LES TRAITEMENTS MÉDICAMENTEUX
DE L’OBSTRUCTION DE L’'ŒSOPHAGE CHEZ LES BOVINS 1° Historique
Le traitement médicamenteux de l’obstruction œsophagienne fut utilisé à cette époque relativement récente puisqu'il fut employé à la suite des premiers essais thérapeutiques avec les alcaloïdes. Pourtant, Gsell dans son étude si complète des « Injections hypodermiques » ne signale pas qu’elles aient été utilisées à cette époque (1886) dans l'affection que nous étudions. [l semble que les premières tentatives aient été faites chez le cheval, notamment par Clerc avec l’ésérine.
Pour nous en tenir aux bovins, le premier ouvrage classique qui fait mention de ces traitements est le cours lithographié du professeur Moussu (1897-1898). Cet auteur écrit ce qui suit : « Lorsque les procédés recommandables que je viens de vous énumérer n'auront pas réussi, il est une autre méthode non encore classique à essayer ; il s’agit des injections d’alcaloïdes évacuants employés avec succès déjà par quelques-uns de mes anciens élèves. On prendra les évacuants du iube digestif : pilocarpine, ésérine, qui, en même temps qu’ils amènent une hypersécrétion, provoquent des contractions fréquentes des
fibres lisses du type digestif et aussi de l’œsophage.A la longue,
l'obstacle est sollicité vers les parties postérieures et finit par tomber dans le rumen. La dose à prescrire de ces alcaloïdes est variable suivant la taille, le poids, l’âge des animaux. Cependant, comme règle générale, on fera bien de ne jamais dépasser la dose de 5 à 6 centigrammes de pilocarpine, sous
peine de voir survenir des accidents d'intoxication ».
L'année suivante (1899), Butel dans son ouvrage « Les Maladies de l'appareil digestif » nous enseigne : « Quand les procédés ci-dessus ont échoué, il faut exciter la contraction des fibres lisses de l’œsophage par des injections simultanées d'ésérine (5-10 centigrammes) et de pilocarpine (15-25 centigr.) ou provoquer le rejet du corps étranger par celle d’apomorphine ».
Les auteurs classiques modernes (Cadéac, Cadiot et Almy, G. et R. Moussu) s’en tiennent à ces données. Les quelques lignes qu’ils consacrent à cette thérapeutique paraissent bien insignifiantes à côté des longs développements où sont décrits les différents procédés chirurgicaux.
Si nous nous reportons aux relations publiées par les praticiens on est surpris du petit nombre de cas où les alcaloïdes ont été utilises.
L'apomorphine semble avoir été employée pour la première fois par Hermenier. En 1895, Lavelanet signale avoir obtenu le rejet du corps étranger 5 minutes après l'injection de 10 centigr. d’amorphine. Le même produit est recommandé par Bissauge, à la dose de 30 à 50 centigrammes (1904). Enfin, des cas graves, suivis de guérison à la suite de cette médication, ont été signalés
par Fabretti (1910) et Tonelli (1929).
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A celte courte liste, nous ajouterons l’article dans lequel Eberhard (1909) signale avoir obtenu la guérison de trois obstructions œsophagiennes grâce à l'emploi de l’arécoline à la dose de 10 centigrammes et celui de Peuch (1915) qui préconise l'ésérine.
Ce que nous venons de dire nous autorise à affirmer que les traitements médicamenteux de l’obstruction de l’œsophage chez les bovins, n’ont été utilisés que de façon exceptionnelle.
De plus, certains praticiens sont nettement opposés à cette thérapeutique. Foussereau (1926) s'exprime ainsi à son sujet : « À notre avis elle est inutile. De deux choses l’une : la désobstruction a été pratiquée par taxis extérieur ou par refoulement, ou bienelle a été impossible. Dans ce dernier cas les injections sous-cutanées de pilocarpine et d’ésérine seront impuissantes à provoquer le ramolissement du corps obstruant et par conséquent d'aucun secours pour obtenir la désobstruction cherchée ». Radulphe (1926) est du même avis quand il dit : « La méthode en question, échouant dans la plupart des cas et n'étant pas exempte de dangers surtout chez les vaches en état de gestation, mieux vaut donc, dès le début du mal, faire appel
à un mode de traitement plus rationnel ».
2° Recherches personnelles Nous n'avons pas toujours employé la méthode que nous préconisons aujourd'hui. Nous pouvons même dire que nos premières tentatives n'ont été faites qu'après un certain nombre d’insuccès avec les procédés chirurgicaux classiques. À nos débuts en clientèle, qui remontent à une dizaine d’an-
nées, nous avons utilisé le taxis extérieur ou le refoulement.
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Avec le premier procédé, nous avons obtenu parfois de bons résultats, mais vraiment trop irréguliers. Chez quelques sujets qui étaient fortement météorisés, nous avons essayé de faire remonter le corps étranger sans faire la ponction du rumen, espérant que la pression des gaz, en aval, nous aiderait dans notre intervention. Ces vues toutes théoriques n’ont pas été confirmées par les faits. Dans certains cas, nous avons dû ponctionner malgré notre décision et d’autres fois nous avons échoué dans nos tentatives, que la gastrotomie soit faite ou non.
Voici un exemple, cependant, de guérison au moyen du taxis extérieur :
Os. 1. — Une vache, âgée de 5 ans, se trouvant en pâturage, a avalé une pomme. Aussitôt elle se met à baver et la météorisation commence à se développer.
Lors de notre visite, le propriétaire nous fait remarquer luimême la position du corps étranger. Celui-ci est situé dans la partie post-pharyngienne de l’æœsophage.
L'animal est fixé solidement à un anneau, la tête étant maintenue à 50 centimètres du sol. Parle taxis nous faisons remonter le corps obstruant jusqu’au pharynx, sans éprouver une bien grande difficulté. Nous confions alors à un aide le soin d’immobiliser la pomme, puis nous appliquons un pas d'âne au sujet et, avec la main, nous allons chercher le corps étranger dans le pharynx. Aussitôt les gaz du rumen furent évacués et la guérison aussi parfaite que possible.
Nous devons dire qu’en cette circonstance notre malade a été
d’une docilité vraiment exceptionnelle.
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Le plus souvent nous utilisions le refoulement avec la sonde. Avec ce procédé nous avons eu de nombreux succès, mais aussi, assez souvent, la mobilisation du corps étranger n’a pu être obtenue et les bêtes ont été abattues pour la boucherie. Nous n'avons jamais eu nous-mêmes d'accident, mais nous avons vu plusieurs fois des déchirures de l’œsophage produites par des chirurgiens improvisés.
En voici un cas.
OBSERVATION II. — Un de nos clients nous fait appeler pour visiter une vache qui avait avalé une pomme depuis 48 heures. A notre arrivée, on nous apprend que l’accident s’est produit à à la prairie et qu'un voisin a pratiqué la ponction du rumen. Après cette intervention fort raisonnable et certainement urgente, la même personne essaya de repousser le corps étranger au moyen d’une sonde, mais avec l’extrémité de l'appareil servant habituellement dans les cas de météorisation. L’instrument s’immobilisa d’abord sur la pomme, puis fut poussé plus loin, et l'opérateur annonça que la bête était guérie.
Le lendemain le trocart fut enlevé, et la météorisation se montra à nouveau quoique moins inquiétante que le premier jour. En présence de cet état de chose, le propriétaire fit prendre à sa bête, du pétrole (1!) Enfin, le second jour on nous fit appeler.
Au moment de notre examen, le cathétérisme de l’œsophage nous montra sans difficulté que le corps étranger était toujours à l’intérieur du conduit. D'abord, le gonflement de la base de l'encolure et une dyspnée marquée, indiquaient assez qu'il y avait eu perforation de l’œsophage dans la région thoracique.
La bête fut abattue et il nous fut facile de contrôler l’exacti-
tude de notre diagnostic ante mortem. Inutile d'ajouter que, du fait de l'infection et du passage du pétrole dans la cavité pleurale, la viande était absolument impropre à la consommation,
Remarquons enfin que le corps étranger, malgré la ponction du rumen,suivie d’une attente de 48 heures, n'avait subi aucune transformation suffisante pour lui permettre de gagner le rumen, même avec le secours de la sonde œsoshagienne.
Après un certain nombre d’insuccès avec la méthode du taxis et celle du refoulement, et après la constatation de plusieurs accidents analogues à celui que nous venons de rapporter,nous avons fait quelques essais en faisant précéder l'intervention chirurgicale d’une injection hypodermique de pilocarpine. Aussitôt, les résultats ont dépassé nos espérances, et depuis nous n’avons eu qu'à nous louer de cette méthode mixte.
Voici comment nous procédons depuis plusieurs années. Aussitôt notre arrivée près du malade, s’il y a de la météorisation, c’est-à-dire dans la très grande majorité des cas, nous pratiquons la ponction du rumen. Ensuite, nous faisons une injection sous-cutanée de 10 centigrammes de nitrate de pilocarpine. Enfin, après une attente d’un quart d'heure environ, le refoulement du corps étranger est fait au moyen d’une sonde munie d'une cupule assez grosse.
Avec ce procédé, toutes les bêtes, qui ont été confiées à nos soins assez tôt et avant que les manipulations maladroites des gens ignorants n'aient causé un accident, ont été traitées avec succès. Et cela depuis plusieurs années.
On dira qu'une grande partie de nos sujets auraient guéri tout aussi facilement avec le seul emploi de la sonde. Nous le
reconpaissons volontiers. Mais on nous accordera en revanche,