CHEZ CERTAINS ALIÉNÉS
un
au moins qu’on la trouve dans les cas de folie simple, dans les cas d’aberration mentale, isolée de toute altération dans la sensibilité ou dans les mouvemens ? Quoi, les formes anatomiques dont parle M. Calmeii, appartiennent à la folie compliquée de paralysie, elles se montrent seulement dans les cas où ces deux affections sont réunies; on ne les rencontre jamais quand la folie est simple, et l’on en conclurait qu’elles sont particulières à la folie? Une pareille manière de raisonner n’est-elle pas essentiellement vicieuse? et le peu de \aleur des conclusions que M. Calmeii en a tirées, ne ressort-il pas avec la dernière évidence ?
M. Esquirol, je ne sais si M. Calmeii le range au nombre de ceux qu’il appelle les gens étrangers à la science , M. Esquirol, dis-je, a depuis bientôt trente ans, fait l’aveu que les ouvertures de corps ne lui ont rien fourni qui puisse indiquer quelle est la cause immédiate delà folie (1). Aujourd’hui il conserve la même opinion, et M.Lélut (?.), qui a fait tout récemment de nombreuses autopsies, avec l’intention de vérifier les observations de ses prédécesseurs, partage entièrement, sur ce point, l’opinion de M. Esquirol.
(i) Des maladies mcnlales.VdiVÏs, i838, tora. i, pag. n3.
(a) O j). cil.
Charuggi (i) , M. Bottex (a) , M. Calmeil (3) , M. Jodin (4), M. Moreau (5), M. Brierre de Boismont (6), M. Aubanel (7), tous les auteurs français, anglais, italiens et allemands, même les plus modernes , qui ont publié le résultat de l’ouverture du corps des aliénés, citent des cas de folie sans lésion, au moins apparente, du cerveau. Ces cas sont assez nombreux, suivant M. Nasse (8), et M. Heinroth (9) veut même que le cerveau soit étranger à la production de la folie. Mais en cela , il est d’accord seulement avec un petit nombre de spiritualistes purs, qui, regardant la folie comme une maladie del’âme, prétendent qu’elle est étrangère à toute influence corporelle.
Sans tenir compte de l’opinion de M. Heinroth, car elle est une opinion a priori; sans
(1) Op. cit.
(2) Du siège et de la nature des maladies mentales. Lyon , i833, p. 2 i.
(5) Op.cit.
(4) Propositions sur la folie, in-4, p. 18.
(5) De l’influence du physique relativement aux désordres des facultés intellectuelles, in-4, Paris, iS3o, p. 24.
(6) De la valeur des lésions anatomiques dans la folie. Esculape, 7 novembre i83g.
(7) Essai sur les hallucinations , in~4, Paris, i83g.
(8) Y. De insanid. Bonn, 1829, et Annal. Antrop. Leips. i83o, etc.
(9) Y. les notes qu’il a ajoutées à la traduction allemande des œuvres de M. Esquirol.
PHRÉNOLOGIE APPLIQUÉE A LA FOLIE. l\9
tenir compte de celle de M. Falret, car elle ne repose sur aucun fait connu, je répéterai qu’il est des cas d’aliénation mentale où l’on ne trouve, après la mort, aucune trace de lésion dans le cerveau. Et si l’on retranche du nombre des lésions signalées plus haut, celles que nous pouvons, tout d’abord, regarder comme nulles, attendu qu’elles n’ont pas réellement été vues, mais seulement supposées; si de ce nombre on retranche encore les lésions réelles, mais compatibles avec l’intégrité de la raison , il restera un nombre de cas, jusqu’à présent indéterminé, mais qu’on peut juger devoir être assez considérable , dans lesquels le cerveau n’a éprouvé aucune altération morbide apparente.
§ XII. Les phrénologistes ont vainement tenté d'appliquer leur système à la localisation de la folie.
Les débuts de Gall , pour la localisation de la folie, n’ont pas été heureux. Gall, qui peu de temps après son arrivée à Paris, appelait sur son système toute l’attention des savans, visitait, un jour, la Salpétrière avec M. Esquirol. D’abord, M. Esquirol faisait à Gall l’histoire de la maladie des folles qu’il lui présentait, et Gall expliquait, par les protubérances du crâne, la cause
de leur maladie : toujours la conformation de la tête et le caractère de la folie se trouvaient en ha rmonie parfaite. Jusque-là, tout allait bien. Mais, voulant faire une contre-épreuve, M. Esquirol engagea l’inventeur de la phrénologie à observer préalablement la tête de ses malades, et à lui dire d’après cette observation* quel était le caractère de leur maladie. Dès-lors, Gall devint muet; il avait pu, avec une complète certitude, remonter de l’effet à la cause; mais de la cause il ne put jamais descendre jusqu’à l’effet. On eût dit que sa science, tout-à-l’heure si fertile, venait de l’abandonner.
Les saillies du crâne indiquant* d’après les phrénologistes, le développement des différens organes dont il leur a plu de dire que le cerveau est composé, on peut juger, assurent-ils* en ayant égard au degré de ce développement, des sentimens, des passions et des idées qui prédominent chez les aliénés. J’ai cherché si Gall aurait dans sa collection quelques faits à l’appui de cette théorie, et malheureusement j’en ai trouvé* Je dis malheureusement, parce qu’il ne faudrait pas beaucoup de faits de cette nature * pour discréditer un système.
11 y a, dans la collection de Gall, collection qui fait maintenant partie du musée d’anatomie* du Jardin des Plantes, trois portions de crâne at-
tri b nées chacune à trois individus différetis: l’une à un musicien (il n’est pas fait mention si ce musicien était ou non aliéné); l’autre à une certaine baronne Franke qui, dans un accès de lypémanie, se serait suicidée; on montre, sur cette portion de crâne, l’organe de la circonspection excessivement développé pour Une tète de femme. La troisième portion de crâne est attribuée à un marchand, mort dans urt accès de folie érotique ; les cavités qui logent le cervelet, y sont indiquées comme ayant des dimensions considérables. Or, les trois portions de tête, savoir, celle du musicien , celle de la baronne Franke, celle du marchand érotique, ne sont pas autre chose que trois portions d’un même crâne !
La calotte de ce crâne, enlevée par la scie, a été attribuée à la baronne Franke; la base, en partie désarticulée et en partie brisée de droite à gauche, au niveau du Corps du sphénoïde, et séparée ainsi en portion antérieure et en portion postérieure , a été attribuée à deux autres indi-
Ividus, la première au musicien, la seconde au marchand devenu érotique; or, le tout réuni, forme une belle tête d’homme, sur laquelle on voit les bosses pariétales développées, comme elles le sont ordinairement chez l’homme, ce qui a permis à Gall de doter la baronne Franke des deux
organes (le la circonspection, dont il avait besoin, afin de rendre cette baronne aussi craintive qu’elle devait l’être, pour avoir peur de tout et terminer sa vie par un suicide. Préparez donc l’avenir d’une science avec des faits ainsi arrangés!
Parmi les médecins d’aliénés, il en est, mais en petit nombre, qui ont adopté la doctrine de Gall, et qui prétendent avoir trouvé, dans l’étude de l’aliénation mentale, des faits à l’appui de cette doctrine. En Angleterre, MM. Combe (i), Elliotson, Ellis (2), et quelques autres; en France, MM. Belhomme (3) , Parchappe et Ferrus; je ne sache pas qu’il y en ait en Allemagne, en Italie ou ailleurs. La plupart d’entre eux se contentent, comme Gall, de l’inspection du crâne, pour établir que l’organisation est dans un rapport parfait avec les formes du délire; mais je doute qu’ils se tirent les uns et les autres de l’expérience tentée par M. Esquirol, d’une manière plus satisfaisante que Gall lui-même ne l’a fait.
Quelques observations, publiées par M. Par-
(1) Observations on mental dérangement being an application of the principlcs of phrenology to the élucidation of the causes, sympioms, nature , and treatmentof insanity. Edimb., i83i.
(a) Delà nature, des causes, etc., de V aliénation mentale , traduit par le docteur Archambault. Paris, 1840, in-8°.
(3) Suite des Recherches sur la localisation de la folie; Paris, 1 836, iii-8".
PHRÉNOLOGIE appliquée a la folie.
chappe et par M. Ferrus, méritent cependant une mention spéciale, en ce qu’elles semblent rendre l’anatomie pathologique solidaire des idées phrénologiques.
M. Parchappe aurait vu, dans la folie chronique (i), une diminution de la substance grise des lobes antérieurs du cerveau; il aurait vu (2) dans le cerveau atrophié en avant, chez plusieurs insensés dont la démence était incomplète, et conservant encore un ou plusieurs instincts dominans, une augmentation de volume des régions du cerveau indiquées, par l’école phrénologique , comme le siège de ces instincts: enfin, il aurait vu, dans un cas de monomanie érotique, un développement du cervelet plus considérable que de coutume, chez une femme célibataire, âgée de 56 ans.
On peut demander à M. Parchappe comment il s’est assuré de l’atrophie de la substance grise des lobes antérieurs. Si c’est par la diminution d’épaisseur de cette substance, comment se faitil que, pour un fait aussi important et aussi nouveau, M. Parchappe ait négligé de le constater par des mesures, de l’exprimer par des chiffres? Rien n’était plus facile assurément, et
(0 Recherches sur V encéphale, ac mémoire, p. ai3.
(1) Jd., id„ p. 219.
SU phrénologie appliquée a la folie.
M. Parchappe ne paraît pas même y avoir songé.
Quant à la prédominance du volume des organes servant aux instincts prédominans chez les insensés, il eût été nécessaire, non pas de nous assurer que M. Parchappe l’avait vu , mais de nous apprendre comment il l’avait vu. Pour cela, il eût fallu nous indiquer quel est le volume normal de ces prétendus organes, assigner leurs limites sur les circonvolutions cérébrales, et dire en quelle proportion ils prédominaient. Or, le volume normal des organes phrénologiques, n’a encore été indiqué par personne; leurs limites, tracées avec un pinceau, sur un cerveau de plâtre , par les marchands de phrénologie, ne se retrouvent jamais sur les cerveaux humains; et quant à la prédominance, si elle était visible, elle pouvait se mesurer.
Combien n’avons nous pas lieu de croire que M. Parchappe s’est trompé sur ce point, lorsqu’il n’a ni mesuré, ni compté; quand nous le voyons se tromper sur le poids moyen du cerveau des individus en démence, comparé à celui des individus sains d’esprit. Préoccupé par cette idée que, dans la démence, le cerveau s’atrophie, il a pris pour l’état normal une moyenne de beaucoup trop faible, même d’après ses propres observations, et c’est à cette moyenne trop faible qu’il a comparé le cerveau des individus en dé-
mence. Dans ces assertions de M. Parchappe sur l’atrophie et sur la prédominance de certaines parties du cerveau , on voit le phrénologiste et non l’observateur.
Le cas rapporté par M. Parchappe , d’une femme atteinte de monomanie érotique , donne lieu à des objections analogues.
Une femme de 56 ans, célibataire, vivant de son revenu, malade depuis six mois, meurt d’une asphyxie par suspension volontaire (i). Elle avait été d’une santé robuste , menstruée régulièrement jusqu’à plus de 5o ans, elle avait eu, depuis plusieurs années, un désir immodéré du mariage, et s’éta'it livrée depuis plusieurs mois à quelques actes d’extravagance érotique; elle soutenait avoir vu plusieurs fois des hommes dans sa chambre, pendant la nuit. Après quinze jours de traitement, elle s’était calmée et avait recouvré la raison, au moins en apparence; mais une hallucination nocturne avait fait reparaître le délire érotique, et la malade, à laquelle on ne pouvait faire garder sesvêtemens, désespérée de son état, s’était pendue avec son mouchoir.
•A l’ouverture du corps, M. Parchappe trouva une hypérémie générale de l’encéphale, le cervelet, très développé, était au cerveau, dans le rap-
(0 Oy. cil- p. j 16.
port de i à 6; les lobes postérieurs du cerveau paraissaient plus développés , proportionnellement, que les autres parties, et l’appareil utérin était à l’état normal.
Rapprochant cette observation de celles que Gall dit avoir faites sur le même sujet, M. Parchappe croit pouvoir expliquer ce cas de monomanie érotique, par le développement considérable du cervelet, développement qu’il regarde comme une véritable hypertrophie. Mais toutes les observations de Gall, dont M. Parchappe prétend s’appuyer, sont entachées d’inexactitude, ainsi que je l’ai démontré ailleurs. Gall n’a ni pesé ni mesuré de cervelets, et les assertions qu’il a émises, quant à la diminution du volume du cervelet, après la castration, chez les chevaux, par exemple, sont directement opposées à la vérité, ainsi que cela résulte des pondérations de cerveaux et de cervelets faites, avec le plus grand soin, à l’école d’Alfort, par M. Gérard Marchant.( i )
Quant au poids du cervelet (i à 6) de la femme érotique qui fait le sujet de l’observation de M. Parchappe, il est, j’en conviens, supérieur au poids moyen du cervelet de la femme ; mais, avant de regarder cette augmentation de poids comme la cause de la folie érotique, il serait né-
(i) J’ai consigné ccs faits dans mon Analomic comparée du cerveau , tom. i, p. 427.
cessaire d’établir, entre autres choses: i° que, chez les femmes non érotiques , on n’a pas trouvé de cervelet pesant la sixième partie du cerveau : c’est ce qu’on n’a pas encore cherché; 2® que le cervelet a augmenté de volume à l’époque où la monomanie érotique s’est déclarée; et, pour que le cervelet eût augmenté de volume, il aurait fallu que les fosses occipitales qui logent le cervelet se fussent distendues, et cela n’est pas possible, ou si cela est possible, M.Parchappe ne s’est pas assuré si cela s’était effectué.
Il est plus probable, pour moi cela est certain, que, depuis l’époque du développement complet de son encéphale, la femme dont il s’agit avait eu le cervelet aussi volumineux qu’on l’a trouvé sur son cadavre. Or, comme elle n’avait eu ses désirs immodérés de mariage que depuis plusieurs années, comme il n’est pas fait mention qu’elle en ait éprouvé auparavant, et l’intégrité de l’appareil utérin nous donne lieu de croire quelle ne s’était aucunement livrée à la débauche, elle avait pu avoir un gros cervelet pendant la plus grande partie de sa vie , sans éprouver aucune atteinte de monomanie érotique. Il faut donc chercher, pour expliquer cette maladie, une autre cause que le volume du cervelet.
En voulant conclure d’après un seul cas, et cest ce que fait ici M. Parchappe, car, pour moi,
58 l'URÉNOLOGIE Al’l'LIQUÉE A LA FOLIE.
je le répète, les observations de Gall sur les quelles il s’appuie ne sont de nulle valeur, voyez comment, avec une opinion préconçue et directement opposée à la sienne, on aurait pu raisonner sur l’autopsie de la femme érotique dont il est ici question, si, au lieu de mourir à 56 ans, cette femme était morte à 5o ans, par exemple, c’està-dire avant l'époque où sa monomanie s’est déclarée. On aurait pu dire d’elle : célibataire et rentière ; c’est qu’elle n’a pas voulu se marier : état normal de V appareil utérin j elle ne s’est pas livrée à la débauche, peut-être même est-elle restée intacte toute sa vie : volume du cervelet plus considérable que de coutume ; voilà la cause du célibat et de la sévérité de mœurs de cette femme : la force morale, les principes de vertu résident dans le cervelet : plus cet organe est développé, plus aussi on a de force pour vaincre sespenchans amoureux. La plupart des raisonnemens de Gall et ceux de ses partisans, ne sont pas moins absurdes que ne l’eût été celui-là.
D’après M. Casimir Broussais (i), M. Ferrus aurait rapporté à la société phrénologique, un cas de folie ambitieuse, avec altération des parties assignées par Gall, à l’entêtement et à l’orgueil. Je ne sache pas que ce cas observé par
(i) J. de i>hrcn. u9 i, p. 83.
PiniéîfOLOGlE APPLIQUÉE A LA POLIE.
M. Ferrus, ait été publié; ce que je puis dire seulement à ce sujet, c’est que les cas de folie ambitieuse sont les plus fréquens de tous; J a vanité et l’orgueil dominent, et sont portés jusqu’au délire, chez la plupart des aliénés, et cependant l’observation de M. Ferrus n’a été confirmée par aucun autre observateur, et M. Parchappe lui-même ne fait pas mention qu’il ait jamais rien vu de semblable, dans les nombreuses autopsies qu’il a pratiquées.
Que si, dans l’observation de M. Ferrus, il s’agit d’une folie ambitieuse sans complication; isolée, comme elle l’est j usqu’à présent, on n’en peut tirer aucune induction. Que s’il s’agit, au contraire, d’une folie ambitieuse, compliquée de paralysie générale; comme dans les cas de cette nature, la périphérie du cerveau est adhérente aux méninges, dans une étendue plus ou moins considérable; comme la substance grise est elle-même altérée, dans un grand nombre de points, on n'en peut rien conclure quant au siège de la folie ambitieuse, par la double raison: t° que beaucoup de points du cerveau, étrangers aux prétendus organes de l’orgueil et de la vanité sont lésés, et qu’ils le sont quelquefois à l’exclusion de ces derniers ; 20 que la folie étant conir pliquée de paralysie, cette dernière peut, à bon droit, être attribuée au ramollissement cérébral.
J’ajouterai ici que le fait allégué par M. Ferrus, loin d’être favorable à la phrénologie, serait précisément en opposition avec les données de cette pseudo-science. Au lieu d’être altérés dans la folie ambitieuse , les organes de la vanité et de l’orgueil devraient avoir un surcroît de développement : ils agissent plus que de coutume, et leur texture serait altérée, décomposée! On ne le croira pas. Les principes de la phrénologie une fois admis, il est logique de trouver le cervelet plus volumineux que de coutume, dans la folie érotique ; l’effet se trouve, par là, mis en rapport avec la cause; mais quand l’organe d’une faculté est en voie de destruction, que la faculté en devienne plus active et reste ainsi jusqu’à la mort, cela n’est pas vraisemblable. Je ne sais si MM. Combe et Belhomme ont aperçu cette inconséquence ; mais ils n’y sont pas tombés : quand une faculté est prédominante, ils trouvent également que l’organe prédomine, et si une faculté diminue ou disparaît, l’organe diminue et s’efface. Ils sont conséquens avec leur doctrine, tandis que M. Ferrus ne l’est pas, et j adopterais leur svstème , si les observations sur lesquelles ils le fondent étaient aussi exactes que leur raisonnement est juste.
La même faute de logique a été commise par M. Ferras , à l’occasion d’un second fait qu’il a
présenté à l’Académie royale de médecine, pour venir en aide à la localisation de la faculté et de l’organe de la parole, dans les lobes antérieurs du cerveau (i). Il s’agit de l’adhérence des méninges à la substance des lobes antérieurs du cerveau, chez un individu qui présentait, à un haut degré, une altération de la parole. Mais en même temps qu’il éprouvait une altération grave de la parole, cet individu était aliéné, et quant à la paralysie qui l’empêchait de s’exprimer librement, elle lui ôtait aussi le libre usage denses membres, car c’était un cas de paralysie générale, et la paralysie générale, comme on le sait , ne porte pas uniquement sur la langue. Ainsi, d’un côté il y avait aliénation, paralysie de la langue, paralysie des membres; de l’autre côté, lésion des lobes antérieurs du cerveau; et sans tenir compte de l’aliénation, ni de la paralysie des membres , M. Ferrus attribue la paralysie de la langue, l’altération de la parole, à la lésion des lobes antérieurs du cerveau.
A voir la manière dont les phrénologistes tirent leurs déductions, on reconnaît sans peine le peu de fondement de leur doctrine, et l’on peut juger à quelles erreurs on se laisserait conduire, si, malheureusement, l’on voulait en faire
(0 Bulletin de l’Académie royale de médecine , Paris, l!i *9. lom. iv, p. 19.
62 P1UIÉN0L0GIE APPLIQUÉE a la folie.
quelque application au traitement de l’aliénation mentale.
Sur un point essentiel, la localisation de la folie, M. Caîmeil se rapproche des opinions de M. Ferrus. « Les altérations de l’encéphale, dit M. Calmeil (i), sont diffuses dans le délire général, tandis qu’elles sont bornées à un espace circonscrit , lorsqu’un seul penchant, par exemple , présente des dispositions maladives. »
Les altérations de l’encéphale sont diffuses dans le délire général, accompagné de symptômes physiques, cela est ordinairement vrai; mais dans le cas contraire, c’est-à-dire dans la folie sans complication, le sont-elles également? M. Calmeil n’en dit rien. Quant à l’altération circonscrite existante, lorsqu’un seul penchant est malade, M. Calmeil aurait dû ne pas nous laisser ignorer quel est, pour un instinct déterminé, le siège de cette altération. Les faits observés par M. Calmeil viennent-ils en aide à la doctrine de Gall? M. Calmeil devait nous en instruire. Sont-ils opposés à cette doctrine? Alors ils pourraient servir de base à une doctrine nouvelle, et cette doctrine arriverait à propos, car celle de Gall, quoique soutenue par MM. Ferrus et Par*
(t) Dict. de méd. ou Répertoire général, etc. ae édit. t. ir, pag. 489.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
chappe, n’a plus que de rares partisans. M. Calmeil nous eût informé si* dans ses observations, comme dans celles de M. Ferrus, les organes augmentent d’énergie par le fait de leur des* traction , ou si, au contraire, comme le pense M. Parchappe, il faut, pour produire cette énergie nouvelle, un organe hypertrophié. Un jour sans doute ces difficultés seront résolues; mais en attendant, je les regarde comme très réelles, et la localisation de la folie, la nature de la lésion organique qui produit cette maladie , ne m’en paraissent pas moins complètement ignorées.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
i. C’est sans aucun fondement, que l’épaississement des os du crâne a été regardé comme ayant une influence sur la production de la folie; car l’on n’a pas encore déterminé le degré normal d’épaisseur de ces os.
L’épaississement des méninges ne peut jamais être la cause immédiate de la folie; on trouve les méninges épaissies chez beaucoup de vieillards, et chez quelques jeunes sujets qui n’ont jamais été aliénés. Quand, chez les aliénés, les méninges sont adhérentes au cerveau, il y a eu complication de folie et de paralysie générale.
à. On ne rencontre pas de traces d’inflam-
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
mation des méninges ni d’hypérémie du cerveau, dans la folie simple, c’est-à-dire dans l’aberration mentale non compliquée de symptômes physiques.
4- Il n’est pas démontré que le cerveau des individus en démence, soit atrophié plus qu’il ne l’est chez les vieillards non aliénés.
5. L’œdème du cerveau n’est pas une cause immédiate de folie.
6. On n’a aucun moyen exact de déterminer le degré de la densité du cerveau; les auteurs qui ont attribué une grande importance à cette densité, sont entre eux dans un désaccord si complet que, dans un même genre de folie, ils indiquent, pour la substance cérébrale, des degrés de consistance diamétralement opposés.
7. L’altération dans la couleur de la substance grise ou de la substance blanche du cerveau, n’est pas propre à l’aliénation mentale.
8. Les adhérences des méninges avec les circonvolutions cérébrales, ne s’observent que dans la folie compliquée de lésion de la motilité; elles n’appartiennent donc pas à la folie , car dans la folie simple on n’en rencontre pas.
9. Les granulations de la surface des ventricules cérébraux s’observent presque exclusivement chez les paralytiques en démence; elles ne sont pas propres à la folie.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
io. Les adhérences anormales annoncées par M. Foville, comme existantes entre les plans fibreux dont le cerveau serait composé, ne sont, dans l’état actuel de la science, d’aucune portée relativement à la recherche du siège et de la cause immédiate de la folie.
U. Le plus grand nombre des auteurs s’accordent à dire que, dans certains cas de folie, il n’existe aucune lésion du cerveau ; quelquesuns, au contraire, assurent qu’il y en a toujours; mais, ne pouvant dire en quoi elles consistent, ils supposent qu’on finira par en découvrir.
12. Les applications que l’on a voulu faire de la phrénologie, à l’étude de l’aliénation mentale, sont sans portée comme sans fondement.
De la discussion des faits exposés dans ce chapitre, il résulte, i° que Ton a accumulé, sans aucun esprit de critique , toutes les altérations rencontrées ou que l’on a cru rencontrer dans le cerveau des individus morts après avoir été atteints d’aliénation mentale ; 2° que l’on a attribué le désordre de l’intelligence et des passions à ces altérations réelles ou supposées; 3° que l’on a négligé de tenir compte des altérations compatibles avec l’intégrité de l’intelligence; 4° que, en ce qui concerne les altérations propres aux aliénés, on n’a pas fait la part des symptômes physiques et celle des symptômes psychiques.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Je ne voudrais cependant pas conclure de là que le cerveau des aliénés n’ait éprouvé aucune altération , même dans les cas où l’aliénation se montre libre de toute autre complication morbide; j’admets, dans la production de la folie, l’influence de certaines causes physiques ; j’admets également que les lésions organiques du cerveau sont plus fréquentes, chez les aliénés, que chez toute autre espèce de malade.
Mais, quant à l’altération qui serait la cause immédiate delà folie, je nie que personne l’ait indiquée. S’il en existe une, elle doit être semblable à Celle qui produit les rêves , qui amène les fausses convictions des individus raisonnables, qui excite les instincts et les passions; elle ne se manifeste jamais par des caractères physiques , et la nature nous en est complètement inconnue.
Ces principes établis, voyons en quoi les praticiens modernes, et particulièrement les praticiens français, font consister le traitement des maladies mentales.
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