conférence, op. cit. On trouve dans le numéro de juillet 187(5 du Journal of Mental and Nervous Dhease de Chicago, un excellent compte rendu de ma conférence, contenant des critiques que j'accepte comme correctes et dont j'ai fait mon profit dans mes développements des causes de quelques désavantages du repos.

malades de se lever trop rapidement; il m'était ainsi quelquefois arrivé de voir une rechute et le retour des sensations de fatigue douloureuse. Il se produisait aussi ce que je vois se produire encore quelquefois, une perte rapide de l'embonpoint gagné.

Je commence maintenant par permettre à la malade de s'asseoir dans son lit, puis de prendre son repas elle-même, enfui de rester assise hors du lit, quelques minutes avant d'y rentrer le soir, quand on vient de le faire. Dans l'espace d'une semaine, elle se lève et reste assise pendant quinze minutes, deux fois par jour; cet intervalle s'étend de jour en jour, et, au bout de douze semaines, elle ne reste plus au lit que trois à cinq heures par jour. Même quand elle peut sortir, j'insiste encore pendant deux mois sur le repos absolu, au moins deux ou trois heures par jour.

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