‹ Du traitement moral de la folieChapitre 15 sur 80 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE TRAITEMENT MORAL MIS EN USAGE PAR LA GÉNÉRA- LITÉ DES MÉDECINS , n’eST CONSIDÉRÉ QUE COMME UN AUXILIAIRE DU TRAITEMENT PHYSIQUE.

Le trouble des idées et des passions chez les aliénés, étant considéré comme le produit de l’altération du cerveau, on a dû, dans le traitement de la folie, placer en première ligne les médications physiques , et c’est en effet ce qui a eu lieu, surtout depuis les recherches des anatomo-pathologistes modernes. La nécessité d’agir matériellement est si généralement admise que, dans une occasion récente, lorsque je communiquai à l’Académie royale de médecine, le résultat d’un traitement purement moral auquel j’avais soumis plusieurs malades, soit dans la maison de santé de M. Esquirol, soit à l’hospice de Bicêtre, une clameur universelle s’est élevée contre moi. Je rapportais des cas de guérisons obtenues à l’aide de moyens moraux, chez des individus qui , après avoir été soumis aux médications ordinaires, avaient été déclarés incu-

râbles, et cela me paraissait, je l’avoue, un argument sans réplique à opposer aux partisans des doctrines que je combattais. On a condamné ma pratique; ou l’a déclarée rétrograde et même dangereuse, et quand j’ai répondu à mes adversaires par des guérisons, on m’a prédit des rechutes. 11 y a, qu’ai-je besoin de le dire? il y a malheureusement des rechutes possibles dans toutes les maladies; il y en a dans la folie, de quelque manière qu’on la traite. Pour m’opposer des rechutes, n’aurait-il pas au moins fallu attendre qu’il en fût arrivé? Et d’ailleurs, un traitement entrepris chez des incurables, ne fût-ce qu’en désespoir de cause, ne devait-il pas être approuvé puisqu’il avait réussi?

J’aurais pu me contenter de ces réponses , puis laisser au temps le soin de me donner raison. Mais la discussion est sortie des bornes que jamais une discussion ne devrait franchir; on a répandu à pleines mains la calomnie contre moi, et des hommes fort estimables, ne connaissant qu’imparfaitement mes idées sur le traitement de la folie, ont cru, parce qu’on le leur a dit et répété, que j’usais de mauvais traitemens envers les aliénés, que je voulais faire renaître pour ces malheureux, les temps où on les enfermait, chargés de chaînes, dans d’obscurs cachots.

Médecin des hôpitaux de Paris , chargé par le

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