CHEZ CERTAINS ALIÉNÉS
quand on aura perfectionné les moyens d’investigation dont on se sert actuellement.
M.Calmeil (r),sur 75 cas de démence, a trouvé huit fois la masse encéphalique à letat normal : il ajoute que « les anomalies observées sur les insensés ne suffisent pas seules pour justifier l’état de démence, parce qu’on trouve quelquefois les mêmes désordres dans leur plus haut degré d’intensité chez des malades non insensés », et il est porté à croire que la lésion propre à la démence siège dans la substance la plus intime des tissus élémentaires du cerveau, mais sans pouvoir, du reste, donner aucune preuve à l’appui de cette assertion.
M. Parchappe (2) a aussi constaté l’absence de toute altération dans un petit nombre de cas de folie, et il se demande s’il y a une ou plusieurs altérations que l’on puisse considérer comme une condition essentielle de l’aliénation mentale. A celte question, il fait la réponse suivante:
« Les pathologistes qui ont cherché une altération une, essentiellement caractéristique de l’aliénation mentale, auraient pu s’épargner, ceux qui ne l’ont pas trouvée, une déception, ceux qui ont cru la découvrir, une erreur. Il
(1) Art. Démence du Dict. de médecine en 25 vol.
(1 2) Op. cil., 2e fasc., p. 73.
suffisait pour cela de réfléchir qu’on a réuni, d’après l’unique point de vue de l’analogie symptomatique, sous le nom d’aliénation mentale, des maladies qui peuvent être caractérisées par des altérations organiques fort différentes, et n’avoir de commun que le trouble apyrétique des facultés intellectuelles. »
Ici se trouve indiquée la nécessité d’une distinction entre les maladies mentales, et cette nécessité est réelle, car la distinction établie par les nosographes est insuffisante; elle conduit à des conséquences erronées. Plusieurs espèces de folies sont formées de la réunion de symptômes mal définis, mal déterminés. Le principe de la division établie est, à la vérité, tiré de la psychologie, mais, autour des phénomènes psychiques, se trouvent presque toujours réunis des phénomènes physiques, variables quant à leur nombre et quant à leur nature.
La première chose à faire pour arriver au but que l’on se proposait, celui de connaître en quoi consiste l’altération qui produit les désordres de l’entendement, c’était de composer deux groupes des maladies mentales, et déplacer dans l’un tous les cas où l’aberration mentale existe seule, et dans l’autre tous les cas où ce genre d’aberration est compliqué de symptômes physiques. Or, c’est ce que n’ont essayé aucun de ceux qui
CHEZ CERTAINS ALIÈNES.
ont travaillé à la statistique des altérations regardées comme productrices de l’aliénation mentale. M. Parchappe fait observer, avec raison, qu’on a réuni sous le nom d’aliénation mentale, des maladies qui peuvent être caractérisées par des altérations organiques fort différentes, et n’avoir de commun que le trouble apyrétique des facultés intellectuelles. Mais il ne dégage pas les cas où ce trouble des facultés intellectuelles existe seul, des cas où il est compliqué de symptômes différens, et c’était pourtant là, le point important de la question.
L’anatomie pathologique des centres nerveux présente, suivant M. Ferrus(i), un degré de certitude tout aussi grand que celui qui est généralement attribué à l’anatomie pathologique d’un point quelconque de l’organisation ; M. Ferrus déclare que si l’on ne peut pas toujours saisir rigoureusement le rapport intime qui unit les lésions fonctionnelles et matérielles du système nerveux, si, dans un certain nombre de cas où les fonctions du cerveau ont été troublées, l’autopsie n’a permis de constater aucune lésion matérielle, il ne faut pas conclure à l’absence de toute altération , mais à l’imperfection de nos
(0 Leçons cliniques sur les maladies du système nerveux. Esculapc, 11 septembre i83g, Gazelle médicale, loc. cil., ot Parchappe, a» fascicule, pages 54 et 55.
connaissances anatomiques et à l’insuffisance de nos moyens d’investigation.
Je reconnais volontiers, avec M. Ferrus, que nos moyens d’investigation sont souvent insuffisans, et que, sur beaucoup de points, nos connaissances anatomiques sont fort imparfaites; mais si, quand je ne vois aucune altération dans Je cerveau, je m’abstiens de conclure qu’il n’y a, en effet, aucune altération dans cet organe, je me garde, avec le même soin, de conclure qu’il y en ait une. Lorsque le cerveau d’un aliéné me paraît sain, je n’affirme pas avec M. Ferrus que ce cerveau soit malade; je reste dans le doute jusqu’à ce que la vérité me soit démontrée. Et si les cas où le cerveau me paraît sain sont précisément ceux où il y a eu un délire sans complication de symptômes physiques, un délire de l’intelligence ou des passions; si les cas où le cerveau est altéré, sont ceux où il y a eu paralysie, agitation, torpeur, insomnie, etc., j’attribue ces derniers accidens à la lésion du cerveau , et la cause de l’aberration de l’entendement me reste encore inexpliquée.
Quelques auteurs, et parmi eux je citerai M. Falret, prétendent que les lésions de l’encéphale sont toujours suffisantes pour expliquer les symptômes de l’aliénation mentale; suivant eux, l’aliénation mentale est toujours le résultat