CHAPITRE II LA PILOCARPINE (Son action sur l’æœsophage
Cet alcaloïde est extrait des feuilles de jaborandi, arbrisseau de la famille des Rutacées. Il se présente sous forme d’une masse visqueuse, incolore, peu soluble dans l’eau, mais soluble dans l'alcool. En thérapeutique courante, on utilise surtout ses sels, le nitrate et le chlorydrate de pilocarpine.
Depuis sa découverte par le D' Hardy, en 1875, les propriétés de ce médicament ont eté longuement étudiées, et sont assez bien connues à l'heure actuelle.
Nous ne nous occuperons que de ses effets généraux. Après absorption, la pilocarpine produit deux ordres de phénomènes surtout importants : l’hypersécrétion glandulaire, et la contraction des muscles lisses.
Chez le cheval, une dose moyenne produit, au bout de 5 à 10 minutes, une salivation abondante. C’est le symptôme le plus apparent d’une action très générale sur le système glandulaire. En même temps que l’hypersialie, on note une plus grande intensité des sécrétions lacrymale, bronchique, sudorale, sébacée et intestinale. Par contre, elle diminue la quantité d'urine éliminée et ne paraît avoir aucune action galactopoiïétique.
« Outre l'augmentation des sécrétions, la pilocarpine provo-
LONO TRE
que encore des contractions très énergiques des muscles lisses de l’estomac, de l'intestin et de la vessie. M. Morat, professeur à la Faculté de Médecine de Lyon, a démontré, avec la méthode graphique, que la pilocarpine exagère considérablement les mouvements rythmiques de l'estomac et de l'intestin, tandis que l’atropine les arrête » (Kaufmann).
Moeller a constaté que la pilocarpine active les contractions des réservoirs gastriques chez les ruminants, les rend plus vives et plus fréquentes. L'action médicamenteuse se fait sentir au bout de 10 ou 15 minutes et dure près d'une heure. (Gsell).
D'autre part, la circulation subit également des modifications. Le pouls devient d’abord plus fréquent, plus ample, puis, après un certain temps, il se ralentitet s’affaiblit jusqu’à devenir filiforme. Pendant l’action de la pilocarpine, la température rectale s'élève au début et la peau s’échauffe de façon appréciable. Enfin, l'instillation dans l'œil d’une goutte de nitrate de pilocarpine en solution produit la myose : la pupille commence à se rétrécir au bout de dix minutes, et le phénomène atteint son maximum d'intensité après vingt ou trente minutes et dure environ trois heures.
Ces différentes propriétés confrontées avec les acquisitions modernes sur la physiologie du système nerveux de la vie végétative, ont permis de classer la pilocarpine parmi les médicaments vagotropes.
« Dans le domaine du parasympathique, la pilocarpine se comporte comme un renforcateur de l’innervation tonique normale ; elle déclanche une véritable crise de vagatonie :
« 1° bradycardie, hypotension ; parfois arythmie et défail-
lance cardiaque ;
Dao vf ‘1 « 2° nausées, coliques, diarrhée ; « 3° constriction des pupilles (mÿosis).
«Ces propriétés caractéristiques et d’une si grande importance dogmatique fournissent la base d'applications thérapeutiques
importantes ». (P. Bru).
Cependant, nous devons ajouter que des recherches récentes ont montré que la pilocarpine n’a pas une action exclusivement vagotrope, mais encore, qu’elle peut produire des effets nettement sympathiques (Lapiccirella, Hoet).
Quoiqu'il en soit, ces propriétés font que la pilocarpine est largement utilisée en pathologie digestive chez nos animaux.
Pourtant, du point de vue qui nous occupe (effets sur l’œsophage) nous n’avons trouvé aucun document précis. Mais l’anatomie et la physiologie de l'organe nous permettent de penser a priori qu’il n'échappe pas à l’action de la pilocarpine.
Nous savons notamment que la paroi de l’æœsophage contient à la fois des fibres striées et des fibres lisses. « La transition de la couche musculaire striée des premières voies digestives à la couche musculaire lisse des voies suivantes ne se fait pas brusquement, mais par substitution progressive d’un élément à l’autre, vers la terminaison de l’œsophage. Chez les solipèdes, les fibres lisses s’elèvent plus haut sur ce dernier conduit que dans les autres animaux ; sa partie terminale n’en comprend pas d’autres ». (Lesbre). D'autre part, nous savons que les nerfs de l’œsophage viennent presque exclusivement du pneumogastrique. « Les nerfs œsophagiens sont au nombre de deux, l’un supérieur, l’autre inférieur,inégalement constitués par les pneu-
mogastriqnes droit et gauche ; ils accompagnent l’œsophage et
VAR NEA
sont reliés entre eux par une anastomose, avant leur terminai-
son. Le nerf œsophagien supérieur se distribue principalement au rumen et à la caillette, après avoir fourni une branche au
plexus solaire. Le nerf œsophagien inférieur se divise en trois
branches principales qui aboutissent à la partie antérieure du
rumepn, au réseau, au feuillet et à la caillette. Toutes ces bran-
ches forment, en s’anastomasant entre elles et avec celles qui proviennent du plexus solaire, des plexus secondaires placés à
la surface des viscères gastriques ». (Montané et Bourdelle).
Enfin, des constatations embryologiques, anatomiques et physiologiques ont démontré depuis longtemps que, chez les ruminants, la caillette seule « joue le rôle du véritable estomac digestif » (Chauveau, Arloing et Lesbre), tandis que les autres « réservoirs digestifs » semblent bien plutôt des diverticules de l'organe œsophagien.
En tous cas, la présence de tissus identiques (fibres lisses) dans l’æœsophage et l’appareil gastrique, et le fait que ces différents organes sont innervés par les mêmes filets nerveux, très différenciés, permettent de prévoir que l’œsophage doit obéir à l’action de la pilocarpine de même facon que l'estomac ou le rumen. Comme nous le verrons, nos constatations cliniques
n'ont fait que confirmer cette hypothèse.