‹ Du traitement méthodique de la neurasthénie et de quelques formes d́hystérieChapitre 9 sur 12 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Goinment détruire les maux que peut causer le re}3os ? Tel eût pu être le titre de ce chapitre. J'ai dit ce que j'entends par repos; j'ai indiqué de quelle manière il peut devenir nuisible et les avantages qu'il présente; et, comme je crois qu'il devient utile dans la plupart des cas qui nous occupent, pourvu toutefois qu'on l'emploie simultanément avec d'autres moyens thérapeutiques, c'est de ceux-ci qu'il est maintenant important de nous occuper.

Les deux adjuvants dont j'ai, peu à peu, appris à me servir avec confiance, et qui me rendent l'usage du repos possible sans nuire à mes malades, sont le massage et l'électricité. Nous nous occuperons d'abord du massage^

et je lui allouerai volontiers un chapitre de détails minutieux, d'autant plus qu'il n'est jusqu'à présent que peu connu en Amérique et que je désire mettre au jour quelques faits qui ne sont notoires, je crois, ni de ce côté ni de l'autre de l'Atlantique.

J'avais vu dans cette ville, il y a de nombreuses années, un empirique se servir du massage dans un cas de paralysie progressive. Les résultats momentanés qu'obtenait cet homme m'avaient semblé si remarquables que je voulus bientôt connaître ce procédé, et j'entrepris d'apprendre, à plusieurs gardes-malades que j'employais, à l'appliquer. Un peu plus tard, je m'en servis dans les premiers cas que je soumis au repos; alors je m'aperçus que j'avais un agent peu compris encore, mais d'une utilité singulière.

En poursuivant le plan que je me suis tracé, je décrirai exactement la manière d'appliquer ce mode de traitement et je dirai pourquoi on doit l'employer.

Il me sera plus facile de parler de son mode d'action, alors que j'aurai soigneusement établi la façon de le mettre en pratique.

Après (juelques jours de diète lactée, qui coiHiiience ordinairement mon traitement, le masseur ou la masseuse se met à l'œuvre. L'heure doit être choisie entre deux repas, et, le malade au lit, le manipulateur commence aux pieds; doucement, mais avec fermeté, il pince la peau, la soulevant et la roulant légèrement entre ses doigts; il parcourt ainsi soigneusement tout le pied; puis il prend les orteils, les fléchit et les meut dans toutes les directions; d prend ensuite entre les pouces et les doigts les petits muscles du pied, il les presse et les pince un peu plus fortement, puis il presse et comprime entre les os, avec l'extrémité des doigts, les groupes interosseux. Enfin il saisit tous les tissus du pied et les fait rouler fermement sous ses deux mains, pendant quelque temps. Il traite ensinte les chevilles de la même manière, cherchant avec soin tous les creux que forment les articulations et les massant, pendant qu'il tient la jointure dans toutes les positions possibles. Vient ensuite le tour de la jambe, qu'il traite d'abord en pinçant largement les surfaces, puis en manipulant plus profondément les tissus

aréolaires, et eiiliii eii saisissant et en comprimant avec activité les grandes masses muscuclaires, que, pour ce faire, il met dans la position de la plus grande relaxation possible. Il ne saisit les muscles que pendant un instant ; pour les gros muscles du mollet et de la cuisse, les deux mains agissent tour à tour, l'une se contractant, tandis que l'autre se relâche. Dans la manipulation des muscles plus fermes, de la partie antérieure de la jambe, il doit les faire rouler sous la pulpe de ses doigts. A de courts intervalles, le manipulateur saisit le membre de ses deux mains et les fait remonter légèrement, de manière à favoriser les courants veineux, puis il revient au massage des muscles.

Il en est de même pour toutes les parties du corps ; il faut donner un soin tout particulier aux muscles des lombes et de la colonne vertébrale ; quant à la face, on n'y touche ordinairement pas. Pour le ventre , on pince d'abord la peau, puis on saisit et on roule les parois musculaires dans les mains, et enfin on masse l'abdomen tout entier du talon de la

main, par une succession de mouvements ra-

pides et profonds, eu suivant de préférence la direction du gros intestin.

Le bien résultant de ces manœuvres dépend pour beaucoup de la force, de la résistance et de l'adresse du manipulateur. Tout d'abord, ou pendant quelques séances, elles doivent être très légères; petit à petit, elles devieiuient plus rudes, et, si l'on a affaire à un bon masseur, on sera étonné de voir la force qu'il peut employer sans faire de mal au patient.

On commencera par des séances d'une demi-heure, que l'on augmentera peu à peu jusqu'à une heure; un repos absolu d'une heure suivra chaque séance.

Quand le traitement a duré quelques jours, j'ai toujours soin que le manipulateur tienne la peau du sujet constamment imbibée d'huile de coco; cette substance est agréable d'odeur et se conserve bien, même pendant les grandes chaleurs, si on la recouvre d'un peu d'eau de chaux. La vaseline est aussi un bon lubréfiant^ et ces deux substances donnent à la peau douceur et souplesse.

Dès qu'on en a fini avec la manipulation d'une partie quelconque, il est bon de l'envelopper*

Chez les hommes dont le développement pileux est marqué, il est souvent nécessaire de raser les membres, car le tiraillement constant des poils donne lieu à des furoncles gênants et douloureux.

Pendant les premiers temps, le massage peut, chez certaines femmes nerveuses, augmenter cet état d'excitation nerveuse et même causer l'insomnie; on peut, en toute sécurité, négliger ces symptômes; ils disparaissent au bout de quelques jours, et la patiente trouve bientôt dans le massage un calmant délicieux et se plaint si, par hasard, on vient à l'omettre. Les femmes dont la surface abdominale est sensible ou qui souffrent au contact de la région ovarienne doivent être traitées avec précaution; mais, dans l'espace de quelques jours, un manipulateur exercé peut, petit à petit, envahir les régions sensibles, et finalement les masser avec toute la force nécessaire. La même remarque s'applique à l'épine dorsale, dont la sensibilité est telle quelquefois que le moindre contact fait souffrir ; il est rare de trouver des patientes que l'on ne puisse enfin frotter et masser à leur profit permanente

Le massage doit se continuer quotidiennement pendant au moins six semaines ; alors, si tout me semble progresser favorablement, je fais exercer les jambes, pendant la moitié de l'heure de manipulations , comme préparation à la marche. Cet exercice des jambes se fait d'après le plan suédois, par mouvements de flexion et d'extension, auxquels la patiente doit opposer une certaine résistance.

La septième semaine, le massage n'a plus heu que tous les deux jours, et on l'abandonne ordinairement quand la malade se lève et commence à marcher.

Dans le courant de l'année passée, plusieurs de mes collègues à l'infirmerie pour les maladies nerveuses, et notamment M. le docteur Wharton Sinkler, voulurent bien étudier avec soin l'influence du massage sur la température, et ils obtinrent des résultats très intéressants. En général, quand on commence à frotter une personne très hystérique, les jambes peuvent se refroidir sous cette stimulation; si ce phénomène continue à se produire, c'est un assez mauvais présage pour la réussite définitive du traitement. Mais, d'habitude, en quelques

jours, un changement a lieu, et les membres deviennent tout chauds quand on les masse, comme il en est, pour la plupart des autres malades, dès le commencement du traitement. On connaît l'abaissement extrême de la température dans les jambes des enfants souffrant de ce qu'on appelle encore la paralysie essentielle. Il m'est souvent arrivé de voir la température de ces parties, si singuhèrement froide, s'élever, sous l'influence d'une heure de massage, de six à dix degrés F. Dans des membres si petits encore, le contact prolongé d'une main chaude peut expliquer au moins en partie cette notable élévation de température.

Chez les adultes, on ne peut considérer ce dernier fait comme la cause de l'élévation de température dans le massage, d'abord parce que les grandes surfaces exposées à l'air perdraient la quantité de chaleur que le contact de la main aurait pu leur communiquer, deuxièmement parce que cette élévation varie beaucoup, et enfin parce que quelquefois un autre facteur, plus ou moins saisissable, peut provoquer la chute plutôt que l'élévation du thermomètre, comme résultat du massage.

Chez les femmes très nerveuses ou hystériques, qui ignorent ce que le massage doit produire, et surtout chez les femmes maigres et anémiques dont la température est ou un peu élevée, ou beaucoup plus basse qu'à l'état normal, on peut remarquer d'abord une chute légère du thermomètre, puis une élévation assez constante, présentant toutefois des irrégularités; enfin, à mesure que la santé s'améliore, on voit les variations diminuer ou la température rester tout à fait stationnaire.

J'ajoute ici quelques tables qui montreront nettement les faits que je viens d'établir.

Mme J...., au repos, diète habituelle.

Manipulations à onze heures, tous les jours.

le massage.

Après le massage

Miss P., âgée de vingt-quatre ans, hystérie.

Avant le massage. Après le massage.

Avant le massage. Après le massage.

Mme L., femme très maigre, faible et exsangue, âgée de vingt-neuf ans.

Avant le massage. Après le massage.

Mme P. , âgée de trente-un ans, faible et anémique, nerveuse, a un peu d'albumine dans les urines et de la bronchite chronique. Elle a quelquefois de la fièvre à trois heures de l'après-midi.

Avant le massage. Après le massage,

Ces températures étaient toujours prises avant quatre heures de l'après-midi et à trois jours d'intervalle. La température du matin variait habituellement de 99° à 99" 4/5; celle du soir s'élevait de neuf à dix heures jusqu'à 100, 101 et quelquefois jusqu'à 102.

Gomme je l'ai déjà dit, il y a des personnes qui, dans des conditions semblahles en apparence, voient leur température s'élever de beaucoup par le massage ; chez d'autres, elle ne varie pas. Le cas suivant est rare, mais il n'est pas exceptionnel; on y remarquera une chute constante de la température.

Miss N..., âgée de vingt-un ans, hystérie.

Etat général bon.

Avant le massage. Après le massage.

La menstruation chez les personnes très excitables peut être arrêtée par le massage; je fais, en conséquence, suspendre le traitement pendant le flux. Dans le dernier cas, le traitement fut continué sans qu'il y eût de modifica-

tion dans la règle concernant la température. Ces faits sont certainement très intéressants; mais il est bon de dire ici que les changements thermiques n'indiquent pas, d'une façon constante, la réussite du traitement; ils ne sont, du reste, ni aussi réguliers ni aussi remarquables que ceux causés par l'électricité.

Pourquoi le massage est-il bon dans les cas de repos absolu? La réponse, ou tout au moins la réponse partielle ne sera pas difficile. Les sécrétions de la peau sont stimulées par le traitement de ce tissu; on voit le derme se congestionner , comme cela aurait lieu naturellement par l'exercice actif. Sous l'influence du massage, les muscles acquièrent une certaine fermeté, qui ne se maintient d'abord que quelques minutes, mais qui plus tard dure plus longtemps et finit enfin par devenir permanente. La main sohde du manipulateur stimule le muscle, qui se contracte d'une façon sensible quand il est saisi tout d'un coup. Quand le patient est habitué au massage, l'opérateur doit quelquefois frapper les masses musculaires avec ce coussin mou que lui forment les muscles du côté cubital de la main fermée, ou avec les mêmes muscles dans

rextensioli complète. Si le coup est donné avec adresse, on peut voir la contraction momentanée du muscle frappé. On exerce ainsi les muscles sans que la volition ni les centres nerveux aient à intervenir; en même temps, les mouvements alternes de préhension et de relaxation de la part du manipulateur chassent le sang des vaisseaux et permettent leur réplétion à nouveau; les vaisseaux sont ainsi excités d'une façon salutaire, et le cours du sang dans les tissus se trouve accéléré mécaniquement.

Les résultats sur la circulation superficielle sont assez visibles, surtout chez les personnes maigres et anémiques, qui sont restées longtemps sans prendre d'exercice.

Après quelques séances, les ongles deviennent roses ; les veines, invisibles jusque-là, commencent à se montrer; les gros vaisseaux se rempUssent, et la couleur des membres s'améliore nettement.

De même, les endroits douloureux qui exislaient avant le traitement, ou que les manipulations avaient fait ressortir, disparaissent peu à peu, et une sensation d'aise et de confort vient accompagner les opérations subséquentes.

J'ai l'habitude de prêter grande attention aux observations que me font les manipulateurs exercés, au sujet de tous ces points; leur familiarité de tous les jours, avec les détails de couleur et de fermeté des tissus, me devient souvent très utile.

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